Les migrants ont été victimes de torture dans la prison démantelée fin août dans la région désertique d’Ash Shwayrif. Crédit : capture d'écran Facebook
Les migrants ont été victimes de torture dans la prison démantelée fin août dans la région désertique d’Ash Shwayrif. Crédit : capture d'écran Facebook

Les autorités libyennes ont annoncé samedi la libération d’un millier de migrants, enfermés dans un hangar faisant office de prison secrète dans la région d'Ash Shwayrif, au sud de Tripoli. Ces exilés, retenus dans des conditions déplorables, étaient torturés afin de forcer leurs familles à payer pour leur libération.

Un millier de migrants, originaires d’Afrique subsaharienne, ont été libérés d’une prison clandestine de la région désertique d’Ash Shwayrif, à environ 400 km au sud de Tripoli, ont annoncé samedi 31 août les autorités libyennes. Parmi ces exilés, on compte de nombreuses femmes, enfants et même des bébés.

Sur sa page Facebook, le bureau du Procureur général a diffusé une vidéo du raid organisé dans l’entrepôt qui servait de centre de détention aux trafiquants. Les images montrent des dizaines d’exilés enfermés dans un bâtiment plongé dans l’obscurité – le hangar dispose de quatre murs et d’un plafond en tôle, aucune fenêtre ne permet à la lumière d’entrer. Des tapis étalés par terre laissent penser que les migrants dormaient à même le sol, sur des morceaux de tissus.

D’autres minuscules cellules - pouvant contenir uniquement un matelas – servaient sûrement à mettre des migrants à l’isolement.


La vidéo laisse également apparaître les corps des personnes enfermées : certaines présentent des cicatrices, des marques de coupures ou de brûlures sur le corps, d’autres des maladies de peau. On peut aussi y voir un bébé en état de malnutrition sévère.

Les migrants retenus à d’Ash Shwayrif ont été soumis à toutes sortes de torture "dans le but de contraindre leurs familles à payer des sommes d’argent en échange de leur libération", précise le communiqué du bureau du Procureur général. Les trafiquants "ont participé à des activités criminelles organisées en commettant des meurtres, des privations de liberté, et des viols", ajoute le document.

Les autorités n’ont en revanche donné aucune information sur la prise en charge de ces migrants. Dans ce genre d’affaires, les exilés sont généralement transférés dans des prisons gérées par le Département de lutte contre l’immigration illégale (DCIM). Dans ces centres de détention, les Subsahariens sont aussi victimes de violences et doivent - souvent - payer une rançon de centaines d'euros pour leur libération.

Le business juteux des migrants en Libye

En mai dernier, 200 migrants avaient aussi été libérés d’une prison non officielle de Kufra, dans le sud-est de la Libye. Là encore, les exilés avaient affirmé avoir subi des violences de la part de leurs ravisseurs. Les exilés "ont été brutalement torturés" afin de forcer leurs familles à payer de "grosses sommes d’argent" pour leur libération, indiquait un communiqué du ministère de l’Intérieur.

Ce genre de prisons secrètes sont nombreuses en Libye, pays en proie au chaos depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011. Les milices ont trouvé dans la question migratoire une manière de s’enrichir. Les groupes armés n’hésitent pas à kidnapper des exilés en pleine rue, dans leur appartement ou sur leur lieu de travail pour les retenir captifs. En échange, les trafiquants filment les sévices infligés et envoient les images aux familles pour leur extorquer de l’argent.

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En 2022, InfoMigrants s’était procuré une vidéo d’un adolescent soudanais torturé dans un de ces centres. Le garçon de 15 ans avait été enlevé à Tripoli alors qu’il partait travailler.

Sur les images, on pouvait y voir le jeune africain, recroquevillé au sol dans une pièce sombre, subir les foudres de son ravisseur. Muni d’une arme, son bourreau alterne les coups et les simulacres d’exécution, tandis que le jeune exilé tente de se protéger le visage.

"L’argent… où est l’argent ?", répète à plusieurs reprises l’homme parlant arabe. "Tu n’as pas d’argent ? Je ne te crois pas… Donne-moi 5 000 [dinars libyens, soit environ 1 000 euros, ndlr] et tu pourras sortir d’ici", insiste-t-il tout en frappant avec un bâton et son arme le migrant à terre. L’homme fait mine de réarmer son fusil et lance : "La prochaine sera dans ta tête".