Kodiko organise également des speed datings et des formations pour les réfugiés. Crédit : Kodiko
Kodiko organise également des speed datings et des formations pour les réfugiés. Crédit : Kodiko

Pour faciliter l’intégration des réfugiés en France, l’association Kodiko mise sur l’insertion professionnelle. Elle leur permet de de se faire aider dans leur recherche d’emploi par un salarié français.

Ce matin-là, Juhan*, costume sombre, chemise blanche et cravate grise, se fond dans la foule des employés de cette grande entreprise du CAC 40**, installée dans l’une des tours de la Défense. Depuis plusieurs mois, ce Syrien de 34 ans est en stage au service juridique de cette firme internationale. Parmi ses nouveaux collègues qui se croisent dans le hall, il y a Sterenn, une juriste de l’entreprise.

Ces deux férus de droit se sont rencontrés en avril dernier grâce à l’association Kodiko qui met en relation des cadres en entreprise et des réfugiés dans le but de favoriser leur intégration par l’insertion professionnelle. Concrètement, le salarié est prié d'aider le réfugié à écrire ses lettres de motivation, le soutenir dans ses démarches administratives, ou encore, si besoin, le conseiller sur sa tenue vestimentaire en vue d'un entretien d'embauche... Sterenn, elle, a même trouvé un stage à Juhan dans son entreprise.

Pour participer au partenariat Kodiko, les réfugiés doivent avoir obtenu leur protection internationale dans les quatre dernières années, avoir au minimum un niveau A2 (débutant) en français et avoir déjà travaillé dans leur pays d’origine. L’association se charge ensuite de mettre le réfugié en relation avec un salarié, si possible du même milieu professionnel. Depuis la création de l’association en juin 2016, 70 réfugiés ont déjà bénéficié de ce mentorat. 44 % d’entre eux ont obtenu au moins un entretien d’embauche au terme des six mois du programme.

"Nous nous sommes bien trouvés"

Le binôme de Sterenn et Juhan était une évidence. Tous deux étaient encore avocats, il y a quelques années. Puis ils ont changé de vie. Sterenn a sciemment choisi une autre voie. Juhan, lui, a été obligé de quitter son métier et son pays en 2012 pour fuir le conflit qui ravage la Syrie depuis plus de six ans. Originaire de Kobané, une ville à la frontière turco-syrienne, Juhan est d’abord passé par le Liban, avant d’arriver en France fin 2013 avec sa femme et leur petit garçon.

Quand Kodiko a mis Juhan et Sterenn en relation, le jeune Syrien, inscrit à la Sorbonne depuis quelques mois, cherchait désespérément un stage pour valider son LL.M, un diplôme de droit français et européen destiné aux juristes étrangers. Sterenn, elle, réfléchissait depuis un bout de temps "à une manière de s’engager auprès des réfugiés". "Nous nous sommes bien trouvés", résume-t-elle en souriant.

Aujourd’hui leurs priorités ont évolué : "Le stage de Juhan se termine en décembre donc il faut lui trouver un véritable emploi pour le mois de janvier", explique la juriste, mère de deux enfants. Il faut aussi que Juhan améliore son niveau de français. "C’est ma priorité parce qu’il est indispensable de bien parler français si je veux travailler comme avocat ici", insiste-t-il.

Trouver un travail le plus vite possible

Ousmane Diakhaby aussi aimerait exercer son métier en France. Ce Guinéen de 34 ans était professeur d’histoire dans un lycée de Conakry avant d’être forcé de fuir son pays en raison de son engagement politique dans l’opposition. Pour le moment, il travaille comme agent polyvalent au musée Marmottant Monet, dans le XVIe arrondissement de Paris. Un emploi qu’il a trouvé avec l’aide de Katia Moine, sa binôme au sein du programme Kodiko.

Quand ces deux-là se sont rencontrés en mars dernier, ils avaient des appréhensions. Bien conscient de la situation du marché du travail en France, Ousmane craignait de ne pas parvenir à trouver un emploi. Katia, elle, doutait de leur complicité. "J'avais peur qu'Ousmane ne m’apprécie pas", confie cette analyste financière au Club Méditerranée, déclenchant instantanément un éclat de rire de son protégé.

Dès leur première entrevue, le binôme s’est attelé à achever toutes les démarches administratives permettant à Ousmane d’obtenir le statut de réfugié et l’autorisation de travailler. "Pour trouver rapidement, il a fallu être très pragmatique. Mon mari et moi avons ouvert nos réseaux personnels et professionnels", raconte Katia.

Au bout de quelques mois seulement, Ousmane a obtenu son premier entretien d’embauche. "À ce moment-là, l’urgence c’était de lui trouver un costume. On nous en a donné un que l’on a été faire reprendre à toute vitesse chez le couturier", se souvient Katia.

Cette mère de deux enfants a aussi rabâché à Ousmane l’importance de la ponctualité pour un employeur français. Et tout cela a payé, le jeune Guinéen a été reconduit dans son CDD. "Avec les félicitations du jury", ne manque pas de préciser Katia, tout sourire. Le binôme s’est désormais donné pour mission de permettre au jeune professeur d’histoire de transformer son CDD en CDI.

Et ils ont fait des émules. "Une de mes collaboratrices m’a vue travailler avec Ousmane et cela lui a donné envie de participer au projet Kodiko. Elle et son binôme afghan ont eu leur premier rendez-vous la semaine dernière, se réjouit Katia. C’est ça le plus important finalement, de s’ouvrir à l’autre".

*Le prénom a été changé.

**L’entreprise a demandé que son nom ne soit pas cité dans l’article.


 

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