Le manque d'engagement à long terme des réfugiés d'Ukraine constitue l'un des freins à l'embauche. Crédit : Christoph Soeder, dpa, picture alliance
Le manque d'engagement à long terme des réfugiés d'Ukraine constitue l'un des freins à l'embauche. Crédit : Christoph Soeder, dpa, picture alliance

Près de 900 000 de réfugiés ukrainiens vivent actuellement en Allemagne. Leurs chances d'intégrer le marché du travail restent faibles malgré le grand besoin en main d'oeuvre qualifiée du pays.

En vertu d'une directive de l'Union européenne, les réfugiés d'Ukraine se sont vu accorder un statut de protection dans les pays de l'Union européenne (UE) pour une durée de trois ans. La directive leur donne également la possibilité d’accéder au marché du travail.

En Allemagne, 350 000 Ukrainiens sont actuellement enregistrés comme étant à la recherche d'un emploi.

L'institut de recherche économique IFO, basé à Munich, a mené une enquête auprès de près d’un millier de réfugiés ukrainiens au mois de juin. Si 90 % des personnes interrogées disent vouloir trouver un emploi, seule la moitié d’entre elles y est parvenue.

Andrii Chekanov, 34 ans, est arrivé en Allemagne avant que la guerre n’éclate. Il occupe actuellement un poste de chef de produit dans une société informatique. S’il a connu un processus d’intégration sans encombre, sa famille, qui l’a rejoint en mars, se retrouve confrontée à de nombreuses difficultés. Ses parents n'ont ainsi toujours pas réussi à obtenir les papiers nécessaires pour travailler légalement dans le pays.

La sœur d'Andrii se dit "très frustrée". Elle est spécialisée dans l’optimisation des moteurs de recherche sur internet et parle couramment anglais. Mais pour le moment, elle n'a pas réussi à trouver de travail dans son domaine par manque de postes disponibles ouverts aux anglophones.

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L’informaticien Andrii Chekanov est arrivé en Allemagne avant la guerre. Crédit : DR
L’informaticien Andrii Chekanov est arrivé en Allemagne avant la guerre. Crédit : DR


L'Allemagne connaît une importante pénurie de travailleurs qualifiés dans de nombreux secteurs. Selon l’agence fédérale allemande pour l'emploi, près de 900 000 postes étaient vacants au mois de juin, notamment dans les secteurs du transport, de la vente, des services et de la santé.

l'institut IFO a également interrogé un échantillon d’un millier de responsables des ressources humaines dans diverses entreprises. 83 % d'entre eux ont affirmé que le manque de compétences en allemand est le principal obstacle à l'embauche.

De nombreux Ukrainiens parlent plusieurs langues, mais pas forcément l’allemand. "Les compétences linguistiques sont le défi le plus important", note Tetyana Panchenko, chercheuse à l’IFO, qui ajoute que l’anglais est également très demandé.

Or, de nombreux Ukrainiens de l’est du pays ont appris le russe plutôt que l'anglais. Ce manque de compétences linguistiques a conduit un tiers des Ukrainiens interrogés par l’IFO à accepter un travail inférieur à leur niveau de qualification.

Des qualifications non reconnues

Plus de 85 % des personnes interrogées ont, soit un diplôme universitaire, soit une formation professionnelle. Or, pour travailler dans de nombreuses professions règlementées en Allemagne, allant du transporteur routier au pharmacien, les candidats doivent faire reconnaître leurs qualifications par les autorités. Sans cette reconnaissance officielle de leurs certificats ukrainiens, ils ne sont pas autorisés à occuper ces emplois.

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D’autres domaines comme l’aide aux personnes âgées, ne demandent pas de qualifications. Et, avec une population vieillissante en Allemagne, ce secteur recrute. Toutefois, l’Association allemande pour les soins à domicile et les soins infirmiers (VHBP) se préoccupe du risque d’exploitation de réfugiés ukrainiens sans formation. Ils pourraient accepter de travailler pour un salaire inférieur à la normale, s'est inquiété le président de l'association, Daniel Schlör, dans une interview à la chaîne de télévision publique ARD.

Engagement à long terme

Outre les niveaux de qualification et les compétences linguistiques, les employeurs allemands redoutent que les réfugiés ne s’engagent pas à long terme, beaucoup souhaitant retourner en Ukraine dès que la situation sécuritaire le permettra.

Les entreprises allemandes ont tendance à éviter un turn-over, en particulier s'agissant du personnel qualifié. Elles ne sont souvent pas intéressées par des embauches temporaires, mais préfèrent des relations de travail stables avec une perspective à long terme.

Environ la moitié des six millions de réfugiés ukrainiens qui ont fui le pays depuis le début de l’invasion sont déjà rentrés chez eux, selon les données de l’agence européenne de contrôle des frontières Frontex.

Et la rentrée scolaire, le 1er septembre, pourrait être un facteur décisif supplémentaire pour motiver de nombreux réfugiés ukrainiens actuellement en Allemagne à retourner chez eux.

Olga Savitska ne trouve pas d’emploi, malgré son niveau de qualification. Crédit : DR
Olga Savitska ne trouve pas d’emploi, malgré son niveau de qualification. Crédit : DR


Olga Savitska, 21 ans, est traductrice et graphiste. Elle est arrivée en Allemagne en février. "Je me sens vraiment frustrée et anxieuse", explique Olga. "C’est vraiment difficile d'établir des relations et de trouver quelque chose de convenable."

Comparé à l’Ukraine, elle constate que "les réponses aux mails et aux appels téléphoniques sont vraiment lents" en Allemagne. Comme elle n'a pas réussi à trouver de poste à temps plein, Olga envisage désormais de s’inscrire à l'université.

Des réfugiés privilégiés ?

En Allemagne, les Ukrainiens bénéficient néanmoins de procédures administratives simplifiées, contrairement à celles qui se sont appliquées aux centaines de milliers de réfugiés arrivés en 2015-2016, notamment en provenance de la Syrie.

Le dispositif permet aux Ukrainiens d’accéder au marché du travail, de se déplacer librement, de trouver un logement et de demander des prestations.

"On leur prépare les permis et les papiers", raconte Abdullah Saleh, arrivé en Allemagne en 2015. Lui a dû attendre 18 mois pour obtenir ses papiers de séjour.

"Les Ukrainiens sont blancs, la façon dont ils sont traités n’est pas étonnante", estime-t-il. "Je pense que les gens du Moyen-Orient et les Ukrainiens sont traités de manière très différente en Allemagne."

Auteur : Caleb Larson

Source : dw.com

 

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