Le ministre italien de l'Intérieur, Marco Minniti. REUTERS/Remo Casilli
Le ministre italien de l'Intérieur, Marco Minniti. REUTERS/Remo Casilli

Le ministre de l’Intérieur italien s’est promis de réduire les arrivées de migrants sur les côtes italiennes. Pour ce faire, il encourage Tripoli à secourir les embarcations et les ramener en Libye, quitte à exposer les migrants rescapés à toute sorte de traitements inhumains.

Depuis qu’il a pris ses fonctions au ministère italien de l’Intérieur en décembre 2016, Marco Minniti s’est promis de tarir le flux migratoire qui submerge l’Italie. Il a réaffirmé mardi 15 août qu’il était "impératif de travailler avec le gouvernement libyen". C’est chose faite : au début du mois d’août, le gouvernement italien a lancé une mission navale pour apporter un soutien logistique à la marine libyenne et leur fournir des vedettes pour patrouiller en mer. Depuis, les garde-côtes interceptent de plus en plus d’embarcations de migrants avant de les rapatrier en Libye, au grand dam des ONG.

>> Secours aux migrants : la Libye interdit aux ONG de s'approcher de ses eaux territoriales 

Ancien cadre communiste, Marco Minniti a fait de la Libye sa priorité pour parvenir à une baisse des arrivées en Italie. Utilisant ses contacts lorsqu’il était membre des services de renseignement, il pousse aussi les responsables des villes côtières libyennes à traquer les passeurs. Selon un responsable de l'opération navale européenne Sophia, le trafic de migrants représente jusqu'à 50 % des revenus de certaines zones côtières. "Il faut que le bon argent remplace l'argent sale", a déclaré le ministre Minniti.

Mais comment croire que le vœu pieux du ministre suffira à mettre fin à un trafic aussi lucratif ? Les migrants le racontent sans cesse aux ONG qui leur viennent en aide : un véritable commerce d’esclaves subsahariens s’est installé en Libye. Prince*, un Camerounais de 19 ans, coincé en Libye, et interrogé par InfoMigrants, assure que les garde-côtes libyens s’adonnent eux-mêmes à ce commerce humain : "Quand [ils] nous récupèrent en mer, ils nous vendent dans des prisons à Sabratah et à Tripoli. Après des gens nous demandent d’appeler nos familles pour réclamer des rançons de 500 mille CFA (environ 760 euros)".

"Je commence à voir la lumière au bout du tunnel"

Sourd aux récits que font les exilés de leur passage en Libye, Marco Minniti assure que sa méthode est la bonne. "Nous sommes encore dans le tunnel et il est long. Mais pour la première fois, je commence à voir la lumière au bout du tunnel", a-t-il déclaré mardi.

En effet, 13 500 personnes sont arrivées en Italie depuis le 1er juillet, contre 30 500 l'an dernier à cette même période propice aux traversées. En cause, la météo marine, très mauvaise ces dernières semaines, des conflits près de Sabratha, à l’ouest de Tripoli, mais aussi une action plus vigoureuse des gardes-côtes libyens, explique RFI .

François Gemenne, spécialiste de la migration, assure, lui, que la bonne entente entre Rome et Tripoli est à l’origine de la baisse des arrivées en Italie. Le chercheur ajoute qu’un début de reprise de l’économie du pétrole a également pu permettre à certains migrants de trouver un emploi en Libye et donc d’y rester.

*Le prénom a été changé


 

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