Une centaine de personnes vivent dans l'insalubrité sur le port d’Escombreras, dans le sud de l'Espagne. Crédit : capture d'écran Twitter Rosa Manrubia
Une centaine de personnes vivent dans l'insalubrité sur le port d’Escombreras, dans le sud de l'Espagne. Crédit : capture d'écran Twitter Rosa Manrubia

Au port d’Escombreras, en Espagne, un des lieux de débarquement des migrants, la polémique enfle sur les conditions de vie des exilés, maintenus dans un camp de fortune. Les nouveaux arrivants, principalement algériens, vivent au milieu des rats et des ordures, sous une chaleur écrasante. Une situation "chaotique" selon un syndicat de police, qui ne devrait pas s'améliorer rapidement, tant les arrivées se multiplient cet été en Andalousie.

Les arrivées de migrants en Andalousie ne faiblissent pas ces derniers jours, mettant à mal le système d’accueil espagnol. Mardi 26 juillet, 132 ressortissants algériens ont atteint les côtes de la région de Murcie, au sud de l’Espagne, à bord de neuf canots, selon les autorités. La semaine dernière déjà, près de 200 exilés originaires d’Algérie avaient été interceptés au large du pays et ramenés sur la terre ferme.

Beaucoup de ces personnes, après avoir été secourues en mer, débarquent au port d’Escombreras, près de Carthagène. Et à quai, la polémique enfle, tant la situation se dégrade. Une centaine de migrants vivent dans un camp de fortune installé à la hâte par les autorités locales, en attendant d’être transférés dans des centres.

Les nouveaux arrivants, dont des femmes et des enfants en bas âge, sont entassés sous de grandes tentes blanches et dorment sur des lits de camps. Les températures avoisinant les 40 degrés en Andalousie compliquent leur quotidien, et la chaleur sous les abris est étouffante. À l’extérieur, les migrants tentent de se protéger du soleil en s'agglutinant le long des murs à l'ombre.

"C’est dégoûtant, il y a des rats, des moustiques"

Mercredi, plusieurs avocats se sont rendus au port pour constater les conditions de vie des exilés et apporter leur aide juridique. "C’est dégoûtant, il y a des rats, des moustiques", a déclaré à la presse locale l'une d'eux, Rosa Manrubia. "Il y a de très jeunes mineurs [qui vivent] dans des conditions insalubres, au milieu des ordures, où ils courent à pieds nus", a-t-elle ajouté. Le mois dernier, un rongeur a mordu le visage d’un Algérien qui dormait par terre dans une tente.

Le syndicat des gardes civiles (AUGC), les policiers qui gardent le camp, est lui aussi très critique. Son représentant, Juan Montalban, évoque une "situation chaotique" où les forces de l’ordre et les exilés sont maintenus "sans ombre ni climatisation".

Le syndicat a également alerté sur l’insalubrité des lieux. "Personne ne nettoie ici", assure-t-il. Les policiers ont publié des photos montrant des conteneurs remplis d’ordures, des vêtements sales, des cartons et des déchets qui jonchent le sol.

Des toilettes de chantier ont été installées mais les exilés n’ont pas accès à des douches. Ils se nettoient à l’aide d’un tuyau, dont l’eau coule près des abris de fortune.

"Beaucoup de personnes prêtes à quitter l’Algérie"

Les policiers et les humanitaires réclament un changement radical dans les conditions d’accueil des migrants qui débarquent à Escombreras. Ils demandent l’ouverture du Centre temporaire pour étrangers (Cate) situé à quelques kilomètres du camp, mais resté fermé. Le site, fait de préfabriqués, a pourtant nécessité un an de travaux et l’investissement de trois millions d’euros.

D’autant que la situation ne risque pas de s’améliorer rapidement. Selon l’agence européenne de surveillance des frontières Frontex, les arrivées devraient se multiplier cet été. Frontex a averti les Forces et corps de sécurité de l'État (FCSE), qui contrôlent les côtes andalouses, qu'il y avait actuellement "beaucoup de personnes prêtes à quitter l'Algérie pour entrer illégalement en Espagne à bord de bateaux".

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Malgré les dangers liés à la traversée et les nombreuses expulsions, beaucoup d’Algériens continuent à prendre la mer pour gagner l’Europe. Depuis Oran, Mostaganem ou même Alger, des dizaines de petits bateaux à moteur partent en mer chaque semaine, direction l’Andalousie.

Poussés par la morosité économique dans le pays et le peu de perspectives, des hommes, mais aussi des femmes et des enfants, rêvent d'une vie ailleurs. Entre le 1er janvier et le 30 juin, plus de 3 000 migrants – majoritairement algériens – ont débarqué sur la péninsule andalouse et dans les îles Baléares.

Même distante de seulement 200 à 250 km par endroits, la route qui part d’Algérie pour l’Andalousie reste très dangereuse. L’association Heroes del mar a signalé mercredi un nouveau naufrage au large des côtes algériennes. Une embarcation composée de 14 Algériens partie lundi soir de Mostaganem a chaviré dans les eaux internationales. Deux personnes ont été secourues par la marine algérienne mais 12 autres sont toujours portées disparues.

 

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