Parmi les 12 migrants morts mardi dans la Manche en tentant de rallier l’Angleterre, 10 sont des femmes, selon le procureur de Boulogne-sur-Mer. La moitié des victimes étaient par ailleurs mineures. Ce drame est le pire naufrage de 2024, année la plus meurtrière depuis le début des traversées de la Manche vers le Royaume-Uni en 2018.
Le bilan définitif du naufrage survenu mardi 3 septembre dans la Manche, au large du cap Gris-Nez, s’élève à 12 morts. Deux personnes étaient encore en "urgence absolue" mardi soir, selon le ministre démissionnaire de l’Intérieur Gérald Darmanin qui s’est rendu à Boulogne-sur-Mer quelques heures après le drame.
Le procureur de Boulogne-sur-Mer, Guirec le Bras, a quant à lui indiqué que les naufragés sont "essentiellement érythréens", et parmi les victimes décédées, dont la moitié sont mineurs, se trouvent dix femmes et deux hommes.
Un pêcheur "pleurait en remontant les corps"
Le canot, parti le matin même de la plage d'Ambleteuse, à une dizaine de kilomètres au nord de Boulogne-sur-Mer, s’est trouvé en difficulté près du Cap Gris Nez en fin de matinée avec plus de 60 personnes à bord, a rapporté la préfecture maritime de la Manche et de la Mer du Nord (Premar). "Moins de huit personnes avaient un gilet de sauvetage fourni par les passeurs", a précisé Gérald Darmanin.
L’embarcation pneumatique de moins de sept mètres de long s’est disloquée en pleine mer en raison de la surcharge à bord. "Il ne restait qu’un petit boudin à l’arrière, le reste était coulé", a assuré à La Voix du Nord, un pêcheur présent sur les lieux du drame.
Des hélicoptères des pompiers et de la Marine, deux bateaux de pêcheurs et des navires militaires ont été mobilisés pour les recherches qui ont duré plusieurs heures.
Pendant que le patrouilleur affrété par l’État Minck prenait en charge les rescapés, les pêcheurs se sont occupés de quatre exilés morts. L’un d’eux a raconté à La Voix du Nord comment il a dû sortir de l’eau "une gamine d’à peine 15-20 ans" avec "son téléphone dans une pochette étanche qui ne faisait que sonner". L’un des matelots, originaire de Mauritanie, "pleurait en remontant les corps", rapporte le quotidien local.

Pendant "plus d’une heure, on a continué à tourner pour retrouver d’autres personnes", se souvient un autre pêcheur, avant que les autorités ne reprennent la main. "Ces images ne sortiront jamais de nos esprits. Ceux qu’on a repêchés avaient une vingtaine d’années, c’étaient des gamins", dit-il à La Voix du Nord.
2024, l’année la plus meurtrière dans la Manche
Une enquête a été ouverte, notamment pour homicide involontaire aggravé. Aucune interpellation n'a encore eu lieu à ce stade.
Ce naufrage est le plus meurtrier de 2024, qui est déjà une année record avec 37 morts depuis janvier, contre 12 en 2023, et cinq en 2022. En 2021, 30 migrants avaient péri dans la Manche dont 27 dans un même naufrage, au mois de novembre.
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Gérald Darmanin, qui a eu mardi "une pensée émue pour les victimes et leurs familles", a appelé à la signature d'"un traité migratoire entre la Grande-Bretagne et l'Union européenne" pour tenter de mettre un terme aux départs clandestins. À Londres, le gouvernement britannique a qualifié d'"affreuse et profondément tragique" la mort de ces migrants.
Mais les humanitaires pointent du doigt les politiques mises en place par les gouvernements français et britanniques successifs ces dernières pour tenter d’enrayer les traversées. Charlotte Kwantes, de l'association d'aide aux migrants Utopia 56, a dénoncé auprès de l'AFP une politique de répression policière sur le littoral français "complètement inefficace (....) qui conduit à des incidents et à des drames (...) à répétition".
Une quinzaine de militants d'Utopia 56 ont organisé un rassemblement au moment où arrivait le ministre. Ils ont déployé une banderole sur laquelle était inscrit "Morts aux frontières, États coupables. 30 ans d'appel d'air à l'extrême droite", avant d'être repoussés par les forces de l'ordre, en scandant "Darmanin t'as du sang sur les mains. État assassin".