Des jeunes migrant dans le hotspot de Lampedusa. Crédit :  Ansa, archives.
Des jeunes migrant dans le hotspot de Lampedusa. Crédit : Ansa, archives.

La préfète d'Agrigente, Maria Rita Cocciufa, a annoncé que le hotspot de cette île italienne de la Méditerranée serait vidé d'ici mardi. Après plusieurs semaines de beau temps et de nombreuses arrivées de bateaux de migrants, plus de 1 800 personnes se trouvaient dans la structure dans des conditions déplorables.

Sur l'île italienne de Lampedusa, l'équilibre entre les migrants qui arrivent dans le hotspot et ceux qui sont transférés vers d'autres centres est fragile. Si les transferts prennent du retard, en période estivale, lorsque les arrivées de bateaux sont nombreuses, la machine se grippe et le centre se retrouve rapidement surpeuplé.

C'est ce qu'il s'est passé la semaine dernière. Avec plus de 1 850 personnes - dont des enfants et quatre femmes enceintes - dans un centre prévu pour 350, la situation est devenue intenable. Vendredi 8 juillet, l'ancienne maire de Lampedusa Giusi Nicolini a publié sur Facebook une série de photos et vidéos choquantes, montrant l'intérieur du centre coulant sous les ordures et des exilés contraints de dormir à l'extérieur sur des matelas en mousse.

"Cela pourraient être des photos de Libye. Mais non, c'est l'Italie", a-t-elle écrit à côté des images de tas d'ordure et de sanitaires rendus inutilisables par les amas de déchets.

Inspection du hotspot

Ces photos ont été reprises dans la presse et ont poussé les autorités italiennes à réagir. La préfète d'Agrigente, Maria Rita Cocciufa, a indiqué que le centre serait vidé "d'ici mardi" pour faire un point sur la situation et effectuer une inspection du hotspot.

Dimanche, le navire San Marco de la marine italienne a transféré 600 premiers exilés de Lampedusa vers Porto Empedocle, en Sicile, avant de revenir à Lampedusa, lundi, pour en évacuer quelque 700 autres vers le port sicilien de Pozzallo. Au moins 300 personnes ont également quitté le centre dans la nuit de dimanche à lundi à bord de navires des garde-côtes. L'agence de presse Ansa indique, lundi, qu'environ 200 personnes devraient rester dans le centre si aucun autre transfert n'est prévu.

De Porto Empedocle et Pozzallo, les exilés doivent ensuite être transférés vers d'autres centres italiens. Mais, selon l'ancien maire de Lampedusa Toto Martello, le suivi des exilés ne se fait pas toujours correctement. "Le système ne fonctionne pas. Il suffit de se rendre à Porto Empedocle, à l'arrivée du ferry de Lampedusa, pour voir les migrants livrés à eux-mêmes. Personne ne les emmène dans les centres d'accueil, et on voit de longues files de personnes au soleil se diriger vers la gare pour aller on ne sait où. Cela donne la mesure du désintérêt pour les migrants", a-t-il déclaré à Il Giornale.

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La situation dans le hotspot de Lampedusa se serait rapidement dégradée ces dernières semaines en raison d'un manque de médiateurs disponibles pour gérer les évacuations de migrants vers d'autres centres.

"Lampedusa est devenu un entonnoir"

Pour Flavio Di Giacomo, l'origine du problème se trouve plus en amont. Le porte-parole et coordinateur de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) en Méditerranée a dénoncé sur Twitter l'absence de mécanisme de sauvetage fiable en Méditerranée. "Les bateaux pourraient être secourus et les migrants transférés vers des ports siciliens. Au lieu de cela, Lampedusa est devenu un entonnoir."

De 2015 à 2019, l’opération européenne Sophia patrouillait dans les eaux italiennes et portait assistance aux migrants en détresse. Lorsque les exilés étaient secourus par les navires militaires européens, ils étaient ensuite transférés le plus souvent en Sicile ou en Calabre.

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Désormais, les sauvetages - quand ils ne sont pas opérés par des navires humanitaires - se font au cas par cas par des plus petits bateaux dirigés par les garde-côtes italiens. Leurs vedettes sont moins équipées pour prendre en charge un grand nombre de personnes et pour parcourir de longues distances. Les rescapés sont ainsi quasi systématiquement déposés sur la petite île méditerranéenne.

"Lampedusa est située au centre de la Méditerranée, c'est un radeau de survie", avait déclaré en juin le nouveau maire de Lampedusa, Filippo Mannino. L’édile n’avait pas manqué de plaider pour un système de transit des exilés de l’île vers d’autres lieux d’accueil rapide et efficace. "Notre tâche est de sauver les gens et de leur donner un premier accueil. Ce que nous demandons, c'est que le hotspot fonctionne comme un lieu de transit. Après le premier accueil, le mécanisme de transfert des migrants vers d'autres régions d'Italie ne doit jamais être bloqué, sinon nous ne pourrons pas gérer la situation", avait-il dit à Radio Cusano Campus.

Durant l'été, les arrivées de plusieurs centaines de personnes en une journée ne sont pas rares. Pour les seules journées de mardi 5 et mercredi 6 juillet, plus de 1 000 personnes sont arrivées à Lampedusa. 

 

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