Les sauveteurs transportent le corps d'un migrant décédé hors d'un navire des garde-côtes espagnols, dans le port de Las Palmas, sur l'île de Grande Canarie, le 3 octobre 2022. Crédit : Reuters
Les sauveteurs transportent le corps d'un migrant décédé hors d'un navire des garde-côtes espagnols, dans le port de Las Palmas, sur l'île de Grande Canarie, le 3 octobre 2022. Crédit : Reuters

Une vingtaine de personnes, dont des employés des pompes funèbres, des assistants légistes et du personnel de l'administration judiciaire, est visée par une enquête de la justice espagnole pour avoir participé à un vaste réseau de trafic de cadavres de migrants algériens. Ils faisaient payer les familles des victimes pour identifier les corps, en dehors de tout cadre légal.

Au moins 20 personnes font l’objet d’une enquête dans les villes espagnoles de Murcie, Alicante, Almería et Madrid, et quatre ont été interpellées ce week-end pour appartenir à une organisation de trafic de cadavres de migrants, révèle le média La Verdad. Parmi ceux visés par la justice figurent des employés des pompes funèbres, des assistants légistes et du personnel de l’administration judiciaire affecté à l’Institut de médecine légale de Carthagène.

Les membres de ce réseau sont accusés d’avoir demandé de l’argent, en dehors de tout cadre légal, à des familles d’exilés algériens à la recherche de leur proche disparu lors de la traversée de la Méditerranée.


Les migrants tentent de rallier l'Espagne depuis les côtes marocaines et algériennes. Crédit : InfoMigrants
Les migrants tentent de rallier l'Espagne depuis les côtes marocaines et algériennes. Crédit : InfoMigrants


La manière de procéder était bien rodée : ils publiaient la photo d’un cadavre de migrant sur les réseaux sociaux afin d’appâter les familles sans nouvelles d’un frère, d’un fils, d’un mari ou d’un père. Ils leur facturaient ensuite différentes sommes, dont le montant n’a pas été divulgué, pour permettre d’identifier le corps et de le rapatrier au pays. Pour l’heure, on ne sait pas si l’identification était formelle et que le défunt était bien celui que les proches recherchaient ou s’ils ont falsifié des documents.

Les quatre personnes interpellées ont été placées en détention provisoire par le tribunal de Carthagène. "Ces détenus font l’objet d’une enquête pour appartenance à une organisation criminelle, escroquerie, falsification de documents publics et délits contre le respect des défunts", précise la note de la justice transmise aux médias espagnols.

Absence de protocoles clairs et homogènes

En Espagne, il n’existe pas de protocoles clairs et homogènes pour procéder à la recherche des personnes disparues et à l’identification des personnes décédées sur la route de l’exil. Le manque d’informations et de règles favorise depuis des années le développement d’intermédiaires entre les autorités espagnoles et les familles des défunts.

De plus, les proches font souvent face au silence des autorités espagnoles – et algériennes. "Malheureusement, les États ne respectent pas leur obligation de recherche lorsque les personnes disparues sont des migrants", affirme l’association Caminando Fronteras.

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Dans les morgues, les manières de gérer les cadavres et les familles diffèrent de l’une à l’autre. Dans celle "de Murcie, on a été bien reçu", expliquait l’an dernier à InfoMigrants Abdallah, à la recherche de son cousin disparu en mer en tentant de rejoindre l’Espagne depuis les côtes algériennes. "À Almeria, par contre, c’était plus compliqué. Il nous a fallu l’autorisation d’un commandant de gendarmerie pour vérifier qu’un cadavre qui correspondait aux caractéristiques physiques d’Oussama, et arrivé le jour supposé du naufrage, était bien celui de mon cousin. Malgré notre insistance auprès des autorités, nous ne l’avons jamais obtenue. C’était très dur pour nous. On nous a aussi interdit de voir les affaires personnelles retrouvés sur le corps. Alors qu’on a ce droit".

Les proches des exilés disparus peuvent faire appel à des associations, comme Caminando Fronteras, pour les aider dans leurs démarches et leur éviter de se faire escroquer par des personnes mal intentionnées.