L’Ukraine est une destination privilégiée pour les étudiants en médecine, notamment en provenance d’Afrique | Photo : privée
L’Ukraine est une destination privilégiée pour les étudiants en médecine, notamment en provenance d’Afrique | Photo : privée

La guerre en Ukraine a bouleversé la vie de nombreux étudiants africains présents dans le pays. Brenda, une jeune étudiante nigériane, raconte comment elle a réussi à fuir vers l’Allemagne.

Brenda Majekodunmi était étudiante en deuxième année à la faculté de médecine de Vinnytsia, dans le centre de l'Ukraine, lorsque la Russie a lancé son invasion dans la nuit du 24 février.

"Nous avons entendu une bombe. Puis mon amie m'a appelée pour me dire qu'ils avaient bombardé le camp militaire près de chez elle", se souvient-elle.

Comme de nombreux étudiants africains coincés en Ukraine, la jeune femme de 19 ans a aussitôt décidé de quitter le pays. Après un long et difficile voyage de dix jours, elle a fini par rejoindre l'Allemagne en passant par la Pologne.

Brenda prend d'abord un train pour Lviv, dans l’ouest de l’Ukraine. 

"Tout était chaotique. Je suis arrivée à Lviv au milieu de la nuit, en entendant les sirènes sur mon chemin." À Lviv, elle prend un bus à destination de la Pologne, en utilisant un billet que sa sœur, qui vit dans le pays, avait réservé pour elle

"J'étais la seule personne noire dans le bus, et on me regardait bizarrement. Je me sentais vraiment très mal parce que j'étais la seule", dit-elle. "J'étais fatiguée, j'avais faim, j'avais soif, il n'y avait personne à qui parler, personne pour m'aider."

Arrivée en Allemagne, Brenda s’enregistre auprès des services sociaux de Leverkusen, près de Cologne, dans l’ouest de l’Allemagne. Elle y fait la rencontre d’un médecin qui accepte de l’héberger.

De nombreux étudiants africains racontent avoir rencontré des difficultés à monter à bord des trains d’évacuation | Photo : Adri Salido/AA/picture alliance
De nombreux étudiants africains racontent avoir rencontré des difficultés à monter à bord des trains d’évacuation | Photo : Adri Salido/AA/picture alliance


Afin de pouvoir poursuivre ses études, elle demande un relevé de notes à son université ukrainienne. Mais celle-ci refuse de déroger à la règle : pour obtenir les documents nécessaires à son inscription dans un établissement allemand, il lui faudrait retourner en Ukraine et se rendre sur place. Une option impossible pour Brenda.

Dédale administratif

Sans se décourager, elle passe son temps à contacter des universités allemandes, en utilisant le peu de documents dont elle dispose pour prouver son niveau d'études.

"J'ai pu utiliser mes résultats du WAEC (Conseil des examens de l'Afrique de l'Ouest) et d'autres documents pour m'inscrire dans des universités ici", explique-t-elle. 

Reste que, le document qui atteste de ses crédits obtenus à l’université est rédigé en ukrainien.

"Ils m'ont dit que je devais le faire traduire et leur envoyer une photocopie", se souvient-elle.

Après de nombreuses démarches, Brenda finit par être admise à l’université Bonn-Rhein-Sieg pour étudier la biologie. Les cours sont dispensés en anglais et le premier cycle universitaire est gratuit. 

En attendant, ses études de médecine entamées en Ukraine sont en suspens et l’avenir s’annonce incertain. "Je suis une personne très déterminée", assure Brenda. "Pour l'instant, je commence ce diplôme. Aucun diplôme n'est inutile", dit-elle. "Je peux avoir trois diplômes si je veux ou même plus, et en même temps essayer d'apprendre l’allemand."

Les parents de Brenda vivent toujours au Nigeria. Ils se disent dévastés à l’idée que leur fille doive reprendre à zéro. Ils avaient espéré qu'en étudiant à l'étranger, Brenda pourrait obtenir son diplôme plus rapidement.

Brenda n’en est pas au premier virage dans sa vie. Au départ, elle n'avait jamais eu l'intention d'étudier en Ukraine. Constatant ses très bons résultats au lycée au Nigeria, ses parents l’ont encouragée à envisager des universités à l'étranger.

"Les universités privées sont tellement chères. Il était mieux pour eux de m'envoyer à l'étranger, où l'enseignement est bien meilleur et moins cher que dans certaines de ces universités privées que nous avons au Nigeria", explique Brenda. Elle arrive ainsi en Ukraine à l’âge de seize ans, sans parler le moindre mot d’ukrainien, sans aucun proche pour l’accompagner. Elle suit ses études pendant deux ans, avant que la guerre n’éclate.

Brenda se dit reconnaissante d'avoir la possibilité de poursuivre ses études. "Tout ce qu’on me demande c’est d’acheter mon ticket de bus. L'enseignement est gratuit. Il ne me reste plus qu'à payer mon loyer et ma nourriture, et je vais trouver un emploi et travailler", dit-elle avec détermination.

Brenda compte obtenir son diplôme en biologie et reprendre dans trois ans ses études en médecine. Elle doute cependant pouvoir retourner en Ukraine. "Dans trois ans, je serai en mesure de maîtriser l’allemand. Je poursuivrai alors mes études de médecine en Allemagne."

Auteur : Tobore Ovuorie

Source: dw.com

 

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