Une embarcation de migrants partie de Tunisie arrive sur l'île de Lampedusa. Image d'illustration. Crédit : Ansa
Une embarcation de migrants partie de Tunisie arrive sur l'île de Lampedusa. Image d'illustration. Crédit : Ansa

Le 17 octobre dernier, Linda, une petite Tunisienne de quatre ans, avait débarqué seule sur l'île italienne de Lampedusa. Ses parents n'avaient pas pu embarquer dans le bateau avec elle. Les autorités tunisiennes les accusent d'abandon de mineur et leur ont imposé une interdiction de voyage. Des négociations sont en cours pour rapatrier l'enfant vers son pays d'origine.

"Linda va bien. Elle vit dans un centre d'accueil pour enfants à Palerme […] Mais elle demande constamment où sont ses parents et quand est-ce qu'elle pourra les retrouver." Majdi Karbai est l'un des trois députés tunisiens représentant les Tunisiens installés en Italie. Depuis l'arrivée de la fillette de 4 ans (il avait dans un premier temps annoncé qu'elle avait trois ans) sur l'île italienne de Lampedusa, le 17 octobre dernier, il s'est impliqué dans les démarches devant permettre son futur transfert.

Linda n'aurait en réalité pas dû arriver seule. Ses parents ainsi que sa grande sœur de 7 ans devaient effectuer le voyage avec elle. Mais un mouvement de panique a eu lieu au moment du départ et le bateau est parti sans les parents de Linda. Pendant 26 heures, l'enfants a navigué dans un bateau de bois transportant 70 personnes en tout.

Trois semaines après son arrivée en Italie, Linda n'a toujours pas retrouver ses parents. Le temps presse car l'enfant a subi un fort choc émotionnel et n'a pas l'âge de comprendre ce qu'il s'est passé. Pour faire face à cette situation, elle est notamment entourée par les équipes de Save the children. "Elle joue avec d'autres enfants et une équipe de soutien psychosocial l'aide à libérer ses peurs et sa pression", a déclaré Giovanna De Benedetto, porte-parole de l'ONG, interrogée par The Guardian.

Interdiction de quitter la Tunisie

Mais les démarches pour réunifier la famille sont complexes car les parents de Linda ont interdiction de quitter la Tunisie. L'enfant, qui a été placée sous l'autorité d'un tuteur en Italie, doit donc être rapatriée.

Selon le ministère tunisien de la famille, des négociations sont en cours avec les services consulaires tunisiens de Palerme pour organiser son retour en Tunisie. Mais un juge sicilien a bloqué le processus le 28 octobre. Le magistrat réclame un rapport détaillant les raisons pour lesquelles Linda s'est retrouvée sans ses parents sur le bateau.

Selon Majdi Karbai, qui a pu s'entretenir avec un membre de la famille, le père de Linda tenait sa fille dans ses bras pour embarquer dans le bateau pendant que son épouse se trouvait derrière lui avec leur fille aînée et des bagages. Craignant de se noyer en rejoignant le bateau, la mère de Linda aurait crié, et le père lui serait venu en aide, a raconté le député au journal Guardian.

"À un moment donné, le père de Linda a dû revenir en arrière pour aider le reste de la famille et a donc assis temporairement Linda sur le bateau", a expliqué Majdi Karbai. "Pendant ce temps, le conducteur a vu les gros phares d'un camion et a pensé que c'était la police, alors il a démarré le moteur et est parti, laissant la famille de Linda derrière lui."

Crise économique et politique

La famille, originaire de la ville Sayada, à quelque 160km au sud de Tunis, avait pris la décision de tenter sa chance en Europe en raison de la crise économique et politique qui frappe actuellement la Tunisie. Son salaire de vendeur ambulant de sandwiches ne permettait plus au père de faire vivre la famille. Ils espéraient également obtenir des soins pour la sœur aînée de Linda, qui souffre de problèmes cardiaques.

>> À voir : En Tunisie, la migration devient un projet familial

Entre janvier et octobre 2022, plus de 16 000 migrants tunisiens ont rejoint l'Italie, selon le FTDES. Les départs en masse de Tunisiens sont causés par la situation économique qui se dégrade dans le pays, avec une inflation galopante et une situation politique incertaine. La Tunisie compte désormais quatre millions de pauvres sur près de 12 millions d'habitants. À ces problématiques s’ajoutent aussi des restrictions souvent arbitraires d’octroi de visa qui touchent de plus en plus de Tunisiens.

Le pays est aussi le point de départ chaque année de milliers de Subsahariens ou ressortissants d'autres pays pauvres ou en guerre, pour beaucoup déjà refoulés une première fois vers la Tunisie après leur départ clandestin depuis la Libye voisine.

Depuis le début de l'année, plus de 2 600 mineurs tunisiens sont parvenus à atteindre les côtes italiennes. Plus des deux tiers n'étaient pas accompagnés de leurs parents.

 

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