Le centre de Manston, photographié le 31 octobre 2022. Crédit : Picture-alliance
Le centre de Manston, photographié le 31 octobre 2022. Crédit : Picture-alliance

Un demandeur d'asile est mort, samedi, dans un hôpital britannique. L'homme était hébergé dans le centre surpeuplé de Manston, dans le Kent. Il a été transporté à l'hôpital, vendredi soir, après s'être "senti mal", a indiqué le Home office. Le centre de Manston fait l'objet, depuis plusieurs mois, de nombreuses critiques pour les conditions de vie des migrants qui y sont retenus.

Un homme résidant dans le centre de premier accueil pour demandeurs d'asile de Manston, dans le sud de l'Angleterre, est mort samedi 19 novembre, a indiqué le Home office. Ce migrant avait été transporté à l'hôpital, vendredi soir, après s'être "senti mal". Il est mort samedi matin, a précisé l'équivalent du ministère de l'Intérieur français.

Selon les autorités britanniques "rien n'indique pour le moment que cette mort tragique ait été causée par une maladie infectieuse". "Nous prenons la sécurité des personnes dont nous avons la charge extrêmement au sérieux et sommes profondément attristés par cet événement", a ajouté le ministère de l'Intérieur. Une autopsie doit être réalisée, a encore précisé le ministère, refusant de faire d'autres commentaires.

L'Independent Office for Police Conduct (IOPC), chargé d'enquêter sur les incidents impliquant les forces de police, a indiqué à la BBC avoir été saisi par le ministère de l'Intérieur afin de déterminer si d'autres démarches étaient nécessaires.

"Il y a eu des avertissements"

De nombreuses voix ont déjà appelé à ce que des investigations soient menées sur les causes ayant conduit à la mort de cet homme arrivé en "small boat", le 12 novembre dernier. C'est le cas de la députée travailliste et secrétaire d'État à l'Intérieur au sein du "shadow " gouvernment d'opposition, Yvette Cooper. "Une enquête complète devra bien sûr être menée sur ce drame", a-t-elle déclaré sur Twitter.

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Deborah Coles, la directrice de l'ONG Inquest, qui vient en aide aux familles de personnes mortes dans des affaires impliquant les autorités, a, elle aussi, réclamé auprès de la BBC l'ouverture d'une enquête. "Il y a eu des avertissements à plusieurs reprises sur les conditions de vie [des migrants] à Manston et l'impact [qu'elles pouvaient avoir] sur la santé mentale et physique des personnes vulnérables placées en détention par l'État", a-t-elle déploré

"Nous avons besoin d'une révision fondamentale d'un système d'asile défaillant et inhumain. Nos pensées vont à toutes les personnes affectées", a-t-elle ajouté.

Même réaction d'Enver Solomon, le directeur général du Conseil des réfugiés, qui a appelé à une "enquête approfondie et rapide" sur ce décès. "Chaque personne doit être prise en charge avec les soins et l'attention dont elle a besoin à Manston. Quand une mort tragique comme celle-ci a lieu, c'est toujours un sujet de grave préoccupation", a-t-il déclaré.

Des cas de diphtérie, de gale et d'autres maladies transmissibles ont été signalés à Manston, où les personnes arrivées par bateau à travers la Manche sont envoyées pour des contrôles de sécurité et d'identité avant d'être hébergées à plus long terme.

Centre surpeuplé

En raison de l'augmentation du nombre d'arrivées et du retard pris pour effectuer les formalités administratives, de nombreuses personnes, dont des enfants, sont restées en attente pendant des semaines dans le centre. Le mois dernier, plus de 4 000 personnes étaient hébergées dans la structure destinée à accueillir 1 600 personnes au maximum. Des centaines de personnes avaient dû être transférées à Manston depuis un autre site qui avait été incendié par un sympathisant de l'extrême droite.

Les inspecteurs indépendants du gouvernement, qui ont visité le site, ont dit avoir vu des familles dormir à même le sol dans des conditions proches de celles d'une prison, ce qui présentait des risques d'incendie et de santé. Le nombre de personnes hébergées à Manston a depuis diminué.

Le Royaume-Uni accueille moins de demandeurs d'asile que de nombreux pays européens, dont l'Allemagne, la France et l'Italie, mais des milliers de migrants du monde entier se rendent chaque année dans le nord de la France dans l'espoir de traverser la Manche. Certains veulent rejoindre le Royaume-Uni parce qu'ils y ont des amis ou de la famille, d'autres parce qu'ils parlent anglais ou parce qu'ils pensent qu'il est facile d'y trouver du travail.

Depuis le début de l'année, plus de 40 000 personnes sont arrivées en Grande-Bretagne après avoir effectué ce dangereux voyage sur la Manche, contre 28 000 pour toute l'année 2021 et 8 500 en 2020.

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Les traversées de la Manche sont une source de friction de longue date entre la Grande-Bretagne et la France. La semaine dernière, le gouvernement britannique a accepté de verser à la France 72,2 millions d'euros (75 millions de dollars) en 2022-2023 en échange d'une augmentation de 40 % des patrouilles de sécurité le long de la côte.

Dans une autre tentative de dissuader les traversées, le gouvernement britannique a annoncé un plan controversé visant à envoyer les personnes qui arrivent dans de petits bateaux pour un aller simple au Rwanda, afin de briser le modèle économique des gangs de passeurs. Mais aucun vol n'a encore pu être effectué, la mesure étant contestée en justice par de nombreuses organisations.

 

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