Ayoub est arrivé à Paris l'année dernière et a pu suivre des cours de langue à l'université. Crédit : Dany Mitzman / InfoMigrants
Ayoub est arrivé à Paris l'année dernière et a pu suivre des cours de langue à l'université. Crédit : Dany Mitzman / InfoMigrants

InfoMigrants a parlé pour la première fois à Ayoub en avril 2021. Originaire du Maroc, il venait de passer plus d'un an à voyager à travers 13 pays pour atteindre la France. Depuis, il est resté en contact avec l’un de nos reporters. Voici son histoire.

Briançon lui manque. Cette petite ville dans les Alpes et le décor des montagnes rappelle à Ayoub sa ville natale au Maroc. Le jeune homme se souvient des bénévoles qui lui ont offert de quoi manger et un endroit où dormir, et qui l’ont aidé à remplir les formulaires administratifs en français. 

"Pendant environ un mois, j’ai vécu dans un refuge, avant d’être hébergé dans la maison Chez Marcel", se souvient-il. Chez Marcel est une maison à l’abandon rénovée par un collectif pour accueillir les migrants ayant traversé les Alpes. "Nous avions un jardin, de l'eau, de l'électricité... nous avions tout. Je suis resté là pendant près de trois mois. J'avais une pièce à l'étage juste pour moi. Je l'ai transformée en chambre. J'ai fabriqué une porte et un lit. C'était vraiment bien."

Ayoub a eu des petits boulots dans la région. Il a travaillé comme cuisiner et comme réparateur de vélos. "Je travaillais parfois, mais pas pour l'argent. Nous avons juste aidé le refuge. Le refuge savait pour la maison, alors ils ont préparé de la nourriture pour les gens là-bas." 


Trouver un logement stable reste une difficulté majeure pour Ayoub. Crédit : DR
Trouver un logement stable reste une difficulté majeure pour Ayoub. Crédit : DR

 

S'installer à Paris

Ayoub vit aujourd’hui à Paris où il suit depuis septembre dernier des cours de langue en français et en anglais à l'université Paris 1. Un jeune bénévole de Briançon a payé son billet de bus pour la capitale, un ami parisien rencontré à Briançon l'a hébergé pour ses premières nuits et l'a aidé à s'inscrire à la faculté. D’autres contacts lui ont permis de trouver une première chambre en location.

"C'est difficile à décrire avec des mots. J'ai quitté l'université au Maroc. J'étais un migrant qui est parti, et maintenant je suis à l'université en France. C'est un sentiment tellement incroyable."


Pour Ayoub, ses professeurs et les associations d'aide aux étudiants migrants ont été une bouée de sauvetage. Crédit : DR
Pour Ayoub, ses professeurs et les associations d'aide aux étudiants migrants ont été une bouée de sauvetage. Crédit : DR


L'obtention de sa carte d'étudiant et la rentrée universitaire ont été un grand moment de fierté pour le jeune Marocain. Ses débuts à Paris se sont toutefois révélés compliqués. Ne pouvant pas travailler légalement, il se fait aider financièrement par un ami et par ses parents pour payer ses premiers loyers.

À ce moment-là, Ayoub vit en banlieue, à Saint-Denis, au nord de Paris. Pendant quelques mois, il réussit à trouver du travail sur un marché, où il décharge et vend des marchandises à raison de deux jours par semaine.

"Je commençais à 4 heures du matin et finissais à 16 heures. Je recevais 50 euros pour une journée entière de 12h, parce que je n'ai pas de papiers. Mais avec 100 euros, je pouvais m'en sortir pour la semaine. J'ai fait ça pendant les trois ou quatre premiers mois."

Ayoub doit régulièrement chercher de nouveaux logements à Paris. Il tente d'éviter les hébergements collectifs proposés par les associations d’aide aux migrants. Il a déjà préféré dormir dans la rue, où passer la nuit dans des bus plutôt que de se rendre dans un dortoir.

L’un de ses professeurs d'université lui a permis de trouver une chambre gratuite pendant deux mois. La faculté dispose également d'un service de restauration, qui offre de la nourriture gratuite aux étudiants dans le besoin. Ayoub s'est lié d'amitié avec plusieurs bénévoles.

Problèmes de santé

Ayoub a également pu s’appuyer sur des associations afin de trouver des vêtements, des chaussures et pour prendre en charge ses titres de transport.

Son élan est toutefois brisé en janvier, lorsqu’il est saisi d’un forte douleur au ventre. "J’avais régulièrement des douleurs depuis environ un an mais je n'y faisais pas attention. La douleur finissait par disparaître. Mais ce jour-là, alors que j’avais un cours de français, j’ai eu tellement mal que je n’arrivais plus à me lever."

Un professeur décide de l’emmener à l'hôpital. Ayoub a une appendicite aiguë qu’il faut immédiatement opérer. "C’était un véritable choc. Je n'en avais aucune idée. C’est la première fois de ma vie que je me faisais opérer. Puis, après l'opération, je n'avais personne, aucun proche pour s'occuper de moi."


Depuis qu’il est arrivé en France, Ayoub a déjà subi deux opérations. Crédit : DR
Depuis qu’il est arrivé en France, Ayoub a déjà subi deux opérations. Crédit : DR


Ayoub habite à ce moment-là dans un appartement situé au 6e étage, sans ascenseur. Le retour de l’hôpital est compliqué. D'autant qu'il doit à nouveau quitter son logement. "Ma chambre était temporaire, juste pour deux mois. J’ai cherché partout et contacté de nombreuses associations d'aide aux migrants, mais sans succès."

Par chance, un ami le met en contact avec un couple qui lui propose de l’héberger pendant quelques jours, le temps de continuer ses recherches. Ayoub restera chez eux pendant près d’un mois.

"Giovanna et Sergio ont été très gentils. Ils ont fait beaucoup de choses pour moi. Ils m'ont offert un hébergement, m'ont donné à manger et de l'amour. Ils m'ont tout donné."


Ayoub prépare un tajine avec Sergio et Giovanna dans leur appartement à Paris | Photo : Dany Mitzman / InfoMigrants
Ayoub prépare un tajine avec Sergio et Giovanna dans leur appartement à Paris | Photo : Dany Mitzman / InfoMigrants


Ayoub leur rend encore régulièrement visite, notamment pour cuisiner ensemble des spécialités marocaines. Leur soutien affectif a été crucial lorsqu’il était au plus bas. "Le simple fait d'avoir quelqu'un à qui parler m'a fait beaucoup de bien. Je ne me confiais à personne de mes problèmes, de ma vie. J'ai pu tout raconter à Giovanna."

Le couple l’a aussi aidé pour ses démarches administratives. "J'ai obtenu un nouveau passeport en mars grâce à Giovanna. J’était domicilié à l’adresse d’une association mais le consulat marocain ne l'acceptait pas. J’avais donc besoin de quelqu'un pour avoir une autre adresse et j’ai pu donner celle de Giovanna. Elle m'a beaucoup aidé."

Victime d’une agression

Pendant cette année à Paris, Ayoub enchaîne les hauts et les bas. Début juin, il est agressé par deux personnes alors qu'il attend un bus. "Je les ai vus inhaler de la drogue ou quelque chose comme ça, mais je n'ai pas fait attention. Puis ils m'ont demandé une cigarette mais j'avais juste celle que je fumais. Je leur ai dit que c'était ma dernière. Ils ne m'ont pas cru et ont voulu se battre. L'un d'eux m'a frappé avec une bonbonne de gaz et m'a cassé la mâchoire. J'ai dû subir une opération."


Ayoub a eu la machine brisée après avoir été frappé par deux hommes. Crédit : DR
Ayoub a eu la machine brisée après avoir été frappé par deux hommes. Crédit : DR


Malgré ce nouveau coup dur, Ayoub veut rester optimiste. "Je suis toujours souriant. Même quand je suis triste, je cherche à sourire et à être heureux. Je pense positivement et je crois en Dieu."

Sa persévérance finit par payer, puisqu’il obtient peu de temps après cette agression son diplôme universitaire. "Cette-fois je n'ai pas perdu mon année, contrairement à celle que j’ai passé à voyager pour arriver en Turquie. J'ai envoyé des photos à mes parents et ils étaient vraiment heureux pour moi."

Ayoub veut suivre une formation dans l’hôtellerie. Son rêve est de travailler comme chef cuisinier et d’ouvrir peut-être un jour son propre restaurant de spécialités marocaines. "Je suis un excellent cuisinier et j'aimerais me former. Je connais beaucoup d'écoles où je peux obtenir mon diplôme en deux ans. Après deux ans, on peut automatiquement trouver un emploi."


Ayoub célèbre l’obtention de son diplôme : "Cette fois je n'ai pas perdu mon année"  | Photo : privée
Ayoub célèbre l’obtention de son diplôme : "Cette fois je n'ai pas perdu mon année" | Photo : privée


Il lui reste encore à franchir quelques obstacles administratifs pour rejoindre une école à la rentrée. "Ils veulent des attestations de travail. J'ai besoin d'un chef qui accepte de m’embaucher et qui peut me donner une autorisation de travail. Avec cela, je peux m'inscrire à l'école."

Giovanna aide Ayoub à mettre à jour son CV. "Il est difficile pour lui de trouver quelqu'un prêt à l'employer et à lui fournir des fiches de salaire alors qu'il n'a pas de statut légal ici", explique-t-elle.

Pour l’heure, le jeune Marocain parvient à gagner un peu d'argent en vendant des vêtements au marché aux puces de la porte de Clignancourt, dans le nord de Paris.

Ayoub vit actuellement dans une chambre qu'il partage avec sept autres migrants, pour la plupart venus du Maghreb, à une vingtaine de minutes à pied de l'appartement de Giovanna. Le logement est géré par une association d'aide aux migrants. Il peut y vivre gratuitement pendant six mois et a la possibilité de rester six mois de plus.

"Beaucoup de gens obtiennent des papiers. Certains se marient, d'autres les obtiennent par le travail. Mais je vois aussi de nombreuses personnes qui vivent ici depuis 20 ans qui n'ont toujours pas de papiers. Pendant cette année, j'ai vu beaucoup de choses que je n'avais jamais vues dans ma vie. J'ai vécu des choses que je n'avais jamais vécues auparavant. Je ne compte pas sur la chance. Chaque jour, je me réveille avec de l'énergie et de l'espoir."

Cet article accompagne Tales from the Border, un podcast en huit épisodes lancé le 11 novembre 2021 et disponible sur Spotify, Apple Podcasts et d'autres plateformes.

 

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