De gauche à droite : Javed, Samim, Saïd, Noorangha, Tazim et Jean-Christophe, le premier joueur français de l'équipe, fiers d'avoir gagné le Prix du citoyen européen. Crédit : Julia Dumont/InfoMigrants
De gauche à droite : Javed, Samim, Saïd, Noorangha, Tazim et Jean-Christophe, le premier joueur français de l'équipe, fiers d'avoir gagné le Prix du citoyen européen. Crédit : Julia Dumont/InfoMigrants

L’équipe du SOCCS, pour Saint Omer Cricket Club Stars, a été récompensée mercredi par le Prix du citoyen européen. Pour ces jeunes Afghans et Pakistanais réfugiés en France, cette récompense consacre leur talent sportif et participe à changer le regard que les Français portent sur les réfugiés.

Il y a eu beaucoup d’émotion et même quelques larmes mercredi 27 septembre sous les plafonds à moulures de la représentation du Parlement européen à Paris. Une bonne dizaine de joueurs du club de cricket de Saint-Omer, le SOCCS (Saint Omer Cricket Club Stars)  étaient venus recevoir leur Prix du citoyen européen, décerné en juin dernier par le Parlement.

Ces jeunes, âgés de 16 ans à 30 ans, accompagnés de leurs entraîneurs et des responsables du club étaient récompensés pour avoir, à travers la création du SOCCS, promu les valeurs européennes de tolérance et d’accueil. Dans ce club, tous les joueurs sont des Européens d’adoption.

Javed, Samim, Saïd, Tazim et les autres sont originaires d’Afghanistan ou du Pakistan. Ils ont quitté leur pays, bien souvent seuls, pour fuir la violence. Ils sont aujourd’hui réfugiés en France. Certains travaillent déjà alors que d’autres occupent encore les bancs du lycée. Mais tous se retrouvent chaque samedi pour trois ou quatre heures d’entraînement.

Fruit de leurs efforts : le 16 septembre dernier les joueurs du SOCCS ont remporté le championnat régional de cricket dans les Hauts-de-France. "C’était un moment incroyable, se souvient Christophe Silvie, le président du club. Ils ont explosé de joie, chanté, entamé des danses traditionnelles".

"Nos victoires nous ont permis de changer l’image que les gens avaient sur nous"

L’histoire de ce succès hors du commun a débuté il y a à peine plus d’un an, a expliqué le chef d’entreprise au moment de recevoir le prix au nom de toute l’équipe. "Je faisais mon jogging dans le parc de Saint-Omer. J’avais déjà vu ces jeunes y jouer au cricket et, ce jour-là, je me suis finalement arrêté pour leur parler", raconte-t-il.

L’idée de créer un club de cricket, ce sport typiquement britannique et très peu connu en France, a rapidement été lancée et les jeunes joueurs, déjà prometteurs, ont répondu à l’appel. "On s’est dit dès le début que si on faisait quelque chose, il fallait le faire bien", précise Christophe Silvie.

Les joueurs sont ainsi tenus d’être assidus à l’entraînement hebdomadaire, associé à une préparation physique adéquate. Des efforts qui ont vite payés. "Rapidement, on les a envoyés à un tournoi et ils ont gagné. Ce n’est pas étonnant, ils sont très bons, ils ont un super batteur", s’enthousiasme le président du club.

"Nos victoires nous ont permis de changer l’image que les gens avaient sur nous", explique Javed Ahmadzai, le capitaine et entraîneur de l’équipe âgé d’une trentaine d’année et doté d’un solide sens de l’humour. À ses côtés, Saïd, 21 ans, raconte qu’à la suite de leur victoire, des habitants de Saint-Omer sont venus spontanément les féliciter.

Tous ces événements ont eu un effet très positif sur la manière dont les joueurs ont pu envisager leur nouvelle vie en France. Christophe Silvie, qui parle d’eux avec beaucoup d’affection, en a été témoin : "Depuis que l’on a lancé le club il y a un an, ils ont mûri, ils parlent mieux français et ils se sentent mieux dans leur peau".

"Le SOCCS ne peut pas être qu’un club de sport"

Pour lui et le vice-président du Club Nicolas Rochas, également en charge de la préparation physique, le plus important est l’avenir de ces jeunes. "Le SOCCS ne peut pas être qu’un club de sport. Si quelque chose ne va pas, on leur dit qu’ils peuvent nous en parler mais c’est surtout à leur avenir que je m’intéresse."

Les joueurs aussi ont choisi la philosophie qu’ils souhaitaient donner à leur club : "Ici, on est comme une famille. On ne distingue pas si quelqu’un vient de tel ou tel pays. Il n’y a pas de place pour les conflits. Si un joueur veut ça, il n’a pas sa place dans le club", explique Javed, le capitaine, alors que ceux qui l’entourent approuvent de la tête ses paroles.

Aujourd’hui, les SOCCS rêvent que leur aventure se poursuive. Pour pouvoir mieux s’entraîner et continuer à gagner des matchs, les responsables et les bénévoles du club sont à la recherche d’un terrain. L’équipe a aussi des projets internationaux. La Fédération de cricket du Sossex, au Royaume-Uni, leur a offert son aide et celle du Vatican leur a proposé une rencontre.


 

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