La frontière qui sépare Melilla du Maroc est constituée de hautes clôtures de barbelés. Crédit : picture alliance
La frontière qui sépare Melilla du Maroc est constituée de hautes clôtures de barbelés. Crédit : picture alliance

Un exilé est parvenu, jeudi 1er décembre, à passer par-dessus la clôture qui sépare Melilla du Maroc, en parapente. Si la Garde civile espagnole a rapidement été envoyée sur place, elle n'a pas été en mesure de localiser le migrant. Son identité reste à ce jour inconnue.

"Tous les moyens sont bons pour arriver à Melilla". Y compris à l'aide "d'engins volants", tweete l’Association marocaine des droits de l’homme (AMDH) de Nador. Jeudi 1er décembre, un migrant est parvenu à rentrer dans l'enclave espagnole de Melilla depuis le Maroc voisin en parapente.

"Vers 18h15 (heure locale), deux individus qui circulaient en voiture ont vu une personne en parapente" survoler la haute barrière ultra-sécurisée séparant l'enclave du Maroc et rentrer à Melilla, a indiqué à l'AFP un porte-parole de la préfecture de l'enclave, vendredi 2 décembre. Ces deux personnes ont "prévenu la Garde civile" mais ce "migrant n'a pas pu être localisé" pour le moment, a-t-il ajouté. Sa nationalité et son identité restent à ce jour inconnues, a indiqué la délégation gouvernementale de Melilla.

Dans une courte vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, on peut voir un parapente blanc atterrir dans une zone boisée côté espagnol, après avoir survolé et frôlé la clôture frontalière.

Selon le porte-parole de la préfecture, c'est "la première fois" qu'un migrant entre à Melilla de cette façon.


D’ordinaire en effet, les exilés escaladent - non sans risques - les barrières grillagées de plusieurs mètres de haut, équipées de caméras et de miradors, qui marquent la frontière entre le Maroc et le petit territoire espagnol. Ces tentatives de franchissement sont dangereuses, parfois mortelles.

Escalader ou nager

Le 24 juin dernier, au moins 23 migrants ont péri en tentant de pénétrer à Melilla, le bilan humain le plus lourd jamais enregistré lors des tentatives d'intrusion de migrants dans l'une des deux enclaves espagnoles, Ceuta et Melilla. Cette tragédie avait provoqué l'indignation internationale, l'ONU dénonçant un "usage excessif de la force" de la part des autorités marocaines et espagnoles. Des enquêtes publiées par la BBC et le consortium de journalistes Lighthouse pointent d’ailleurs leur responsabilité dans ce drame.

Le média britannique affirme en outre que plusieurs personnes seraient mortes dans une zone de l’enclave sous contrôle espagnol, et que leurs corps auraient ensuite été ramenés au Maroc par des policiers marocains.

Des accusations toujours battues en brèche jusqu'ici par les autorités espagnoles. Mercredi, le ministre de l'Intérieur espagnol a réaffirmé une nouvelle fois devant les députés qu'il n'y avait eu "aucun" mort du côté espagnol de la frontière.

>> À (re)lire : À Melilla, les migrants sont privés du droit d'asile, d'après le Conseil de l'Europe

La Commissaire aux droit de l'Homme du Conseil de l’Europe Dunja Mijatovic, en visite dans l’enclave fin novembre, s’est dite quant à elle "préoccupée" par un rapport du Médiateur espagnol selon lequel, le 24 juin 2022, "470 personnes ont été renvoyées au Maroc sans qu'aucune procédure légale n'ait été observée".

"Dans la pratique, il ne semble pas y avoir d’autre moyen d’entrer à Melilla et de demander une protection auprès des autorités compétentes qu’en nageant ou en sautant la clôture, au péril de sa vie", a-t-elle aussi déploré. Pour atteindre Melilla, les candidats à l’exil tentent aussi, parfois, d’entrer à la nage depuis les localités marocaines voisines distantes d’une centaine de mètres. "Le processus est généralement le même : ils essaient d'entrer dans le port [marocain] de Beni Ansar tôt le matin, à l’aube, pour ne pas être vus", avait expliqué en 2021 à InfoMigrants Ali Zoubeidi, professeur à l’Université Hassan 1er et spécialiste de l’immigration. "Les candidats à la nage achètent des combinaisons et des palmes dans les marchés alentours. Ils espèrent avoir moins froid et aller plus vite."

Mais là aussi, la pratique est très risquée. Le 21 août dernier, les cadavres de deux jeunes migrants ont été retrouvés aux abords de l’enclave espagnole, près du port commercial. Fin avril, le corps d’un homme avait été découvert, lui, près de la digue sud.

 

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