Un groupe de migrants se repose lors de la traversée des Alpes. Image d'archives. Crédit : Reuters
Un groupe de migrants se repose lors de la traversée des Alpes. Image d'archives. Crédit : Reuters

Malgré la demande de l’association Tous migrants et de la sœur de la victime, le procureur général de Grenoble a indiqué dans un courrier qu'il n'envisageait pas de saisir la chambre de l'instruction pour rouvrir l'enquête sur la mort Blessing Matthew, une jeune Nigériane décédée en 2018 dans les Alpes.

Près d’un mois après la demande de réouverture de l’enquête sur la mort de Blessing Matthew par sa sœur Christiana Obie Darko et l’association Tous migrants, la justice a décliné cette requête. Tous migrants a déploré, jeudi 30 juin, dans un communiqué, la décision du procureur général de Grenoble de ne pas saisir la chambre de l'instruction dans le but de relancer les investigations sur la mort de la jeune femme.

Blessing Matthew, 21 ans au moment des faits, avait été retrouvée noyée le 9 mai 2018 dans la Durance, après avoir franchi la frontière en provenance d'Italie. L'enquête sur les circonstances du décès, portant notamment sur un contrôle de gendarmerie survenu deux jours plus tôt à la frontière, avait d'abord été classée sans suite par le parquet de Gap.

La sœur de la victime, Christiana Obie Darko, avait déposé plainte avec constitution de partie civile et une information judiciaire avait été ouverte. Elle a conclu à un non-lieu prononcé le 18 juin 2020 et confirmé, le 9 février 2021, par la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Grenoble.

Mais, fin mai, Tous migrants et Christiana Obie Darko ont annoncé avoir demandé la réouverture de l’enquête après avoir pu mettre en lumière des incohérences dans les témoignages des gendarmes impliqués dans le drame. Ils souhaitaient également faire valoir les éléments apportés par un nouveau témoin. Ce dernier, Hervé S., a affirmé avoir assisté à la poursuite de Blessing Matthew par un gendarme, l'avoir entendue tomber à l'eau et avoir vu le gendarme ne pas lui porter secours.

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"Je l’ai entendue crier : 'Help me, help me!' ['Aidez-moi, aidez-moi !'] Au fur et à mesure qu’elle criait, sa voix s’éloignait… Ensuite, le gendarme est allé dire à ses collègues qu’elle était tombée dans la rivière mais qu’elle avait peut-être traversé. Ils n’ont pas appelé les secours. Des gendarmes sont allés [essayer de] chercher Blessing de l’autre côté", avait confié Hervé S. à Médiapart qui l'avait rencontré et interrogé en avril dernier.

Selon la sœur de la victime et le collectif de soutien aux migrants, le témoignage d'Hervé S. révélait pour la première fois "l'existence d'un véritable guet-apens".

"L'existence du témoin était connue"

Le procureur général de Grenoble a fait savoir aux requérants, dans un courrier dont l'AFP a pris connaissance, qu'il n'envisageait pas de saisir la chambre de l'instruction dans le but de rouvrir l'enquête.

Tous migrants cite dans son communiqué les deux motifs invoqués par le procureur pour motiver son refus. Le magistrat ne juge pas "pertinentes" "les contradictions évoquées dans le mémoire entre les différentes déclarations des gendarmes quant au déroulement de la recherche dans le village de La Vachette des trois personnes en fuite [...] dès lors que chaque gendarme décrit son intervention et son positionnement".

Par ailleurs, le procureur assure que "l'existence du témoin prénommé Hervé était connue" et que "les enquêteurs avaient eu deux contacts téléphoniques avec lui les 14 et 15 mai 2018" lors desquels "il n'avait pas évoqué de guet-apens".

"Cette décision du Procureur Général, qui tient en quelques lignes et qui a été prise en très peu de temps, balaye tous les éléments nouveaux apportés par notre enquête", déplore Tous migrants qui entend poursuivre les démarches dans cette affaire.

 

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