Évacuation de la jungle de Calais fin Octobre 2016. Crédits : Mehdi Chebil
Évacuation de la jungle de Calais fin Octobre 2016. Crédits : Mehdi Chebil

Migrants gazés, couvertures et repas confisqués : un an après l’évacuation de la jungle de Calais, les associations s'insurgent contre “la chasse à l’homme” instaurée par les autorités pour éviter à tout prix que se reconstruise un bidonville.

Un ballet de pelleteuses et des autocars remplis de migrants délogés de leur bidonville : il y a un an débutait le démantèlement de la jungle de Calais. En trois jours : 7 400 personnes, dont plus de 1950 mineurs, ont été transférés vers l’un des 301 centres d'accueil et d'orientation (CAO) disséminés partout en France.

Un an plus tard, 42 % des migrants qui avaient demandé l’asile l’ont obtenu et 46 % attendent une décision définitive, selon les chiffres de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii) dévoilés le 20 octobre. Vaste de plus de 20 hectares, l’ancienne jungle a été reconvertie en site écologique.

“Pour ceux qui voulaient rester en France, on peut dire, dans l’ensemble, que le démantèlement a donné des résultats positifs” puisqu’ils ont été logés convenablement le temps de faire leur demande d’asile, souligne Christian Salomé, président de l’association l’Auberge des migrants à Calais, contacté par InfoMigrants. Mais c'est bien là le seul point de satisfaction des humanitaires de la région.

100 nouveaux migrants à Calais chaque semaine

“Les solutions qui ont été proposées aux évacués sont loin d’être adaptées à tout le monde”, affirme Gaël Manzi, coordinateur d’Utopia 56 à Calais. “Il y a les déboutés du droit d’asile, ceux qui veulent retrouver de la famille en Angleterre et les 'dublinés ' : toutes ces personnes ne vont pas aller en centres d'accueil (CAO) pour se faire dire au bout de quelques jours qu'elles vont être expulsées", explique-t-il. 

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Aujourd’hui, les associatifs estiment qu’environ 700 migrants se trouvent à Calais. “Ils forment un flot de gens qui passent en continu, il y a au moins 100 nouveaux arrivants chaque semaine”, note Christian Salomé. Après un long combat de plusieurs mois devant la justice, des douches et des sanitaires ont désormais été installés. Pour autant, “la situation est pire qu’avant” pour les migrants de Calais, assure-t-il. En cause : la véritable ‘’chasse à l’homme’’ instaurée par les autorités pour éviter à tout prix que se reconstitue un bidonville sur place.

“Depuis sept mois, on a constaté une grave entrave de la distribution alimentaire, parfois on doit s’y reprendre à cinq fois avant de pouvoir donner des repas, les policiers gazent les migrants au petit matin, ils gazent aussi leur nourriture, leurs vêtement et leur eau, ils prennent leurs sacs de couchage, etc.”, dénonce Gaël Manzi dont l’association doit redistribuer chaque semaine au moins 700 couvertures. Même récit de la part de Christian Salomé qui alerte sur une situation humanitaire qu’il juge “catastrophique”, d’autant plus à l’approche de l’hiver. “Les migrants se retrouvent à dormir à la belle étoile au milieu des champs avec uniquement sur eux leurs vêtements. Et le plus dur, c’est la pluie, ils sont trempés et n’ont rien pour se sécher ou se réchauffer”, déplore-t-il.

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L’État défend son bilan sécuritaire

Le gouvernement, par la voix du préfet Fabien Sudry, se félicite du bilan sécuritaire et de la “diminution de la pression migratoire”, donnant le chiffre de 500 migrants actuellement à Calais. Et d’ajouter : "il n'y a plus ni squat, ni camp, plus d'intrusion à Eurotunnel", les tentatives de monter dans des camions "ont été divisées par 3,5 sur la rocade", où seuls 27 barrages nocturnes ont été dressés depuis le début de l’année. Des chiffres rendus possible, selon les associatifs, grâce à de nombreuses reconduites aux frontières et au “harcèlement” des forces de police à Calais qui pousse les migrants à chercher d’autres routes migratoires.

Dans un rapport du 17 octobre 2017, la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH) “s'insurge du non-respect des droits fondamentaux des personnes migrantes présentes sur le sol français” que ce soit à Calais, Paris ou encore dans la vallée de la Roya dans le sud-est de la France. L'institution rappelle que l’État a été “condamné plusieurs fois pour violation du droit d’asile” à la suite de “l’interpellation de migrants et à leur refoulement sans leur permettre de déposer une demande d’asile.”

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Le 12 juillet dernier, le Premier ministre Edouard Philippe a présenté un plan “migration” très axé sur les reconduites à la frontière et dans les pays d’origine. Le volet humanitaire, lui, a été largement passé sous silence et notamment le sort des centaines de migrants de Calais, Paris ou la vallée de la Roya qui, sans aucun statut, font partie des déboutés, des "dublinés" ou de ceux qui tout simplement attendent de pouvoir demander l’asile.


Le président Emmanuel Macron a émis le souhait fin juillet de ne plus voir migrants “dans les rues d’ici la fin de l’année”. Mais Gaël Manzi, lui, n’y croit pas et s’attend davantage à voir plus de migrants sans statut arriver à Calais. “Soit leur demande d’asile aura été déboutée, soit ce seront des 'dublinés', mais dans tous les cas, ils ne pourront pas faire demi-tour et leur seul espoir restera l'Angleterre... via Calais". Devant l'immobilisme du gouvernement, l'humanitaire appelle les citoyens à se mobiliser pour aider les migrants en faisant notamment des dons de couvertures, de vêtements chauds ou encore de tentes afin d'affronter les mois d'hiver.  

 

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