Awet Tesfaiesus est arrivée en Allemagne comme réfugiée, aujourd'hui elle est députée au Parlement fédéral. Crédit : Picture alliance
Awet Tesfaiesus est arrivée en Allemagne comme réfugiée, aujourd'hui elle est députée au Parlement fédéral. Crédit : Picture alliance

Pour la première fois dans l'histoire politique allemande, la chambre basse du Parlement compte trois députés d'origine africaine : Armand Zorn, Awet Tesfaiesus et Karamba Diaby. Voici leurs portraits.

"J'étais un peu nerveux, je dois l'admettre", raconte Armand Zorn, après son premier discours sur la politique fiscale devant de le Bundestag, la chambre basse allemande. À seulement 33 ans, ce consultant en gestion a été élu député en septembre dernier. "Lorsque vous êtes nerveux, vous vous rendez compte de l'importance du sujet", explique-t-il, assis dans son nouveau bureau à Berlin.

Armand Zorn est né au Cameroun. Il avait 12 ans lorsqu'il a émigré à Halle, la plus grande ville de la région de Saxe-Anhalt, dans l’est de l’Allemagne, pour y vivre avec sa mère et son nouveau compagnon. Son parcours le mènera ensuite à Paris, Bologne, Hong Kong et Oxford.

Armand Zorn : lutter pour plus de justice sociale

Armand Zorn vit aujourd’hui à Francfort. Le jeune député est politiquement actif depuis 2009. Il a rejoint en 2011 le parti social-démocrate SPD, de l’actuel chancelier Olaf Scholz, vainqueur des élections législatives l’an dernier.

"J'ai eu de nombreuses expériences où j'ai rencontré des jeunes gens très travailleurs, compétents, mais qui n'ont jamais eu le succès qu'ils méritaient", raconte Armand Zorn. Au Bundestag, il est membre de la puissante commission des Finances et de celle des Affaires numériques, deux de ses domaines de prédilection.

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Il entretient également des liens étroits avec l'Afrique. "Dans le domaine des finances, par exemple, de nombreuses questions sont liées à la stabilité financière mondiale", note Armand Zorn, en pointant du doigt les taux d'endettement des pays africains. "Il s'agit de fournir des fonds qui permettent également d’améliorer les perspectives et le développement de certains pays africains."

Awet Tesfaiesus : défendre les demandeurs d'asile

Awet Tesfaiesus vient également de faire son entrée au Bundestag. "C'est un monde très différent. Les gens cherchent la conversation et sont ouverts", se réjouit Awet Tesfaiesus. "Vous pouvez inviter des gens à discuter, vous vous retrouvez en haut de la hiérarchie".

Elle rappelle combien cette expérience contraste avec celle d’une femme noire "qui se fait dévisager dans la pharmacie pour voir si elle ne vole pas quelque chose."

Son statut de députée ne l’a toutefois pas mise à l’abri du racisme ordinaire. "Quand je vais faire du shopping, le personnel de sécurité me jette toujours encore les regards habituels."

Awet Tesfaiesus est née en 1974 à Asmara, la capitale de l’actuelle Érythrée. Lorsqu’elle a 10 ans, elle et sa famille fuient la guerre d'indépendance érythréenne pour se réfugier en Allemagne. Elle est d’abord hébergée dans un centre d'accueil avec de nombreuses autres familles.

"Pour mes parents, c'était difficile", se souvient Awet Tesfaiesus. "On vivait dans un espace exigu avec beaucoup d'enfants érythréens. On était six dans une pièce avec toute la famille. Mais quand vous êtes un enfant, vous ignorez cela. Vous êtes heureux qu'il y ait tant de gens formidables."

Cette expérience l'a incitée à étudier le droit et à ouvrir un cabinet d'avocats spécialisé dans le droit d'asile. La députée se dit frustrée par le faible nombre de réfugiés qui obtiennent un statut de résident en Allemagne. "C'était frustrant de se heurter à ce système, j'ai senti que je devais m'engager pour un changement politique."

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Awet Tesfaiesus est membre du parti des Verts depuis 2009 et a été pendant cinq ans conseillère municipale à Cassel, dans le centre de l’Allemagne.

Au Bundestag, elle représente son parti au sein de la commission des Affaires culturelles. Là aussi, elle s'est fixée un objectif ambitieux : le retour des trésors culturels pillés à l’étranger. "Lorsque je me promène dans les musées allemands et que je vois des œuvres d'art et du patrimoine culturel de ma région, cela me fait mal au cœur. Ces choses sont exposées, mais elles ne signifient rien pour les personnes qui les voient, alors qu'elles signifient beaucoup pour les gens dans leur pays d'origine. C’est comme si on leur avait volé leur identité", estime-t-elle.

Karamba Diaby : le vétéran de la politique antiraciste

Contrairement à Awet Tesfaiesus et Armand Zorn, Karamba Diaby est déjà un vieil habitué du Bundestag, où il est devenu en 2013 le premier député d'origine africaine.

"Beaucoup de gens pensaient que j'étais un expert de l'Afrique ou du racisme et ignoraient que mon domaine était l'éducation et la recherche", se souvient Karamba Diaby.


Karamba Diaby se veut proche de la population. Crédit : Picture alliance
Karamba Diaby se veut proche de la population. Crédit : Picture alliance


Arrivé en ex-Allemagne de l'Est (RDA) dans les années 1980 depuis le Sénégal grâce à une bourse d'études, il a étudié la chimie à Halle jusqu’à obtenir un doctorat.

Aujourd’hui, malgré son poste de député, les attaques racistes sur les réseaux sociaux font toujours partie de son quotidien. "Les menaces de mort me font mal. Mais on m'a aussi toujours témoigné du soutien et de la solidarité lorsque quelque chose de non justifié et d'insultant a été posté. J’ai reçu des lettres de personnes exprimant leur solidarité et des classes d'école ont lancé des pétitions de soutien."

Après presque neuf années passées au Bundestag, Karamba Diaby siège actuellement à la commission des Affaires étrangères et à celle du Développement.


Auteurs : Bettina Marx, Daniel Pelz

Source : dw.com

 

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