La bureaucratie, une marque de fabrique en Allemagne
La bureaucratie, une marque de fabrique en Allemagne

Avec l’arrivée de près d’un million de réfugiés en 2015, l’Office des étrangers en Allemagne a été mis sous pression. Cette affluence a donné lieu à l’apparition de "marchés noirs", selon une enquête du média Allemand WDR.

Pour obtenir un rendez-vous à l’Office des étrangers de Essen dans l’ouest de l’Allemagne, il faut s’armer de chance et surtout de beaucoup de patience. Ce département est un lieu incontournable pour les personnes qui ont obtenu le droit d’asile, que ce soit pour aller chercher leur aide mensuelle ou pour trouver un emploi ou un logement.

En général, l’Office des étrangers attribue les rendez-vous via une plateforme en ligne, propre à chaque ville. Mais Muhannad (le nom a été changé), un bénévole qui aide les réfugiés, explique qu’à Essen, cela fait longtemps que le système informatique de réservation de rendez-vous ne fonctionne plus.

Une situation qui peut être expliqué par le grand nombre de demandes comparé au peu de créneaux disponibles. Essen est situé en Rhénanie-du-Nord-Westphalie et est proche de Dortmund, une ville qui abrite le plus grand foyer de réfugiés du pays.

Rendez-vous pris par smartphone

Mais il semble que, depuis quelque temps, les choses aient changé. C’est en tout cas ce qui ressort d’une enquête menée par deux journalistes du média allemand WDR. Ils ont découvert qu’un rendez-vous pouvait s’obtenir "très rapidement", à partir du moment où l’on connait "les bonnes personnes" – celles qui agissent sur le marché noir. "Il existe quelqu’un qui arrange les rendez-vous avec l’institution à Essen contre de l’argent," confie Lina (le nom a été changé) à InfoMigrants. Lina est journaliste et elle a participé à l’enquête de WDR.

Grâce à Whastapp, la plateforme de communication mobile, les réfugiés peuvent entrer en contact avec la personne qui "vend des rendez-vous". Les places sont ainsi marchandées sur la place publique, en particulier parmi les réfugiés arabophones.

Dans une déclaration écrite qu'InfoMigrants a pu consulter, un informateur dévoile le phénomène du "marché noir" à Essen. Il explique notamment que les détails du rendez-vous sont reçus via des connaissances ou via Facebook. C’est une femme qui les distribue en échange d’argent, le tout par téléphone. L’informateur ajoute "pour les Syriens, la ville de Essen n’est pas tellement différente de ce qu’ils connaissent à Damas où le phénomène du marché noir est très répandu et où ils doivent toujours verser des dessous de table pour leurs transactions. "

Payer d'abord 

WDR a pu obtenir le numéro de téléphone de la femme en question. Les journalistes l’ont appelé pour tenter de réserver un rendez-vous à l’Office des étrangers. Ils ont dû décliner leur identité et expliquer les raisons de leur démarche. Puis, leur interlocutrice leur a dit qu’ils auraient un rendez-vous s'ils s'acquittaient d'une certaine somme d'argent, en liquide, à une station de métro dans la ville de Essen.

Le lendemain, dès le paiement effectué, les journalistes reçoivent l’horaire du rendez-vous, via un message WhatsApp, raconte Lina. "Ça s’est fait très rapidement," dit-t-elle.

"Il y a un certain nombre de choses qui ne peuvent pas se régler rapidement," explique de son côté Christian Crumberg, chargé des affaires administratives à la municipalité d’Essen. "Nous ne pouvons pas augmenter le nombre d’employés au sein de l’Office des étrangers – et pourtant cela permettrait d’offrir beaucoup plus de rendez-vous."  

Ouverture d’une enquête

Sous couvert d’anonymat, les autorités de Essen se sont dites choquées par les conclusions des investigations de la chaîne WDR. Elles ont immédiatement informé le bureau du procureur de la République. L’enquête se poursuit.

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