Une structure d'accueil pour demandeurs d'asile et refugiés, à Cayenne (image d'archive). Crédit : Dana Alboz/InfoMigrants
Une structure d'accueil pour demandeurs d'asile et refugiés, à Cayenne (image d'archive). Crédit : Dana Alboz/InfoMigrants

Les autorités guyanaises ont annoncé, le 25 juillet, l'ouverture d'un centre d'hébergement temporaire, de faible capacité, pour les migrants à Cayenne. Quelques jours plus tôt, la maire de la ville avait observé une grève de la faim pour protester contre les "désordres insupportables et inhumains" générés, selon elle, par les exilés vivant à la rue.

En Guyane, un centre d’urgence temporaire destiné aux migrants a ouvert ses portes, ont annoncé les autorités, le 25 juillet. Sommaire, cette structure située à Cayenne est composée de sept chambres, équipées de lits de camp et de draps jetables, pouvant chacune accueillir deux personnes. Au total, entre 14 et 16 personnes à la fois pourront y être hébergées, indiquent les services de l’État, qui comptent sur un “turn over”, chaque personne pouvant rester quelques nuits seulement. 

L’idée est d'accueillir les exilés le temps qu’ils entament, avec l’aide de l’ONG Humanity First, leurs démarches de demande d'asile. Une fois ces démarches entreprises, ils pourront rejoindre le système de prise en charge dédié aux demandeurs d’asile, assurent les autorités. 

L'ouverture de cette modeste structure fait suite à une grève de la faim observée par la maire de Cayenne, Sandra Trochimara, le 20 juillet, et qui a pris fin depuis. L’édile protestait contre les conditions de vie “indignes” et inacceptables des migrants dans sa ville. Des dizaines de demandeurs d’asile sont contraints de vivre à la rue à Cayenne, où les forces de l’ordre les font se déplacer quotidiennement, rendant leur comptage difficile par les associations. 

“Je fais le choix réfléchi, par une grève de la faim, d’exprimer un ‘non’ à cette situation qui perdure dans le temps et qui génère des désordres insupportables et inhumains sur le domaine public, avait justifié Sandra Trochimara. Tout doit être mis en œuvre par le gouvernement pour limiter, voire restreindre l’accès au territoire de la Guyane et contrôler cette nouvelle dynamique migratoire. (…) Nous n’avons pas les infrastructures pour accueillir, accompagner, installer tous ces migrants.” 

Cas à part 

La “nouvelle dynamique migratoire” pointée par Sandra Trochimara est à l’œuvre depuis plusieurs années déjà en Guyane. Ce territoire français, situé en Amérique latine, est une porte d’entrée vers la métropole française pour les migrants syriens venus du Liban, via le Brésil, pays qui délivre des visas humanitaires aux personnes touchées par le conflit en Syrie. Une fois au Brésil, les migrants franchissent la frontière entre le pays et la Guyane, en traversant le fleuve Oyapock. Un détour colossal mais qui leur évite de se frotter à la Méditerranée et aux frontières européennes. 

Selon l'OFPRA, environ 3100 demandes d’asile ont été déposées dans le département d'outre mer (DOM) en 2021 (majoritairement de la part d'Haïtiens, et, dans une moindre mesure, de Syriens et de Palestiniens). Un chiffre somme toute constant : en 2019, quelque 2 800 dossiers d'asile avaient été enregistrés. Mais le système d’accueil guyanais peine à s’adapter. Aucun centre d'accueil pour demandeurs d'asile (Cada) n'existe sur ce territoire. 

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La Cimade, qui vient en aide aux migrants et réfugiés, concède de “timides progrès” en termes d’accueil, avec notamment une augmentation du nombre de places d'hébergement pour les demandeurs d'asile (la Guyane est désormais équipée d'environ 250 places d'hébergement et de 700 places en nuitées d'hôtel). Mais l'organisation déplore surtout “des lois successives qui rendent chaque fois plus compliquées les conditions d'accès au séjour”. 

Le territoire guyanais fait office de cas à part en France. En Guyane, par exemple, les délais de traitement des demandes d'asile sont raccourcis : les demandeurs d'asile ne disposent que d'une semaine pour rendre leur dossier de complet à l'OFPRA, avec leur récit rédigé à l'écrit en français, contre 21 jours en métropole. “Ce sont des délais beaucoup trop courts qui limitent l'accès à l'asile”, estime Matthias Geraud, président du groupe local de La Cimade en Guyane. 

"Sentiment de haine envers les exilés vivant à la rue” 

Pour les associations sur place, dont La Cimade et Médecins du Monde, la grève de la faim médiatisée de la maire de Cayenne ne résout rien au problème, bien au contraire. “Nous condamnons cette démarche, qui vient attiser un sentiment de haine envers les exilés vivant à la rue”, réagit encore Matthias Geraud.

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“Cette démarche vise à faire de ces personnes les boucs émissaires des manquements des autorités, quelles qu'elles soient. Or, si ces personnes sont dans la rue, c'est parce qu'elles n'ont pas le choix”, poursuit-il, accusant le manque de logements fournis par l’État et le “très difficile accès au marché du travail pour les personnes maîtrisant pas ou peu le français”. 

Par ailleurs, l’ouverture du nouveau centre à Cayenne est “clairement sous-dimensionné quant aux réels besoins”, juge Matthias Geraud. Ce dernier relève que le préfet a annoncé vouloir transmettre une géolocalisation de l'endroit à tous les taxis collectifs qui font le trajet depuis Saint Georges, ville située à proximité du fleuve Oyapock d'où partent les demandeurs d'asile en direction de Cayenne. Une façon d'empêcher les migrants de passer par la rue. “Autant dire que cette structure va vite être débordée, si ce n'est pas déjà le cas.”

 

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