Nouvelle opération de sauvetage en mer Méditerranée, le lundi 4 juillet 2022. Crédit : SOS Méditerranée
Nouvelle opération de sauvetage en mer Méditerranée, le lundi 4 juillet 2022. Crédit : SOS Méditerranée

Six exilés sont morts alors qu'ils tentaient de rallier l'Europe par la Méditerranée sur une embarcation de fortune. Trois enfants de un, deux et 12 ans, figurent parmi les victimes. Leurs corps ont été abandonnés à la mer par les autres passagers, secourus quelques jours plus tard au large des côtes libyennes.

"Inacceptable". C’est en ces termes que le Haut-commissariat aux réfugiés de l’ONU (HCR) a qualifié le drame qui s’est produit en pleine mer Méditerranée ces derniers jours. "Six réfugiés syriens dont des enfants, des femmes et des adolescents ont perdu la vie, a fait savoir Chiara Cardoletti, responsable du HCR en Italie, sur son compte Twitter. Ils sont morts de soif, de faim et de graves brûlures".

Les victimes sont trois enfants de un et deux ans, un de 12 ans et trois adultes, selon un communiqué de l'agence onusienne.

Ces personnes avaient pris place dans un bateau avec 28 autres exilés. "D’après les témoignages des rescapés, l’embarcation est partie des côtes turques à la fin du mois d’août", et a ensuite "dérivé plusieurs jours" en mer Méditerranée, rapporte à InfoMigrants Federico Fossi, du bureau du HCR à Rome.

En détresse, le canot a finalement été repéré par un navire marchand battant pavillon libérien, au large des côtes libyennes. Celui-ci a récupéré à son bord les passagers, affirme un communiqué des garde-côtes italiens qui, appelés en renfort par l’équipage, sont ensuite venus leur porter secours. Vingt-six migrants, principalement des Syriens et des Afghans, ont alors été emmenés, dimanche 11 septembre, vers le port sicilien de Pozzallo.

Des rescapés dans un état de santé "extrêmement grave"

"Une jeune fille en état de déshydratation et sa mère" ont, elles, "été transportées par hélicoptère depuis le navire jusqu’à La Valette" la capitale maltaise, indique les garde-côtes.

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C’est en arrivant en Italie que les rescapés ont informé les autorités que six personnes manquaient à l’appel, et que leurs corps avaient été laissés en mer. Parmi ces personnes décédées figurent aussi - hormis trois enfants et un adulte - la grand-mère et la mère d'enfants faisant partie des survivants pris en charge à Pozzallo. D'après les garde-côtes italiens, "le commandement du navire libérien a signalé qu'il n'avait pas trouvé de corps sans vie ni à bord ni dans la mer à proximité du bateau".

Selon le HCR, de nombreux rescapés sont dans un état de santé "extrêmement grave". "Tous sont en état de choc et sont traumatisés par ce qu’ils ont vécu. Leur état nécessite une assistance psychologique urgente", assure Federico Fossi. Une partie des migrants requiert également "des soins médicaux", en raison "des graves brûlures qu’ils présentent sur tout leur corps". En Sicile, ces personnes ont été prises en charge par les autorités italiennes et les ONG sur place.

Quant à la destination espérée de ce périple, elle reste à ce jour inconnue. "Les rescapés n’ont pas été en mesure de nous donner une information claire", affirme Federico Rossi.

Plus de 1 200 morts cette année

Le responsable déplore lourdement cette tragédie et appelle à "la création de voies légales à destination de l’Union européenne" pour les candidats à l’exil. "Renforcer les secours en mer est la seule façon d'empêcher ces tragédies" a martelé de son côté Chiara Cardoletti sur Twitter.

"Nous ne pouvons pas compter que sur les navires humanitaires qui font, certes, un travail extraordinaire, mais qui ne peuvent pas se substituer à des entités de secours gouvernementales", regrette Federico Fossi. "Il est épouvantable que le sort de centaines de personnes doive reposer sur des acteurs civils alors que l’Union européenne et ses États membres ne se soucient pas des pertes humaines en mer", a déploré aussi l’ONG Sea-Watch sur Twitter.

Jusqu’à présent cette année, plus de 1 200 personnes sont mortes en Méditerranée sur la route qui mène à l’Europe, selon l'Organisation internationale des migrations (OIM). Un chiffre qui pourrait être bien plus important sans les opérations de secours régulières menées par différentes associations. Ces derniers jours, le Sea-Eye 4, le Humanity 1 et le Sea Watch 3 ont secouru 765 migrants. Ce dernier a, à lui seul, porté assistance à 428 personnes lors de 10 opérations au large des côtes libyennes.

Les trois navires en opération naviguent actuellement près des côtes italiennes en attendant de se voir attribuer un port de débarquement. À la date du 12 septembre, aucun bateau de la flotte civile n’était présent au large des côtes libyennes.

 

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