Des enfants jouent dans la garderie gérée par AfricanTide. Copyright: Mara Bierbach
Des enfants jouent dans la garderie gérée par AfricanTide. Copyright: Mara Bierbach

Qui peut mieux aider les migrants et les réfugiés fraîchement débarqués en Allemagne que les anciens nouveaux venus eux-mêmes ? C’est sur ce principe que s’appuie AfricanTide. Cette organisation basée à Dortmund, en Allemagne, gère un centre d’accueil et de multiples programmes à destination des migrants et des réfugiés.

Sur une petite table blanche près de la fenêtre, deux garçons s’appliquent à assembler pièce par pièce un puzzle "animaux du zoo" et un autre "animaux de la ferme". Autour d’eux, des fenêtres décorées avec des fleurs découpées dans du carton coloré, des murs recouverts d’astronautes, de vaisseaux spatiaux et d’innombrables animaux en papier. Aujourd’hui, ils sont une dizaine. Les uns n’ont que quelques mois. Les autres déjà six ans. Ils feront leur entrée à l’école à la fin de l’été. Il y a aussi deux institutrices d’école maternelle.

La salle ressemble à s’y méprendre à un jardin d’enfants, tout ce qu’il y a de plus ordinaire en Allemagne. En réalité, ce n’est pas tout à fait cela. Il s’agit d’une garderie qui s’adresse spécifiquement aux enfants de migrants et de réfugiés afin que ces derniers puissent suivre un cours d’allemand ou faire leurs démarches administratives sans avoir besoin d’emmener leur progéniture avec eux.

Cette garderie est l’un des nombreux projets proposés par l’AfricanTide Union, une association qui détonne dans le paysage des nombreuses organisations bénévoles destinées aux réfugiés et aux migrants en Allemagne. Elle est en effet principalement dirigée par des personnes nées en Afrique et qui ont elles-mêmes un passé de migrant ou de réfugié.

Intégrer des nouveaux venus en Allemagne.

"Intégrer les migrants est une chose très importante et je pense que c’est une responsabilité qui nous incombe à tous et en particulier à ceux qui, parmi nous, sont issus de l’immigration," affirme Rosalyn Dressman, directrice de l’AfricanTide Union au micro de la DW.

Rosalyn Dressmann (à droite) à la garderie gérée par AfricanTide

Basée à Dortmund, une ville industrielle d’environ 600.000 habitants dans l’ouest de l’Allemagne, l’organisation ne gère pas seulement deux garderies. Elle propose aussi une grande variété de cours pour adultes, par exemple des cours de langue ou d’informatique, qui permettent de qualifier les élèves au marché de l’emploi allemand. AfricanTide dispose également d'un centre qui accueille des réfugiés âgés de 18 à 25 ans. Des jeunes hommes qui sont arrivés en Allemagne sans famille, en tant que mineurs non accompagnés. Deux travailleurs sociaux sont là pour les aider à franchir le cap vers la vie adulte.

Aide des migrants aux migrants

Parmi les travailleurs sociaux de l’African Hope Center, le centre d’accueil de l’AfricanTide, on trouve Yvonne Chipo Makopa. Originaire du Zimbabwe, elle est arrivée lycéenne en Allemagne, dans le cadre d’une bourse d’échange. Elle a ensuite décidé de rester pour faire des études à l’Université de Paderborn. Yvonne Chipo Makopa estime que les expériences qu’elle et la plupart de ses collègues ont traversées, les habilite tout particulièrement à travailler avec des réfugiés. "Certains problèmes ou obstacles sont le lot de tous les étrangers en Allemagne. Peu importe d’où l’on vient et comment on est arrivé ici," dit-elle. "Des migrants et des réfugiés qui aident d’autres migrants et d’autres réfugiés, il n’y a rien de mieux."

Yvonne Chipo Makopa en est certaine : son expérience en tant que migrante peut aider les réfugiés avec lesquels elle travaille

C’est en 2010 que sept expatriés africains vivant à Dortmund et dans les environs ont décidé de créer AfricanTide. Leur objectif : construire un réseau d’entraide pour les migrants africains obligés d’élever leurs enfants dans un environnement souvent peu accueillant. "Les autorités communales et locales sont habituées à travailler avec les migrants d’origine turque mais moins avec ceux d’origine africaine," explique la directrice, Rosalyn Dressman. Co-fondatrice de l’organisation, elle a 43 ans et elle est mère de trois enfants. Elle-même est arrivée en Allemagne en 2000 après avoir rencontré son futur mari au Nigeria, son pays natal.

Quelques projets d’intégration pour les Africains

Avec des communautés moins importantes, les Africains et en particulier les Subsahariens sont souvent les parents pauvres des politiques d’intégration en Allemagne. Selon le ministère d’Etat chargé de l’Intégration, la Rhénanie-Du-Nord-Westphalie, région dans laquelle est basée AfricanTide, comptaient l’an dernier 4,6 millions de personnes étrangères. Seules 150.000 venaient d’Afrique, première et seconde génération confondues.

En 2016, l’Office fédéral des Statistique comptabilisait, lui, 10 millions de résidents avec un passeport étranger à l‘échelle du territoire national. En provenance du continent africain, les Marocains représentent le groupe le plus important avec environ 76.000 personnes qui habitent en Allemagne. Suivis des Érythréens (60.000) et des Nigérians (50.000). Récemment, une étude de la commission des droits de l’Homme pour les Nations Unies a relevé que les Africains font souvent l’objet de discriminations raciales mais que l’action de l’Etat pour poursuivre les auteurs d’incidents racistes ou empêcher de tels actes est restreinte.

Bénévoles puis employés à plein temps

L’espoir de Rosalyn Dressmann c’est qu’AfricanTide parvienne à améliorer l’image des Africains en Allemagne. Concernant la coopération de son organisation avec les organismes publics, la directrice admet que "parfois, ils ne nous comprennent pas. Parfois, c’est nous qui ne les comprenons pas. Mais grâce à un gros travail de communication, on arrive à créer des synergies". Et d’ajouter "nous apprenons les uns des autres."

De son côté, Joachim Stamp, le ministre de l’Intégration de Rhénanie-Du-Nord-Westphalie confie à InfoMigrants que le travail d’associations comme AfricanTide est vital pour l’intégration des migrants et des réfugiés en Allemagne. "Les efforts fournis par les migrants et les réfugiés qui vivent en Allemagne pour aider les nouveaux venus sont précieux et méritent d’être soutenus," dit-il. "A travers leur travail, l’intégration sociale et culturelle mais aussi au sein du marché du travail peut être facilitée. Les migrants peuvent construire des ponts parce qu’ils savent, de leur propre expérience, quelles sont les difficultés auxquelles les gens sont confrontés lorsqu'ils arrivent dans une nouvelle ville."

Initialement fondé en tant qu’organisation bénévole, AfricanTide reçoit aujourd’hui des subventions de la part de l’Union européenne, du gouvernement fédéral et des autorités régionales. Cela lui permet de financer ses nombreux projets et d’employer environ 50 personnes à temps plein.

Un cours d’allemand proposé par AfricanTraid. La majorité des élèves viennent du Moyen-Orient

Peu après sa fondation, AfricanTide a ouvert ses portes à d’autres pays afin de répondre à la demande croissante de migrants et de réfugiés non-africains, Actuellement, les premiers bénéficiaires des services de l’association viennent du Moyen-Orient, en particulier de Syrie et d’Irak. Les migrants et les réfugiés africains ne représentent, eux, que 25% des utilitaires.  

'Nous ne voulons pas d’une société parallèle'

L’équipe aussi vient de tous les coins du monde, explique Rosalyn Dressmann. "Ici, nous avons des gens de tous les pays africains, de différents pays européens mais aussi de pays asiatiques. Je pense que c’est notre grande force car cela nous permet d’offrir une perspective multiculturelle."

"Nous essayons vraiment d’avoir une équipe mélangée parce que nous ne voulons pas d’une société parallèle" renchérit Hassan Yacoubou. Le directeur de l’African Hope Center se réfère à une expression souvent utilisée en Allemagne pour désigner l’isolement ethnique de certaines communautés de migrants. Le personnel du centre d’accueil emploie deux réfugiés afghans ainsi qu’un travailleur social allemand.

Les deux travailleurs sociaux de l’African Hope Center sont orginaires du Zimbabwe et d’Allemagne

Il arrive toutefois qu’AfricanTide essuient aussi des critiques. Des Allemands, irrités par le fait que la plupart des dirigeants de l’organisation sont originaires d’Afrique et non d’Allemagne.

"Certains nous demandent 'pourquoi il y a autant d’étrangers ici ?'" raconte la travailleuse sociale Yvonne Chipo Makopa. "Et vous savez ce que je leur réponds ? Et pourquoi pas?"


 

Et aussi