Depuis le début de l’année, entre le 1er janvier et le 3 septembre 2024, un peu plus de 21 400 migrants ont atteint les côtes anglaises à bord de "small boats". Un chiffre en légère hausse par rapport à l’année dernière sur la même période. La France et le Royaume-Uni tentent depuis des années, à travers la militarisation de la frontière maritime, de freiner les traversées. En vain.
Des patrouilles sur les plages, des drones dans le ciel, des caméras thermiques, des jumelles à vision nocturne… L’arsenal militaire déployé sur les côtes françaises ne freinent pas les départs dans la Manche. Entre le 1er et le 4 septembre 2024, ce sont un peu plus de 21 400 exilés qui ont rejoint les côtes anglaises à bord de "small boats", selon le décompte du Home Office. Un chiffre similaire, quoi qu’en légère hausse par rapport à la même période en 2023 - où ils étaient 21 000 enregistrés.
Depuis la militarisation du port de Calais et du tunnel sous la Manche en 2018, et depuis l’installation de barbelés tout autour de la zone portuaire les années suivantes, les passeurs ont changé leur fusil d’épaule : finis les passages en camions. Les traversées se font désormais, dans leur immense majorité, par ces petits canots pneumatiques, précaires et inadaptés aux traversées de la Manche et sur lesquels s’entassent plus de 60 personnes, dont des femmes et des enfants.
Malgré la dangerosité de la Manche, où se croisent des dizaines de cargos et ferry commerciaux – susceptibles de renverser les minuscules canots sur leur passage -, les départs n’ont jamais cessé. Plus de 30 000 traversées avaient été dénombrées sur l’ensemble de l’année 2023. Et plus de 45 000 en 2022, année record.

Les drames non plus ne semblent pas convaincre les exilés de renoncer à la traversée. L’année 2024 est pourtant la plus meurtrière dans la Manche depuis l’apparition du phénomène des "small boats" : 37 personnes sont mortes depuis le 1er janvier. Le dernier naufrage remonte au 3 septembre quand un canot de 60 personnes s’est disloqué en mer. Douze personnes sont mortes.
L’embarcation était partie de la région de Boulogne-sur-mer, plus au sud de Calais, considérée comme moins sujette à la pression policière. Certains départs se font aussi depuis la Baie de Somme, distante de 130 km des côtes britanniques (contre 30 km depuis Calais).
"Prendre la mer quand le temps est instable, quand les vagues sont hautes"
"Pour éviter au maximum les confrontations [avec la police], les migrants prennent désormais des risques", dénonce Fabien Touchard, coordinateur d'Utopia 56. "Par exemple, ils vont prendre la mer quand le temps est instable, quand les vagues sont très hautes. Ils pensent que les plages sont moins surveillées par temps de pluie".
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Les nombreux accords signés entre la France et l’Angleterre pour enrayer le phénomène ne semblent pas non plus porter leurs fruits. Depuis 2020, au moins 4 partenariats franco-britanniques ont été signés. Tous ont la même finalité : miser sur la répression policière pour ralentir les départs en mer.
Une politique dénoncée depuis des années par Utopia 56 : "[Cette surveillance] n'a pas empêché le nombre de traversées en mer d'augmenter", notait cet été Célestin Pichaud, un autre coordinateur de l'association. "La répression n'a jamais été une solution pour sauver des vies dans la Manche", martèle Célestin Pichaud. "Le seul moyen de contrer la dangerosité du passage, c'est d'établir des voies sûres et légales en faveur des exilés".