Des migrants attendent une distribution de nourriture, rue des Verrotières, à Calais (archives). Crédit : InfoMigrants
Des migrants attendent une distribution de nourriture, rue des Verrotières, à Calais (archives). Crédit : InfoMigrants

Depuis deux mois, la préfecture du Pas-De-Calais ne reconduit plus systématiquement l’arrêté interdisant aux associations non mandatées par l’État de distribuer de la nourriture aux migrants dans le centre-ville de Calais. Mais pour les humanitaires, la fin de cette interdiction ne "change rien" car ils affirment être toujours entravés dans leurs activités.

L’interdiction de distribuer de la nourriture aux migrants dans le centre-ville de Calais a pris fin le 2 mai dernier. Arrivé à son terme, l’arrêté pris par la préfecture du Pas-de-Calais en 2020 n’a pas été renouvelé, comme c’est le cas tous les mois depuis près de deux ans.

Le 10 septembre 2020, le préfet de la région Louis le Franc avait annoncé l’interdiction de "toute distribution gratuite de boissons et de denrées alimentaires [dans une zone délimitée du centre-ville de Calais, ndlr] pour mettre fin aux troubles à l’ordre public et limiter les risques sanitaires liés à des rassemblements non déclarés".

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Les autorités estimaient alors que les distributions de repas des associations non mandatées par l’État étaient "caractérisées par le non-respect des mesures de distanciation sociale dans le cadre de la lutte contre le Covid-19, qu’elles créent des nuisances et que des déchets sont laissés sur place".

Cette décision avait suscité la polémique mais l’arrêté avait été reconduit chaque mois. Les associations s’étaient adaptées tant bien que mal, et effectuaient leurs distributions dans des rues non mentionnées dans le document de la préfecture.

"Arrêté de la honte"

Habituées à ce système, elles ont été surprises le 2 mai par la tournure des évènements. "On a paniqué quand on n’a rien vu publier. On s’est dit qu’ils allaient nous sortir quelque chose de bien pire", affirme Claire Millot, de l’association Salam.

Mais deux mois plus tard, force est de constater que les autorités n'ont pas pris de mesures supplémentaires. La préfecture justifie sa décision par une amélioration du contexte sanitaire. "Cet arrêté avait pour objectif de prévenir les risques liés au Covid-19 et aux troubles à l’ordre public. La situation à Calais n’a pas nécessité, à ce stade, de le renouveler", expliquent de manière laconique les autorités à InfoMigrants.

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"Ce texte de la honte n’aurait même pas dû exister", peste Pierre Roques de l’Auberge des migrants. "On a la preuve avec cet argument avancé par la préfecture pour y mettre fin que le prétexte initial était fallacieux", estime le militant.

Ces derniers jours, la France est en effet confrontée à une septième vague de coronavirus avec plus de 160 000 cas recensés le 7 juillet, soit une hausse de 21% sur une semaine. Un chiffre jamais enregistré depuis fin avril.

"Ca ne change rien"

Pour les humanitaires, l’arrêté n’a en réalité plus lieu d’être car en pratique, les distributions de nourriture dans le centre-ville de Calais sont devenues mission impossible.

Les bénévoles se plaignent d’être continuellement entravés dans leurs activités. Ils dénoncent l'augmentation des verbalisations intempestives, notamment pour stationnement gênant. Aux rochers, monticules de terre, barbelés… installés ces dernières années près des lieux de distribution des associations, s’ajoutent désormais des panneaux "interdiction de stationner".

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"Nos actions sont aussi compliquées à maintenir qu’avant. Les petites interdictions multipliées partout font que l’interdiction générale de distribuer des repas n’est plus utile", constate Claire Milot. "Que l’arrêté existe ou non, ça ne change rien".

Actuellement, environ un millier d'exilés survivent à Calais en attendant de pouvoir passer en Angleterre en montant à l'arrière des camions ou en traversant la Manche. Si l'été, les conditions de vie y sont un peu moins difficiles qu'en plein hiver, les associations alertent sur des difficultés d'accès à l'eau potable dans la région. Un seul point d'eau existe dans la ville, insuffisant quand le territoire national est soumis à des fortes chaleurs.

 

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