La centaine de jeunes expulsés vendredi 26 août 2022 vivaient dans l'ancien Ehpad des Tourelles depuis 2020. Crédit : Picture-alliance
La centaine de jeunes expulsés vendredi 26 août 2022 vivaient dans l'ancien Ehpad des Tourelles depuis 2020. Crédit : Picture-alliance

Depuis février 2020, une centaine de jeunes, dont la minorité est contestée, étaient hébergés dans un ancien Ehpad de Toulouse, dans le sud de la France. Des policiers ont évacué le bâtiment ce vendredi.

Une colonne de CRS a pénétré, vendredi 26 août, dans la matinée, dans l’ancien Ehpad des Tourelles, à l'ouest de Toulouse, pour vider le lieu de ses occupants. Ces derniers, une centaine de mineurs isolés majoritairement originaires d’Afrique de l’Ouest, du Maghreb et d'Afghanistan ont dû quitter le lieu sur le champ. Dès 7 heures, une quarantaine de camions de CRS étaient sur place et peu après, ni les ONG, ni les journalistes n’avaient accès à l’intérieur du bâtiment. À 11 heures, l'évacuation était terminée.

Les forces de l’ordre ont fait usage de gaz lacrymogènes face à ces jeunes qui, vendredi après-midi, patientaient toujours sans proposition de relogement devant le bâtiment dans lequel ils étaient hébergés depuis février 2020.

Selon l’ONG Médecins du Monde (MdM), interrogée par Infomigrants, l'un des exilés a été blessé à la cheville, un autre est en état de choc et a été accompagné aux urgences psychiatriques. D’autres ont été légèrement blessés "dans le mouvement de foule provoquée par les gaz lacrymogènes", précise Antoine Bazin, coordinateur programme et actions mobiles de MdM, présent sur place depuis tôt ce vendredi.

"Je suis arrivé en France il y a un an, je n'ai pas encore 18 ans. Jamais je n'aurais pensé être traité comme un criminel", a déclaré à l’AFP Sami, un Algérien accroupi sur le trottoir, à côté d'un grand sac plastique contenant ses affaires.

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Minorité contestée

La plupart des jeunes présents sur place ont été déclarés majeurs par le Conseil départemental et ont déposé un recours devant la justice pour contester cette décision et faire reconnaître leur minorité. Selon la préfecture de Haute-Garonne, une évaluation de leur situation administrative a été proposée à tous les jeunes avant leur expulsion, afin de trouver une solution de relogement, mais "seuls quatre l'ont acceptée".

Selon Médecins du Monde, des solutions ont été proposées aux quelques mineurs dont la minorité n’est pas contestée. "Trois [hommes] ont été reconnus mineurs par le juge des enfants et ont été pris en charge par les services du Conseil départemental dans le cadre de sa compétence de protection de l’enfance", confirme de son côté le département.

"Un lieu unique"

Si l’évacuation de ce vendredi était inattendue, les ONG "savaient depuis longtemps que cela pouvait arriver". Le tribunal administratif de Toulouse avait ordonné à tous les jeunes de quitter le lieu le 6 mai 2022. Il avait été saisi par l’organisme propriétaire du lieu suite à des cas de violences. "Il y a eu des événements de violence, certes, mais d'une violence relative, et surtout, très isolés", avait à l'époque réagi auprès d’Infomigrants une membre du collectif citoyen AutonoMIE.

La municipalité souhaitait récupérer ce bâtiment afin de le transformer en un centre maternel visant à accueillir des femmes à la rue, enceintes ou jeunes mères.

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De son côté, Médecins du Monde regrette la perte "d’un lieu unique où il y avait des mineurs isolés au même endroit". "On va perdre le fil avec certains jeunes qu’on ne va pas forcément retrouver", estime Antoine Bazin. Cette évacuation "va briser des parcours de soin déjà précaires", ajoute-t-il. 

 

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