Les débutants démarrent leur apprentissage sur des vélos sans pédale Crédit : M. Gopalakrishnan
Les débutants démarrent leur apprentissage sur des vélos sans pédale Crédit : M. Gopalakrishnan

Recommencer sa vie en Allemagne n’est pas simple. Surtout quand il faut se serrer la ceinture et renoncer par exemple à prendre les transports en commun. A Cologne, une nouvelle initiative aide les réfugiés à se déplacer en ville, de manière indépendante.

Dans l’ouest de Cologne, on trouve un immense bâtiment, logeant plus de 500 migrants. Ce centre accueille à la fois des demandeurs d’asile dont les dossiers sont encore en instance auprès de l’Office fédéral des migrations et des réfugiés (BAMF) et des réfugiés reconnus qui perfectionnent leur allemand et cherchent un emploi rémunéré.

À deux pas de là, la Radstation (station de vélo) de Cologne propose des cours de bicyclette. Objectif : apprendre aux réfugiés à se déplacer en ville gratuitement. "Cela fait environ deux ans que nous avons lancé ce programme", dit Eva Schmitz qui anime la formation pour l'organisation caritative IN VIA"C’est une initiative de IN VIA et de l’archevêché de Cologne. Ils voulaient trouver un moyen de soutenir les migrants alors que les transports publics sont très onéreux", explique-t-elle. Les initiateurs du projet ont d’abord commencé par lancer un appel aux dons pour récupérer des bicyclettes. "Les habitants de Cologne nous donnent leurs vieux vélos et nous contrôlons leur bon fonctionnement. Nous les réparons si besoin grâce aux financements que nous recevons de IN VIA et de l’archevêché". Aujourd’hui, Radstation propose également des cours de vélo pour les réfugiés intéressés. 

Eva Schmitz aide un rfugi  rgler son casque

"Le casque, c’est sexy"

Jusqu’ici, 31 personnes se sont inscrites au cours auprès de leur centre d’accueil. Ce weekend, neuf hommes et un jeune garçon comptent parmi les participants.

Eva Schmitz a amené avec elle une énorme caisse, remplie de divers ustensiles. Elle commence par sortir des bâtons et des plots de différentes couleurs qu’elle pose un à un sur le parking du centre, qui fait désormais office de terrain de jeux et de lieu de retrouvailles. Elle sort également quelques casques de protection et aide les participants du cours à les enfiler. "Le casque c’est sexy", affirme-t-elle tout en aidant un jeune homme à fermer le sien.

Puis le cours en tant que tel commence. Il s’agit d’abord de travailler sur l’équilibre, avec des vélos sans pédale. Eva Schmitz demande aux participants de circuler en contournant les obstacles. "En premier lieu, nous nous assurons qu’ils aient quelque chose de constructif à faire. Nous avons des séminaires les mardis et les vendredis et nous voulons aussi qu’ils comprennent comment fonctionne un vélo, qu’ils aient une notion de sa valeur", explique-t-elle.

Une fois que tout le monde a intégré la notion d’équilibre, Eva Schmitz va chercher les vélos avec pédales. A nouveau, les participants s’entraînent à circuler entre les différents obstacles. Ils essaient également de former des cercles, sans perdre le contrôle de leur bicyclette.

Leon numro 1  lquilibre

Après l’effort, le réconfort : café et jus d’orange sont mis à disposition. La professeure du jour en profite pour parler des différents symboles qui réglementent la circulation et expliquer leur signification. Là encore, l’objectif est que les réfugiés puissent pédaler en toute confiance sur les routes allemandes.

Radstation propose différents types de cours selon le niveau des participants. Pour les débutants, il faut compter au moins 20 heures d’apprentissage. Un débutant confirmé pourra se contenter de 10 heures de cours. Si l’on veut seulement apprendre les bases de la sécurité routière, un petit cours de 4 heures suffira. A l’issue de la formation, un certificat est délivré, preuve que son titulaire peut sans danger circuler à vélo. Après quoi, Eva Schmitz aide les réfugiés à trouver gratuitement leur propre vélo pour qu’ils puissent circuler en ville.

Un moyen pour les femmes de s’émanciper

Eva Schmitz raconte qu’elle a aussi déjà donné des cours à des femmes. C’est d’autant plus utile, que nombre d’entre elles n’ont jamais utilisé un vélo pour rentrer chez elle. "D’une certain façon, ce cours leur a permis de s’émanciper," explique-t-elle. "Elles sont plus libres, elles peuvent se promener à vélo et ne sont plus contraintes de rester chez elles". Ce n’est pas toujours simple, concède la jeune femme qui se souvient d’apprenties cyclistes en tenue traditionnelle. "Je n’ai jamais eu quelqu’un qui portait la burqa. En revanche, des femmes voilées et des robes longues, cela arrive souvent. J’essaie alors de trouver un moyen de nouer le bas de la robe pour qu’elle ne se coince pas dans la chaine ou les roues. Mais souvent, ce n’est que le premier cours. Celui d’après, elles sont vêtues autrement. Elles s’adaptent assez rapidement", dit la formatrice.

Dans la plupart des cas, les participants sont reconnaissants de pouvoir faire quelque chose de constructif, juste à côté de leur logement. Voilà plus de deux ans et huit mois que Yrysbek, du Kirghizstan habite ici, dans l’ouest de Cologne. Il n’a toujours pas de permis de travail et attend la décision du BAMF. "Je pense que le vélo est un outil important," dit-il. Et il ajoute qu’une fois son certificat en poche, il aimerait bien trouver un vélo gratuitement.

Cours de vlo pour les rfugis  la Radstation de Cologne

Redouane vient lui de Casablanca au Maroc. Il a trouvé un emploi dans un magasin. "Maintenant, j’arrive beaucoup mieux à me servir de mon vélo", dit-il. "Sans ce cours, j’aurais commis plein d’infractions sur la route. Et puis l’autre chose qui m’importe c’est que ce certificat c’est un peu comme une sorte de permis de conduire pour cycliste. Cela m’empêchera d’avoir des problèmes avec la police."

Malgré tout, l’intégration reste difficile

Si Redouane est reconnaissant, il y a aussi des participants qui se rendent au cours uniquement pour pouvoir avoir un vélo gratuit et le revendre au marché local, "pour 25 euros", précise Mohammed, un Syrien. Il dit ne pas vouloir participer au cours car il n’en voit pas l’intérêt. "J’ai trois enfants et je n’ai toujours pas trouvé d’emploi", dit-il avant de se plaindre des conditions de vie en Allemagne.

Il raconte que lui et sa famille n’arrivent pas à s’intégrer ici car ils ne parlent pas suffisamment bien l’allemand et qu’ils n’ont pas de diplômes valables. "En ce moment, j’apprends l’allemand et j’espère pouvoir décrocher un emploi après. Mais je ne suis pas heureux ici. Depuis que je suis arrivé en Allemagne, il y a un an et demi, je me sens mal", dit-il. Malgré tout, Mohammed possède lui aussi un vélo, qu’il utilise pour se déplacer en ville.

 

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