Des migrants s'apprêtent à franchir le fleuve Evros, frontière naturelle entre la Turquie et la Grèce, en mars 2020. Image d'illustration. Crédit : Reuters
Des migrants s'apprêtent à franchir le fleuve Evros, frontière naturelle entre la Turquie et la Grèce, en mars 2020. Image d'illustration. Crédit : Reuters

Un Érythréen et un Ethiopien, tous deux victimes de refoulements violents à la frontière gréco-turque, ont déposé une plainte auprès du procureur d'Orestiada, en Grèce. Ils ont déclaré avoir subi des violences et tortures et assurent avoir constaté la présence d'étrangers collaborant avec les garde-frontières grecs.

C'est une plainte qui pourrait donner du poids aux accusations de refoulements pratiqués par les garde-frontières grecs. Deux exilés, originaires d'Érythrée et d'Éthiopie, ont déposé, avec l'aide de l'association Greek Helsinki monitor, une plainte auprès du procureur d'Orestiada, en Grèce, pour dénoncer les mauvais traitements dont ils ont été victimes au cours de plusieurs tentatives de passage de la frontière gréco-turque.

Les deux hommes ont tenté à deux reprises de pénétrer illégalement en Grèce, pour y demander l'asile, les 19 et 22 juin, avec un groupe. Ils ont affirmé avoir été, à chaque fois, battus et torturés avant d'être refoulés vers la Turquie par des garde-frontières grecs assistés de personnes arabophones, précise le média grec Efsyn.

Les deux exilés, qui se trouvent actuellement en Turquie, ont pris des photos de leurs blessures. Ils ont également remis au Greek Helsinki monitor des vidéos dans lesquelles ils témoignent des sévices qu'ils ont subi.

Ces témoignages permettent d'étayer les accusations de violences des garde-frontières lors des opérations de refoulements. Ils confirment aussi l'utilisation par la police grecque d'auxiliaires étrangers, migrants eux-mêmes, pour repousser les exilés qui cherchent à entrer en Grèce.

"Ils ne voulaient pas être directement impliqués"

Dans un rapport publié en avril dernier, Human rights watch (HRW) avait révélé l'existence de ces migrants utilisés comme auxiliaires par la police grecque pour refouler des personnes cherchant à entrer en Grèce en échange de titres de séjour.

L'ONG avait interrogé une quinzaine d'exilés victimes de refoulements. Ils avaient raconté avoir été expulsés par des hommes vêtus d'uniformes noirs, le visage masqué et qui parlaient arabe ou bien l'une des langues parlées par les personnes originaires d'Asie Centrale (pachto, dari, ourdou par exemple).

"Les deux Afghans nous ont fait traverser [l'Evros] en bateau et j'ai eu une conversation avec l'un d'eux [...] Il a dit que les policiers grecs l'avaient choisi, avec d'autres, parmi les migrants, et qu'ils les utilisaient pour faire traverser la rivière aux migrants parce qu'ils ne voulaient pas être directement impliqués dans le renvoi des personnes en Turquie", avait notamment raconté un jeune Afghan aux enquêteurs de HRW.

Collaboration contre titre de séjour

Selon les témoignages de ces étrangers rapportés par HRW et ceux des deux exilés ayant porté plainte, les auxiliaires seraient obligés de réaliser plusieurs opérations de refoulements pour obtenir des documents les autorisant à séjourner trois ans en Grèce.

Selon Efsyn, l'un de ces étrangers aurait détaillé les conditions de sa collaboration avec les exilés érythréen et éthiopien à l'origine de la plainte. Cette personne doit être entendue par le procureur d'Orestiada.

En juin dernier, des journalistes de plusieurs médias européens, membres du Consortium européen du journalisme, avaient interrogé six migrants qui avaient été enrôlés par les garde-frontières grecs. Ils avaient notamment décrit avoir eu pour leader un Syrien nommé Mike, qui se montrait particulièrement violent avec les exilés.

"Mike frappait les réfugiés et il nous disait de faire de même pour que les commandos [unité d’élite de la police grecque] soient contents de nous", avait confié Hussam, un Syrien de 26 ans, cité par Le Monde.

>> À lire : Pour le ministre grec des Migrations, "les migrants n'ont pas besoin d'entrer en Grèce car la Turquie est un pays sûr"

Mise en cause à de nombreuses reprises au sujet des refoulements de migrants à la frontière, la Grèce a toujours nié avoir recours à ces pratiques. Dans une interview accordée à InfoMigrants, le ministre grec des Migrations avait néanmoins déclaré que les exilés se trouvant en Turquie devaient y rester.

 

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