Des migrants dorment sous un pont, dans le 18e arrondissement de Paris. Crédit : Mehdi Chebil
Des migrants dorment sous un pont, dans le 18e arrondissement de Paris. Crédit : Mehdi Chebil

Dans un discours prononcé à Orléans, jeudi, le président français a souhaité que plus un migrant ne soit "à la rue ou dans les bois" d’ici à la fin de l’année. Un discours jugé "rassurant" sur la forme, mais "très ambitieux" et dénué de solutions concrètes.

"On a accueilli cette annonce avec soulagement". A la Mairie de Paris, le discours d’Emmanuel Macron, prononcé jeudi 27 juillet, à Orléans, a fait bonne impression. Le chef de l’État français qui a affirmé vouloir héberger "dignement" tous les migrants qui arrivent en France, réclame "partout des hébergements d'urgence". "D'ici la fin de l'année, je ne veux plus personne dans les rues, dans les bois", a-t-il lancé, souhaitant également "dès la première minute" lancer le traitement administratif de chacun d'eux.

Après avoir demandé plus de rapidité dans le traitement des demandes d’asile, plus de rapidité dans l’expulsion des demandeurs déboutés, le président français s’attaque donc à un troisième chantier : le logement d’urgence. En France, il existe quelque 400 centres d’accueil et d’orientation (CAO), répartis sur tout le territoire, pour accueillir les primo-arrivants. Mais ces derniers sont en nombre insuffisants. Quant au centre humanitaire de La Chapelle, installé dans le nord de Paris - et censé être la "porte d’entrée" en France de tous les migrants - il est saturé. Malgré les évacuations, les démantèlements, des centaines de personnes campent devant, sous des tentes ou à même le trottoir, dans des conditions indignes.

Alors, forcément, dans un contexte aussi délétère, l’annonce d'Emmanuel Macron plaît. "Vouloir mettre à l’abri des personnes vulnérables avant l’arrivée de l’hiver, c’est une excellente chose... Bien que ce soit très ambitieux", a déclaré Christian Salomé, le président de l’Auberge des migrants, contacté par InfoMigrants. "Jusqu'alors, [on devait lutter contre une notion] selon laquelle améliorer les dispositifs d'accueil ferait appel d'air. Le président vient de tordre le cou à cette idée", s'est enthousiasmé de son côté Pierre Henri, le président de l’ONG France Terre d’asile.

Quelles pistes concrètes ?

Mais alors quelles formes prendraient ces hébergements d’urgence réclamés par le chef de l’État français. Personne ne semble vraiment savoir : "Le président le sait-il lui-même ?", rétorque en souriant Christian Salomé. Le président n’a, en effet, proposé aucun plan concret durant son discours. Le Monde parle cependant de deux pistes envisagées : réquisitionner des logements vides ou créer des camps de transit.

Christian Salomé, lui, s’interroge sur la possibilité de "CAO élargis". "Va-t-on ouvrir des CAO couplés avec des PADA [centres pour traiter les demandes d’asile] ? Quelle que soit la solution, il faudrait qu’elle soit pérenne. Le président est très ambitieux : nous ne pouvons pas avoir des centres comme ceux que nous avons aujourd’hui qui ferment l’été parce que les municipalités en ont besoin pour les vacances scolaires".

Faut-il créer des camps humanitaires dans les villes de provinces, comme le réclame la maire de Paris, Anne Hidalgo ? Une idée soutenue par France Terre d’asile. Pierre Henry, le président de l’ONG, propose lui aussi l’ouverture de centres de transit "dans les grandes capitales régionales". 

Macron en porte-à-faux avec son ministre de l'Intérieur ?

En réclamant davantage d’hébergement d’urgence, Emmanuel Macron ne pouvait, dans la forme, que contenter les associations d’aide aux réfugiés. Avant lui, d’autres aussi avaient multiplié les déclarations de bonne foi : en 2016, François Hollande ne "voulait plus tolérer de camps" d’infortune, son ministre de l’Intérieur ne voulait plus personne "dans la boue et le froid".

Alors peut-on prendre l’annonce de Macron au pied de la lettre ? Les ONG restent prudentes. D’autant que la déclaration du président est en porte-à-faux avec celle de son ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, qui affirmait le mois dernier qu’il n’y aurait pas de création de centres, "pas de point de fixation" pour les migrants, notamment à Calais.

"C’est vrai que du coup cette annonce apparaît contradictoire", ajoute Christian Salomé, de l’Auberge des migrants. "On se demande si le président a simplement fait une déclaration de bonne intention". A la Mairie de Paris, on préfère ne voir que le verre à moitié plein. "Le président semble avoir pris la mesure de l’urgence […] Nous saluons le changement de ton salutaire du président. Nous saluons cette inflexion par rapport au discours tout-sécuritaire de son Ministre de l’Intérieur et de son Premier ministre", précise-t-on au service de presse de la Ville.


 

Et aussi