Cédric Herrou chez lui à Breil sur Roya. Crédit : Mehdi Chebil
Cédric Herrou chez lui à Breil sur Roya. Crédit : Mehdi Chebil

L’emblématique agriculteur, figure de l’aide aux migrants dans la vallée de la Roya (sud de la France), a été mis en examen, mercredi. Les autorités lui reprochent d’avoir aidé au "séjour illégal" des migrants sur le sol français.

C’est devenu presque routinier. Cédric Herrou, l’agriculteur français, symbole de l’aide aux migrants en France, a été mis en examen, mercredi 26 juillet. Pour sa 6e garde à vue depuis 2016, l’agriculteur, qui vit à Breil-sur-Roya, à la frontière franco-italienne, est, comme à chaque fois, accusé d’avoir illégalement aidé à la circulation d’étrangers en situation irrégulière sur le territoire français.

Selon son avocat, Me Zia Oloumi, Cédric Herrou est accusé d’avoir amené des migrants à Cannes alors qu’il devait se rendre à Nice pour des dépôts de demandes d’asile. "On lui reproche de les avoir amenés à Cannes alors qu’ils devaient se rendre à Nice pour faire leur demande d’asile comme cela se fait chaque semaine depuis quelque temps en accord avec les autorités", explique son avocat Me Zia Oloumi.

Une version confirmée par Pak, un des membres de l’association Roya Citoyenne dont fait partie Cédric Herrou. Pak était là, lors du voyage vers Nice. "Un premier groupe de 99 personnes a pu monter en gare de Breil dans le train de 11h, explique-t-il. Cédric et José Bové [député européen Europe Écologie les Verts] étaient avec eux." Pak reste lui avec deux groupes de 60 migrants qui doivent monter dans le train de 12h50. Mais ce dernier a été annulé. "J’ai appelé Cédric pour savoir quoi faire, pour lui demander s’il fallait ramener les migrants chez lui. Il m’a dit ‘non’. Je les ai fait monter dans le train de 15h38".

La propriété de Cédric Herrou, dans la vallée de la Roya. Le militant a hébergé plus de 200 militants chez lui. Crédit : Mehdi Chebil

Perquisition au domicile de Cédric Herrou

Mais cette arrivée tardive à Nice du deuxième groupe ne coïncide pas avec les horaires d’ouverture de la PADA, plateforme d’accueil pour les demandeurs d’asile – étape obligatoire dans la démarche administrative de régularisation. "Le premier groupe [de 99 personnes] était arrivé à l’heure. Mais pas le deuxième, alors Cédric a décidé de les faire monter dans un train pour Marseille, pour aller déposer les dossiers là-bas. Je n’étais pas là. J’ai appris après qu’il avait été arrêté à Cannes et que les migrants avaient été renvoyé à Menton puis en Italie".

>> À lire sur France 24 et InfoMigrants : "Roya l'insoumise", enquête sur la vallée des migrants à la frontière franco-italienne 

L’association Roya citoyenne se dit fatiguée de ces poursuites judiciaires. "C’est de l’acharnement", continue Pak. "On veut lui clouer le bec. Les migrants ont des droits et on ne les respecte pas. On ne respecte pas la procédure de demande d'asile. Et certains continuent de s’acharner contre des gens qui font le travail que l’État ne veut pas faire."

Privé de son téléphone portable, Cédric Herrou a, lui, envoyé un communiqué, vendredi 28 juillet : "Mon arrestation à Cannes a été un prétexte permettant d’ouvrir une enquête sur moi [...] Je suis interdit de sortir du territoire français, d’aller dans une gare ou sur le parvis d’une gare dans les Alpes-Maritimes et je dois pointer toutes les deux semaines à la gendarmerie de Breil [...] Dites-moi, quand on a 200 demandeurs d’asile qui arrivent dans son jardin, quelle est la solution ? Qui est responsable ? Qu’est-ce qu’on peut faire, qu’est-ce qu’on ne peut pas faire ? Où s’arrête la solidarité ? Où commence le délit ?"

Le domicile de l’agriculteur a également été perquisitionné à Breil-sur-Roya. Sur place, les autorités "ont embarqué tout le monde. Il y a avait une quarantaine de migrants qui logeait là-bas", précise Pak.

Le 10 février, Cédric Herrou avait été condamné par le tribunal correctionnel de Nice à une peine de principe de 3 000 euros d’amende avec sursis, pour aide au séjour d’étrangers en situation irrégulière dans la vallée franco-italienne de la Roya. À la suite de l’appel du parquet, l’affaire avait été rejugée à Aix-en-Provence en juin. La cour rendra sa nouvelle décision le 8 août.


 

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