L'Autriche a observé, ces derniers mois, une hausse du nombre de migrants entrant dans le pays depuis la Slovénie, la Slovaquie ou la Hongrie. Crédit : DW
L'Autriche a observé, ces derniers mois, une hausse du nombre de migrants entrant dans le pays depuis la Slovénie, la Slovaquie ou la Hongrie. Crédit : DW

L'Autriche a fait installer une quarantaine de tentes à proximité de ses frontières avec l'Allemagne et la Slovénie pour y héberger des migrants après que les centres d'accueil se sont retrouvés complets. Des groupes de défense des exilés ont dénoncé des hébergements indignes. L'extrême droite a, de son côté, appelé à mettre fin à l'accueil des demandeurs d'asile dans le pays.

Sept ans après l'afflux de migrants à l'été 2015, l'accueil des demandeurs d'asile fait toujours débat en Autriche. Le pays connaît depuis plusieurs mois une hausse des entrées d'exilés sur son territoire. Et, bien que les capacités d'hébergement pour demandeurs d'asile aient été triplées, les différents centres d'hébergement fédéraux se sont rapidement remplis. Face au manque de places, les autorités ont installé une quarantaine de grandes tentes à proximité des frontières allemandes et slovènes pour y héberger certains demandeurs d'asile.

"Nous ne pouvons pas laisser les gens sans abris [...] Nous logeons uniquement les jeunes hommes dans les tentes. Ils viennent de différents pays comme la Syrie, l'Inde, et la Tunisie, beaucoup d'entre eux ont peu de chances de pouvoir rester en Autriche à cause de la loi sur l'asile", a expliqué Andreas Achrainer, coordinateur des réfugiés dans le pays, interrogé par Euronews.  

Une situation "évitable"

L'apparition des tentes depuis la mi-octobre a suscité de vives réactions, pour la plupart critiques. Plusieurs groupes de soutien aux réfugiés se sont indignés des conditions de vie que devaient subir les exilés. "En Autriche, les réfugiés doivent à nouveau vivre sous des tentes. Personne ne souhaite cela et cet hébergement inhumain est absolument évitable", ont-ils déclaré dans une lettre ouverte au gouvernement publiée récemment.

L'arrivée prochaine de l'hiver et des températures basses font craindre une détérioration de la situation. Un jeune Syrien de 19 ans, Khaled, s'est confié au quotidien Die Presse dans la petite ville de Sankt Georgen im Attergau, dans l'ouest de l'Autriche. "Il fait froid la nuit... Nous sommes gelés ici", a-t-il déclaré.

Les réactions de l'extrême droite autrichienne ont également été vives à Sankt Georgen im Attergau, où 17 grandes tentes, pouvant accueillir huit personnes ont été installées. Le maire conservateur s'y est opposé parce qu'elles sont "inhumaines, surtout à cette époque de l'année". Mais il a également noté la "peur" exprimée par certains habitants de la région en voyant arriver des groupes de jeunes hommes.

Des propos qui relancent les polémiques autour de l'immigration, nourries ces dernières années par l'arrivée de près d'un million de Syriens fuyant la guerre, mais aussi d'Afghans ou d'Irakiens. Le Parti de la liberté (FPOe), parti d'opposition d'extrême droite, souhaite que le pays n'accepte plus du tout de demandeurs d'asile. "Vous avez sciemment conduit notre pays vers le même genre de désastre que nous avons vu en 2015 et qui ne fera qu'empirer", a soutenu Herbert Kickl, leader du FPOe.

Hausse des arrivées d'Indiens

Selon les autorités autrichiennes, des centaines de personnes ont été interceptées quotidiennement ces dernières semaines après avoir traversé la frontière. Même si la plupart d'entre elles poursuivent leur route vers des pays plus à l'Ouest, celles qui arrivent demandent l'asile pour éviter d'être expulsées.

Entre janvier et septembre, plus de 70 000 personnes ont déposé un dossier d'asile en Autriche, contre quelque 40 000 personnes pour toute l'année 2021. Elles étaient près de 90 000 personnes en 2015, selon les statistiques du ministère de l'Intérieur.

Fin septembre, le ministre de l'Intérieur Gerhard Karner avait annoncé l'installation de points de contrôle supplémentaires aux frontières avec la Slovaquie, l'Allemagne et la Slovénie. Début octobre, le chancelier conservateur Karl Nehammer a, lui, rencontré le Premier ministre nationaliste hongrois, Viktor Orban, et le président serbe, Aleksandar Vucic, afin de discuter d'une collaboration plus étroite pour stopper le flux de migrants.

Si les personnes arrivant en Autriche restent majoritairement originaires de Syrie et d'Afghanistan, une forte et soudaine augmentation du nombre de ressortissants indiens, rarement éligibles à l'asile, a été constatée ces derniers mois.

>> À lire : Autriche : l’inquiétude des demandeurs d’asile afghans face au discours ferme des autorités

Par ailleurs, l'Autriche soutient des dizaines de milliers d'Ukrainiens qui ont fui la guerre dans leur pays. En vertu d'un arrangement spécial, ils n'ont pas besoin de demander l'asile.

 

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