Le camp du Old Liddl, à l'est de Calais, en avril 2022. Crédit : InfoMigrants
Le camp du Old Liddl, à l'est de Calais, en avril 2022. Crédit : InfoMigrants

Le collectif Human Rights Observers et l’association Utopia 56 ont saisi le procureur de Boulogne-sur-Mer après avoir reçu des témoignages de migrants faisant état de violences policières à leur encontre, près d’une station-service de Calais. Une enquête a été ouverte par l’IGPN, la police des polices, a indiqué le parquet.

Les faits présumés rapportés mercredi 7 septembre par l’association Utopia 56 et le collectif Human Rights Observers (HRO) se sont déroulés dans la nuit du 22 au 23 août à Calais, dans le nord de la France. Cette nuit-là, un groupe d’Érythréens se rend sur un parking d’une station-service de la ville pour tenter de monter dans un camion en route vers le Royaume-Uni.

Lorsque les exilés arrivent sur place, ils aperçoivent un camion de CRS. Une partie des migrants rebroussent chemin tandis que deux personnes, âgées de 18 ans, décident de rester sur place, racontent les humanitaires dans un communiqué.

L’un des policiers "porte un coup au visage à chacune des deux personnes", indique le document. Puis, les CRS emmènent les deux migrants dans une rue latérale, loin des caméras de surveillance de la station-service.

>> À (re)lire : "Les CRS font de nos vies un enfer" : des migrants érythréens de Calais dénoncent des violences répétées et gratuites

Un "nouveau coup violent au visage" est porté par un agent de police sur un des exilés, qui tombe au sol. "Après avoir mis la seconde personne à terre, environ sept CRS leur ont donné de nombreux coups de pieds. Les CRS sont repartis en riant, laissant les deux personnes blessées au sol", assurent les associations.

"Ils ont laissé le pauvre comme un chien abandonné"

Des amis des deux jeunes hommes, revenus sur zone, appellent la ligne d’urgence d’Utopia 56. Lorsque les bénévoles arrivent sur place, ils retrouvent une des victimes au sol, "du sang sur son visage". Il est transporté par des pompiers à l’hôpital.

Le médecin établi un certificat faisant état de "saignements et d’une déviation de l’arête nasale (fracture), de douleurs à la palpation thoracique, ainsi que de douleurs scrotales".

>> À (re)lire : Calais : des policiers confisquent des stocks de nourriture pour les migrants, énième "entrave à la distribution" 

Le lendemain matin, l’Auberge des migrants reçoit un appel anonyme d’une personne se présentant comme CRS à Calais. "Ils font passer cela pour un accident, c’est inacceptable. Ils ont laissé le pauvre comme un chien abandonné, c’est ce genre de collègue qui nous font énormément de tort", dit-il, d'après des propos rapportés dans le communiqué.

Une enquête ouverte

Le 31 août, après avoir réuni suffisamment d’éléments, les associations émettent un signalement auprès du procureur de Boulogne-sur-Mer, Guirec Le Bras. Ce dernier, joint par l’AFP, explique jeudi 8 septembre avoir "saisi l’IGPN (Inspection générale de la police nationale)" pour enquêter, en précisant que les investigations "commençaient".

Les enquêteurs pourront s’appuyer sur les témoignages des migrants mais aussi sur les enregistrements des caméras de surveillance de la station-service où les violences ont commencé, conservées avec le concours de la Défenseure des droits.

>> À (re)lire : Tabassage, humiliations, brûlures : à Calais, une inquiétante hausse des violences policières sur les migrants

Ce n’est pas la première fois que des accusations de violences sont portées à l’encontre de policiers dans le nord de la France. Le 22 juillet, HRO a publié une vidéo amateur sur ses réseaux sociaux montrant des CRS interpeller un groupe de migrants qu’ils injurient et tentent d’humilier.

Sur les images, filmées 10 jours plus tôt par un migrant faisant partie du groupe qui était alors interpellé, plusieurs membres des forces de l’ordre s’adressent avec agressivité et moqueries à des exilés qu'ils viennent d'aborder au bord d'une route. HRO avait saisi la Défenseure des droits.

Selon les humanitaires, les violences de ce type sont légion dans le nord de la France. "Il y en a tout le temps. La différence, c’est que, d’habitude, il n’y a pas d'images", avait à l’époque affirmé à InfoMigrants Laure Saboureux, juriste et membre du collectif. "C’est bien de visibiliser ces agissements [des forces de l’ordre, ndlr] mais ce n’est que la partie émergée de l'iceberg."

 

Et aussi