Des migrants campent près du centre humanitaire, Porte de La Chapelle. Crédit : Mehdi Chebil.
Des migrants campent près du centre humanitaire, Porte de La Chapelle. Crédit : Mehdi Chebil.

Si les migrants d’Afrique subsaharienne sont considérés comme une des populations les plus vulnérables en matière de VIH/Sida, il est faux d’affirmer qu’ils exportent en masse le virus en arrivant en France. Au contraire, la plupart d’entre eux contractent le VIH après leur arrivée en Europe.

L’Afrique subsaharienne est l'une des régions au monde les plus touchées par le virus du sida. Et à ce titre, beaucoup d’amalgames et de rumeurs ont vu le jour ces dernières années. La plus fréquente étant celle selon laquelle les migrants africains exportent le VIH en venant en Europe. Une étude de l'Agence nationale de recherche sur le sida et les hépatites (ANRS), publiée en 2015, tend pourtant à démonter ce cliché. Selon le rapport, une large proportion de migrants d'Afrique subsaharienne porteurs du VIH en France ont, en fait, été contaminés après leur arrivée.

Chaque année, la France découvre 6 000 nouveaux cas de séropositivité. Environ 2 000 d’entre eux sont effectivement originaires d’Afrique subsaharienne. Mais sur ces 2 000 personnes, les conclusions de l’ANRS sont claires : 35% à 49% d’entre elles ont été infectées après leur arrivée sur le sol français. "Il faut donc rappeler deux choses, insiste Marie-Dominique Pauti, médecin coordinatrice des actions de prévention VIH au sein de l’ONG Médecins du Monde, contactée par InfoMigrants. Non, la séropositivité n’a pas explosé en France depuis 2015 et non, les malades originaires d’Afrique subsaharienne n’ont pas exporté en masse le virus. Une grande partie d’entre eux se contaminent en France".

>> Pour lire le rapport de l'ANRS, cliquez sur ce lien 

"Ne pas stigmatiser les migrants"

Pour Médecins du Monde, il est plus que jamais nécessaire de rappeler cette réalité dans un contexte délétère où "une forte stigmatisation existe autour des migrants. Beaucoup pensent encore que c’est à cause d’eux que les pathologies arrivent en France", précise Marie-Dominique Pauti.

Une des explications de l'infection au VIH post-migration est liée au contexte socio-économique dans lequel vivent les migrants. L’écrasante majorité des primo-arrivants survivent en France dans une grande précarité administrative, professionnelle, sociale et médicale. "Pour la moitié d’entre eux, il faudra plus de 7 ans pour trouver une sécurité élémentaire : un titre de séjour d'au moins un an, un logement personnel, un travail…", explique Marie-Dominique Pauti. Ce cadre de vie dégradé entraîne généralement une augmentation des comportements sexuels à risque. Surtout pour les femmes.

L’étude de l’ANRS montre en effet que les migrantes arrivées en France - parce que leur vie était menacée dans leur pays d’origine - sont six fois plus exposées à un rapport sexuel forcé. "De plus en plus de femmes arrivent sur notre sol et elles constituent une population particulièrement vulnérable. Elles sont parfois contraintes d'accepter des rapports sexuels non protégés en échange d’une aide matérielle, d’un toit, de nourriture…", continue Marie-Dominique Pauti. Si elle n’est pas seule responsable, la précarité apparaît comme un facteur important de risque d'infection.

"Il faut faire de la prévention primaire, parler aux gens avant qu’ils ne se contaminent"

Fort de ce constat, MdM a donc ajusté sa politique de prévention : "S’il est nécessaire de proposer des dépistages pour éviter les occasions manquées et pour que les personnes séropositives se fassent soigner, il est aussi primordial de faire de la prévention primaire, il faut parler aux gens des modes de transmission, des moyens de prévention, avant qu’ils ne se contaminent", ajoute le médecin de MdM.

Pour lutter contre la propagation du virus, l’ONG rappelle l’importance d’améliorer les conditions d’accueil des migrants. "Nous travaillons dans des camps de fortune où il n’y a ni accès à l’eau potable, ni douches… et où les droits fondamentaux sont bafoués, comme à La Chapelle [à Paris], dans la vallée de la Roya [dans le sud de la France], à Vintimille [en Italie]. Proposer des dépistages aux malades dans un contexte aussi précaire est difficile". Et surtout, cela est insuffisant. "Dépister est une chose, mais expliquer le diagnostic et accompagner le malade – qui ne souhaite pas forcément rester en France - en est une autre".

Sans compter que le VIH n’est pas la seule urgence sanitaire "dans ce contexte de crise qui, plus qu’une crise migratoire, est une crise de l’accueil et de la solidarité". Il existe d’autres maladies infectieuses dans les campements insalubres, "l’hépatite A, la gale, la réapparition de la rougeole…", précise Marie-Dominique Pauti.

Médecins du monde tient, aussi, à tordre le cou à un second cliché : la migration pour raison médicale. Non, les migrants qui arrivent en France ne viennent pas pour se faire soigner, insiste MdM. "Selon les associations, la grande majorité des migrants séropositives ne se savent pas atteintes du virus avant de se faire dépister. Et plus de 80% des patients reçus dans nos centres de soins sont dépourvus de couverture maladie (Assurance maladie, Aide médicale d'État)conclut Marie-Dominique Pauti. Alors que plus des trois quarts pourraient théoriquement en bénéficier. Beaucoup ignorent leurs droits !"

Capture d'écran de l'Observatoire du droit à la santé des étrangers

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Pour se faire dépister, anonymement et gratuitement, vous pouvez vous rendre dans des centres spécialisés, appelés CeGIDD. Il y en a partout en France. Pour trouver un CeGIDD près de chez vous, cliquez ici : https://www.sida-info-service.org/?Ou-faire-un-test-de-depistage

Pour savoir quelles sont les conditions de l’obtention d’un titre de séjour pour raison médicale, cliquez ici : http://odse.eu.org/IMG/pdf/VF2_Brochure_ODSE_mars_2017.pdf?_sm_au_=iVV8fJZtP3RvZt4q

 

 

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