Un homme kurde, accusé par la Turquie d’être un membre du PKK, a été expulsé de Suède et renvoyé à Istanbul, où il avait été condamné en 2015 à six ans de prison. Crédit : ASSOCIATED PRESS - LEIF R JANSSON
Un homme kurde, accusé par la Turquie d’être un membre du PKK, a été expulsé de Suède et renvoyé à Istanbul, où il avait été condamné en 2015 à six ans de prison. Crédit : ASSOCIATED PRESS - LEIF R JANSSON

Pour Recep Tayep Erdogan, c’est une victoire politique. Un Kurde, accusé par la Turquie d’être un membre du PKK, a été expulsé de Suède samedi et renvoyé à Istanbul. Les médias turcs, proches du pouvoir, ont expliqué que l’homme a été présenté à un tribunal, avant d’être mis en prison. Si cette expulsion est à comprendre dans le cadre de la demande d’adhésion de la Suède à l’Otan, conditionnée à l’accord de la Turquie, il semble surtout que le gouvernement suédois profite en fait d’une décision administrative qui fait plaisir à Ankara.

Avec notre correspondante à Stockholm, Carlotta Morteo

Mahmut Tat, c’est le nom de cet homme kurde, qui aurait dû quitter par lui-même le territoire suédois il y a un an. En effet, sa demande d’asile avait été rejetée par la Suède. Il l'avait déposée en 2015 suite à sa condamnation par la Turquie à six ans de prison pour avoir entretenu des liens avec le PKK, ce qu’il a toujours nié.

Comme d’autres déboutés, ne sachant où aller, ce Kurde de Turquie était donc resté en Suède, où il travaillait et avait refait sa vie. Le 22 novembre, il est contrôlé sur la route, et arrêté, étant en situation irrégulière. Au vu de la politique de durcissement des renvois voulue par le nouveau gouvernement, les services de l’immigration l’ont mis dans un avion, avec un autre Turc, direction Istanbul.

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Une expulsion administrative aux airs d'extradition

Sur le papier, c’est donc une expulsion administrative, et non pas une extradition qui a eu lieu. Une extradition est régie par tout un ensemble de règles : elle ne peut notamment pas être accordée pour des offenses politiques et militaires et elle doit être approuvée par la justice : un procureur général, voire la Cour suprême.

Probablement parce que Mahmut Tat était une cible facile - ni réfugié, ni citoyen suédois, et sans papiers - la Suède laisse volontiers la Turquie instrumentaliser cette situation comme une victoire. En usant d'une justification légale auprès de son opinion, le gouvernement suédois réussit à satisfaire Ankara, qui n’avait même pas demandé Mahmut Tat dans sa liste de personnes extradables.

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Pour la communauté kurde de Suède, qui a immédiatement réagi sur les réseaux sociaux, c’est un très mauvais signal. Ils s'indignent de voir que les services de l’immigration ne prennent visiblement plus en compte pour les renvois le fait que les Kurdes sont opprimés en Turquie et torturés en prison. 

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