Les six personnes arrivées le 31 juillet 2022 dans le port de Pointe-des-Galets, à La Réunion, étaient originaires du Sri Lanka. Ce pays en crise est situé à plus de 4 000 km de là. Crédit : capture d'écran La 1ère.
Les six personnes arrivées le 31 juillet 2022 dans le port de Pointe-des-Galets, à La Réunion, étaient originaires du Sri Lanka. Ce pays en crise est situé à plus de 4 000 km de là. Crédit : capture d'écran La 1ère.

Sur les 17 Sri Lankais arrivés le 20 octobre dernier en bateau sur l'île française de La Réunion, seuls quatre ont été autorisés par le ministère de l'Intérieur à déposer une demande d'asile. Les 13 autres ont été expulsés vers le Sri Lanka lundi.

Après un peu plus de deux semaines passées en zone d'attente, 13 des 17 personnes arrivées sur l'île de La Réunion le 20 octobre dernier, à bord d'un bateau parti du Sri Lanka, ont été expulsées lundi 7 novembre. Les personnes n'ont pas été autorisées "à séjourner sur le territoire de la République", a indiqué le préfet de La Réunion Jérôme Filippini à la chaîne La 1ère. En d'autres termes, elles n'ont pas obtenu d'autorisation d'entrée sur le territoire français au titre de l'asile.

Car dans ce territoire français d'Outre-mer, c'est la procédure de l'asile à la frontière qui est pratiquée. À la suite de leur arrivée en bateau ou en avion sur l'île, les personnes sont d'abord placées en zone d'attente. Le maintien des personnes dans ce lieu, situé à l'aéroport et qui comporte une vingtaine de couchages sommaires, peut durer "pendant une période maximum de 20 jours et sous contrôle du juge des libertés et de la détention", détaille l'Ofpra à InfoMigrants.

Droit d'entrée au titre de l'asile

C'est dans le cadre de cette zone d'attente que les personnes qui le souhaitent peuvent déposer une demande d'asile. Elle doivent, pour cela, obtenir un droit d'entrée sur le territoire français au titre de l'asile. Ce droit, ou au contraire, ce refus d'entrée, est établi par le ministère de l'Intérieur, après avis de l'Ofpra.

Si la personne est autorisée à entrer sur le territoire et donc à quitter la zone d'attente, elle obtient un sauf-conduit de la part de la police aux frontières (PAF). Ce document lui donne le droit de déposer une demande d'asile auprès des services préfectoraux dans un délai de huit jours. 

Sur les 17 personnes arrivées le 20 octobre, seules quatre ont donc été autorisées à entrer sur le territoire pour y déposer une demande d'asile. Le préfet de l'île a d'ailleurs insisté sur le peu de possibilités de se maintenir sur l'île pour les étrangers. "Chaque fois que les juges m’autoriseront à considérer que des personnes qui sont en situation irrégulière doivent partir, nous organiserons le départ. Il n’y a pas de possibilité de venue régulière pour ces migrants", a-t-il déclaré.

"Tentative pour créer une filière"

Plusieurs bateaux partis du Sri Lanka ont accosté à La Réunion ces derniers mois. Le 17 septembre, 46 personnes, dont deux femmes et six enfants, étaient arrivées sur l'île à bord d'un bateau de pêche. Trente neuf d'entre elles ont été autorisées par la justice à quitter la zone d'attente, tandis que les sept autres ont été reconduites par avion au Sri Lanka. Le 31 juillet, six hommes étaient arrivés dans l'île de la même façon. Ils ont obtenu le droit de séjourner sur le territoire français et de déposer une demande d'asile.

Entre mars 2018 et avril 2019, six bateaux et 273 personnes, dont des femmes et des enfants, en provenance du Sri Lanka sont arrivés à La Réunion. Tous ont demandé l'asile dans ce département français de l'océan Indien. Quelques dizaines se trouvent toujours à La Réunion. Les autres ont été renvoyés dans leur pays.

Des chiffres qui laissent dire à Jérôme Filippini que l'"on assiste sans doute à une tentative pour créer une filière".

Le Sri Lanka connaît depuis l'été une grave crise politique et économique qui pousse de plus en plus de personnes à quitter le pays. "Depuis des mois, la population souffre de graves pénuries alimentaires et se bat pour avoir accès aux soins de santé, tandis que l’inflation galopante exacerbe les inégalités existantes", avait déclaré début octobre Sanhita Ambast, chercheuse sur les droits économiques, sociaux et culturels à Amnesty International. Selon le programme alimentaire mondial, 28% de la population sri-lankaise, soit 6,2 millions de personnes, sont dans une "insécurité alimentaire aigüe".

 

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