Des migrants lors de l'évacuation de la jungle de Calais, en octobre 2016. Crédit : Mehdi Chebil
Des migrants lors de l'évacuation de la jungle de Calais, en octobre 2016. Crédit : Mehdi Chebil

Emmanuel Macron a confirmé dimanche que la France souhaitait accélérer les expulsions d’étrangers en situation illégale. Paris envisage notamment de mettre la pression aux pays d’origine pour qu’ils émettent les documents nécessaires.

"Nous reconduisons beaucoup trop peu", avait affirmé début septembre Emmanuel Macron, appelant à mettre en place une politique qui facilite les expulsions d’étrangers en situation irrégulière. Parmi les pistes étudiées, et dont certaines ont été évoquées dimanche 15 octobre lors de l’interview d’Emmanuel Macron sur TF1, le gouvernement envisage de mettre la pression sur les pays d’origine des migrants.

Pour qu’une personne étrangère en situation irrégulière soit expulsée son pays d’origine doit reconnaître que cette personne est bien l'un de ses ressortissants et émettre, en l'absence de passeport, un document appelé "laisser-passer consulaire".

Or, selon les pays, cette collaboration fonctionne de manière très inégale, affirme le ministère de l’Intérieur. Le gouvernement souhaite que les pays d’origine s’impliquent davantage dans ce processus.

En échange de leur aide, ils pourraient bénéficier de facilités d’obtentions de visas et surtout d’une aide financière au développement. Une stratégie qui a choqué les associations qui voient en elle un "chantage à l’aide au développement".

Expulsions contre aide au développement

"Le cas le plus marquant est celui de l’Afghanistan", affirme David Rohi, responsable de la rétention à la Cimade. Selon lui, Kaboul a facilité le retour d’Afghans qui se trouvaient en situation illégale dans l’Union européenne (UE) en échange "de plusieurs milliards d’aide au développement".

"C’est complètement contraire au principe du non-refoulement [selon lequel un migrant ne peut pas être renvoyé vers un pays si "son droit à la vie ou à la liberté personnelle risque d’y être violé" NDLR] . L’UE et la France mettent en danger la vie des personnes renvoyées", met-il en garde.

>> À lire : Des associations lancent un cri d’alarme pour stopper les expulsions d’Afghans 

Dans ses recommandations du 27 septembre, la Commission européenne insistait pourtant pour que des "efforts" soient faits dans le but d’accélérer les retours et de faire preuve de plus de "solidarité" avec l’Afrique.

"Au lieu de déléguer le contrôle des migrations à n’importe quel prix, l’UE devrait avoir une politique d’accueil et d’ouverture. On n’hésite pas à engager des tractations avec des pays qui traitent les migrants de manière inhumaine comme la Libye", dénonce David Rohi.

Bruxelles a déjà été épinglée pour avoir initié une collaboration avec le régime du dictateur soudanais Omar El-Béchir qui fait l’objet de deux mandats d’arrêt internationaux pour génocide, crimes contre l’Humanité et crimes de guerre.

Pour faciliter les expulsions, un ambassadeur aux migrations a été nommé. Pascal Teixeira Da Silva s’est vu confier la tâche de "travailler avec les pays de transit et d'origine" auprès des hommes et des femmes "qui se laissent enfermer" dans l'"impasse" de la migration, selon le porte-parole du gouvernement Christophe Castaner.


 

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