Le centre d'hébergement de Ter Apel est surpeuplé depuis plusieurs mois. La situation s'est dégradée jusqu'à devenir une crise humanitaire. Un bébé de trois mois hébergé dans un gymnase de la ville est mort, mercredi 24 août 2022. Crédit : Picture alliance
Le centre d'hébergement de Ter Apel est surpeuplé depuis plusieurs mois. La situation s'est dégradée jusqu'à devenir une crise humanitaire. Un bébé de trois mois hébergé dans un gymnase de la ville est mort, mercredi 24 août 2022. Crédit : Picture alliance

Un bébé de trois mois est mort, mercredi, dans le centre d’hébergement pour demandeurs d’asile de Ter Apel, aux Pays-Bas. Les conditions de vie se sont fortement dégradées depuis un an dans cette structure prévue pour accueillir 2 000 personnes. Quelque 700 personnes dorment actuellement à l’extérieur, dans des conditions extrêmement précaires. Pour la première fois, MSF a lancé, jeudi, une mission humanitaire dans le pays.

L'enfant aurait-il pu être sauvé si sa famille avait été hébergée dans un lieu décent ? La question se pose aux Pays-Bas depuis la mort, mercredi 24 août, d'un bébé de trois mois qui vivait dans une salle de sport de Ter Apel, dans l’est du pays. Une enquête a été ouverte. Elle doit notamment déterminer les causes de la mort du nourrisson dont le genre et la nationalité sont encore inconnus.

"Actuellement, on ne sait pas grand-chose sur la mort du bébé, mais les premiers soins prodigués n'ont pas permis de ranimer l'enfant", a déclaré le ministère néerlandais de la Justice dans un communiqué publié mercredi soir.

Ce drame survient alors que le système d’accueil néerlandais est dans la tourmente depuis un an, en raison d’un nombre insuffisant de structures pour héberger les demandeurs d'asile dont la majorité sont originaires de Syrie, d'Afghanistan et de différents pays africains. Le problème s’est aggravé depuis le début de la guerre en Ukraine et l’arrivée de réfugiés ukrainiens dans le pays.

La situation est particulièrement préoccupante dans le centre d’accueil de Ter Apel - le principal du pays - où sont envoyés les demandeurs d’asile avant d’être répartis dans le pays. Prévue pour héberger 2 000 personnes, la structure est surchargée et, depuis plusieurs semaines, des exilés sont contraints de dormir à l’extérieur. Leur nombre a augmenté ces derniers jours et, jeudi, ils étaient environ 700 à dormir sur des matelas gonflables ou à même le sol, dans des conditions humanitaires désastreuses. Certains exilés sont, eux, logés - comme la famille du bébé décédé - dans des gymnases de la ville.

Jeudi, le photographe indépendant Owen O’Brien a publié sur Twitter des photos et vidéos du campement improvisé devant le centre de Ter Apel. On y voit des sanitaires bouchés et couverts d’excréments, ainsi que des sacs de déchets entreposés dans le campement.

Quelques heures après avoir publié ces images, le photographe a indiqué, nouvelles images à l'appui, que des services d'hygiène étaient en train de nettoyer ces sanitaires. Une dizaine de cabines de toilettes supplémentaires ont également été ajoutées.


Une situation comparable à celle du camp de Moria

La situation a conduit Médecins sans frontières (MSF) à lancer, jeudi, une mission humanitaire sur les lieux, la première aux Pays-Bas.

L’ONG a comparé la situation sur place à celle qui existait dans le camp grec de Moria, tristement célèbre pour la saleté et l’insécurité qui y régnaient. "L'équipe [de MSF] a parlé à des personnes qui n'avaient pas pu se laver depuis une semaine. Certains avaient contracté une maladie de peau à cause du manque d'hygiène", rapporte le média néerlandais Nos, précisant que, parmi les exilés se trouvent "des femmes enceintes, des enfants et des personnes atteintes de maladies chroniques, comme le diabète."

MSF vient ainsi compléter l’aide médicale apportée par la Croix-Rouge qui a installé, début août, une clinique mobile sur place et accueille les personnes souffrant de blessures ou d’infections de la peau.

Interrogée par la radio WNL, la responsable de la Croix-Rouge néerlandaise, Heleen van den Berg, a salué l’aide de MSF mais a appelé les autorités néerlandaises à régler la situation de toute urgence et de manière durable, notamment en raison de la météo qui se dégrade dans la région. "[Quand il pleut], la boue coule sur les lieux de couchage. Ce n'est pas tenable", a-t-elle alerté.

"Fin octobre, la Croix-Rouge indiquait déjà que l'accueil [à Ter Apel] était tombé en deçà des standards humanitaires internationaux et qu'il fallait accélérer la mise en place de centres d'enregistrement" pour demandeurs d’asile, rappelle WNL.

Poursuite en justice

Face à cette situation, le Conseil néerlandais pour les réfugiés a engagé, le 17 août dernier, une procédure en référé contre le gouvernement central néerlandais et l’Agence centrale pour l’accueil des demandeurs d’asile (COA). Dans un communiqué publié sur son site, le Conseil dresse la liste de ses exigences concernant les conditions de vie des migrants et réclame que celles-ci soient satisfaites "d’ici le 1er octobre". Ces demandes concernent un "accès jour et nuit à l'eau potable, un accès aux soins de santé nécessaires, un certain degré d'intimité grâce à une chambre fermée pour les familles ou les groupes jusqu'à six personnes, un accès à des douches et toilettes pour tous les demandeurs d’asile, des repas adéquats et un accès à la scolarité et à des jeux pour les enfants".

Le Conseil pour les réfugiés dénonce une crise "causée par des choix politiques" et qui "aurait pu être évitée". "En raison de la réduction du Service de l'immigration et de la naturalisation (IND) et de la fermeture des centres pour demandeurs d'asile, le système d'asile est en état de crise permanent depuis des années", souligne le Conseil.

L’organisation dénonce aussi la réticence de certaines municipalités à accueillir sur leur territoire des centres d’hébergement pour demandeurs d’asile. "Cela a créé une impasse administrative : il y a suffisamment de lieux pour accueillir le nombre actuel de demandeurs d'asile, mais de nombreuses municipalités refusent de coopérer."

Preuve de cette réticence : des habitants de la petite ville d'Albergen, dans l'est, protestent depuis des jours contre les plans de l'agence néerlandaise pour les réfugiés de loger jusqu'à 300 demandeurs d'asile dans un hôtel de la ville. Scandant des slogans comme "Non aux demandeurs d'asile!" et "Partez!", des habitants ont assuré que la décision leur avait été imposée malgré les objections selon lesquelles la ville était trop petite pour l'afflux de centaines d'étrangers.

Fin juillet, le secrétaire d’État à l’Asile, Éric van der Burg, avait annoncé que le gouvernement prévoyait de loger les migrants sur des bateaux de croisière.

Les autorités envisageaient d’amarrer trois grands navires dans leurs ports, voire de les ancrer au large si ces énormes bateaux ne trouvent pas de place à quai. Mais cette solution a été vivement critiquée par plusieurs instances engagées dans l’aide aux migrants. En premier lieu, le Haut-commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR). "Vous placez [les demandeurs d’asile, ndlr] en dehors de la société. Ils n’auront aucune liberté de mouvement. Et les traumatismes existants peuvent refaire surface [dans ces conditions]", avait affirmé la branche néerlandaise de l’agence onusienne.

 

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