Blessing a pu acquérir de nouvelles compétences susceptibles de l'aider à trouver du travail en Italie | Photo : Letizia Blandino / Proxima
Blessing a pu acquérir de nouvelles compétences susceptibles de l'aider à trouver du travail en Italie | Photo : Letizia Blandino / Proxima

Blessing est originaire du Nigeria. Victime de trafic d’êtres humains, elle est arrivée en Italie il y a quatre ans et travaille aujourd’hui à la coopérative sociale Proxima en Sicile.

Blessing est plutôt timide, elle fixe le sol en parlant. Mais lorsqu'elle évoque son expérience au sein de la coopérative sociale Proxima, son visage s’illumine d’un large sourire. Comme les autres bénéficiaires du projet, basé à Raguse, dans le sud de la Sicile, son identité est protégée. 

Car Blessing a été identifiée comme victime de trafic d'êtres humains. Elle accepte de se confier, mais à condition de ne pas avoir à revivre les expériences qu'elle a subies dans le passé.

"Je travaille dans les champs et dans les ateliers de couture", explique-t-elle, pendant une pause. "Mon travail préféré, c'est l'atelier de couture", sourit-elle.

"J’ai appris la couture ici à Proxima", dit Blessing, 26 ans. Dans l'atelier, elle manie la machine à coudre avec habileté, faisant tourner le tissu autour de l'aiguille jusqu'à obtenir une couture droite pour réaliser une pochette.

"Les pochettes contiendront éventuellement des informations sur le projet, ainsi qu'un numéro de téléphone gratuit à appeler si vous êtes victime d'exploitation. Ce numéro est valable dans toute l'Italie et notre projet fait partie du réseau de lutte contre la traite des êtres humains", explique-t-elle.

Letizia Blandino est chargée de communication et responsable de l'initiative "Couture sociale". Elle a fait visiter le projet à InfoMigrants | Photo : Emma Wallis / InfoMigrants
Letizia Blandino est chargée de communication et responsable de l'initiative "Couture sociale". Elle a fait visiter le projet à InfoMigrants | Photo : Emma Wallis / InfoMigrants

L'atelier de "couture sociale" a été ouvert en 2017. "Nous avions l'habitude de coudre dans la maison où vivent nos résidentes, mais cette année, nous avons décidé d'ouvrir l'atelier aux visiteurs, afin de pouvoir offrir plus de services à la communauté locale", explique Letizia Blandino, chargée de communication et responsable de l'initiative.

"Nous fabriquons des décorations pour la maison, des cadeaux et des vêtements. Nous proposons également des retouches pour les vêtements qui doivent être réparés ou modifiés. J’y fabrique aussi mes propres vêtements, parfois même des robes", explique-t-elle.

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L’atelier de couture sociale permet aussi aux participants d’acquérir des compétences utiles pour trouver un emploi. 

Proxima dispose également d'un vaste jardin. Les fruits, légumes et herbes cultivés dans le cadre du projet sont ensuite vendus aux résidents de la région.

"Nous cultivons du basilic", détaille Blessing, "tant de choses différentes, des légumes et des salades". 

Letizia Blandino complète la liste : "courgettes, aubergines, tomates, chou frisé, brocoli, fenouil, choux, feuilles de moutarde, poireaux, cacahuètes, haricots, poivre et poivrons noirs, oignons, pommes de terre, courges. Nous travaillons avec des techniques agricoles naturelles ici, donc nous utilisons notre propre compost pour fertiliser les champs et nous ne cultivons que des choses saisonnières, il est important pour nous de respecter l'environnement."

Proxima a ouvert ses portes en 2003 à Ragusae | Photo : Emma Wallis / InfoMigrants
Proxima a ouvert ses portes en 2003 à Ragusae | Photo : Emma Wallis / InfoMigrants

"Le projet Proxima existe depuis 2003 pour lutter contre la traite des êtres humains et l'exploitation par le travail. Nous offrons ici une protection, une aide et des projets d'intégration aux victimes. Nos ateliers ont été développés pour offrir des compétences aux bénéficiaires", note Letizia Blandino.

"Le terrain où nous cultivons des fruits et des légumes nous a été donné par la ville de Ragusa. Nous vendons tous les produits que nous cultivons dans notre grange. Tous les bénéficiaires qui prennent part au projet vivent dans notre maison où on leur propose une assistance. Puis, ils peuvent venir travailler dans les champs et dans l'atelier de couture."

En définitive, l'objectif est d'aider les résident à accroître leur indépendance. "Ce que nous visons, pour tous les bénéficiaires, c'est qu'ils soient intégrés et travaillent à leur autonomie personnelle, afin qu'ils puissent vivre et contribuer à la vie dans notre ville."

L'hydroponie est une des techniques agricoles innovantes que les jardins familiaux de Proxima | Photo : Emma Wallis / InfoMigrants
L'hydroponie est une des techniques agricoles innovantes que les jardins familiaux de Proxima | Photo : Emma Wallis / InfoMigrants

"Actuellement, une dizaine de personnes travaillent avec nous. Chaque personne qui rejoint le projet a une histoire différente. Il s’agit soit de victimes de traite des êtres humains, d’anciennes prostituées, ou bien personnes ayant été exploitées par le travail."

La protection des résidents est également une mission essentielle de Proxima, face aux menaces des réseaux criminels. Le projet offre un refuge tenu secret et apporte un soutien juridique, médical et psychologique.

"Une fois qu'ils commencent à se sentir mieux, nous leur offrons une place dans les jardins et les ateliers de couture. Nous avons choisi ces deux activités parce que beaucoup de personnes avaient déjà travaillé dans ces domaines et nous voulons les doter de nouvelles compétences pour qu'elles ne soient plus exploitées."

Les durées de séjour à la coopérative varient, chacun est libre de partir quand il le souhaite." Certains restent ici pendant deux ans ou plus, et d'autres continuent à travailler pour le projet bien qu’ils soient devenus indépendants."

Le risque de retomber dans l'exploitation

Il arrive toutefois que le retour dans le monde extérieur se passe mal. "Pour certains, le plus important est de gagner de l'argent immédiatement. Ils sont ainsi retombés dans la prostitution, par exemple. Lorsqu’une personne vient ici, elle reste à la maison pendant un certain temps et ne gagne pas d’argent. Chacun peut participer à de nombreuses activités, faire de l'exercice, cuisiner, photographier, mais parfois, le plus important est de gagner de l'argent pour l’envoyer à la famille ."

"Il arrive que des résidents restent en contact avec les criminels qui les ont exploités et ils finissent par y retourner. Nous prenons le temps d'essayer de leur faire comprendre qu'ils sont exploités. Certains viennent de pays où l’on gagne beaucoup moins d'argent pour une journée de travail. Ils réalisent pas qu'ils se dont exploiter ici."

Les bénéficiaires du projet peuvent quitter la coopérative à tout moment | Photo : Emma Wallis / InfoMigrants
Les bénéficiaires du projet peuvent quitter la coopérative à tout moment | Photo : Emma Wallis / InfoMigrants

Au fond de l’une des serres, Blessing nettoie les panneaux en polystyrène qui vont servir à planter la prochaine série d’herbes et de salades. Elle dit avoir quitté le Nigéria pour des "raisons personnelles", mais ne souhaite pas s'expliquer davantage. Elle secoue la tête lorsqu’on lui demande si elle s’est faite des amis à la coopérative.

"Non, je ne me suis pas vraiment fait d'amis, je préfère m'en tenir à faire mon travail et à partir", explique-t-elle.

Blessing se prépare à bientôt quitter le projet et à s'éloigner de Ragusa pour chercher un emploi et vivre de manière indépendante. Elle espère que la couture pourra notamment lui servir.

Blessing compte bientôt quitter le coopérative pour retrouver son indépendance | Photo : Letizia Blandino / Proxima
Blessing compte bientôt quitter le coopérative pour retrouver son indépendance | Photo : Letizia Blandino / Proxima

"J'espère vraiment pouvoir utiliser mes compétences en couture. C'est ma passion. Si je peux trouver un travail comme celui-là, je serai très très heureuse." Grâce au projet Proxima, Blessing a désormais tous les papiers administratifs nécessaires pour vivre et travailler en Italie.

"Le mois prochain, je vais partir d'ici, mais c'est une étape très difficile. J’ai appris tellement de choses ici que je ne connaissais pas avant. Je ne connaissais rien de l'Italie et j'ai tout appris ici. Je n'ai pas vraiment peur de partir, mais je crains qu'il sera difficile de trouver un emploi. Ici, on m’aurait aidé à en trouver un. Mais j'ai décidé de partir de Raguse et de m'installer dans une autre ville. Je vais me débrouiller seule. Je suis triste de partir, mais j'espère que l'avenir sera plus radieux pour moi."


Si vous êtes victime d'exploitation en Italie, vous pouvez appeler ce numéro vert (numero verde) : 800 290 290

Vous pouvez également consulter ce site : https://www.interno.gov.it/it/contatti/numero-verde-antitratta

Les informations sont disponibles dans une dizaine de langues. Les opérateurs vous dirigeront ensuite vers un projet proche de chez vous ou vers les services sociaux qui pourront vous aider.

 

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