Les plages du nord de la France sont extrêmement surveillés par les forces françaises. Crédit : InfoMigrants
Les plages du nord de la France sont extrêmement surveillés par les forces françaises. Crédit : InfoMigrants

Le procès d'une vingtaine de passeurs s'est ouvert lundi à Lille, dans le nord de la France. Les membres du réseau, interpellés dans plusieurs pays européens, sont soupçonnés d'avoir fait passer des migrants de la France vers le Royaume-Uni en traversant la Manche. Ils encourent jusqu'à 10 ans de prison.

Vingt-deux Irako-kurdes devaient comparaître à partir de lundi 30 septembre au tribunal de Lille pour trafic de migrants, a indiqué La Voix du Nord. Mais la moitié seulement des prévenus se sont présentés devant la justice.

Ces hommes sont poursuivis pour leur appartenance à un réseau de trafiquants qui a fait passer des exilés des côtes françaises vers le Royaume-Uni entre 2020 et 2022. La plupart ont été interpellés en juillet 2022 en France, aux Pays-Bas, en Belgique et en Allemagne.

L’un des trafiquants avait été arrêté dès 2021. Mais, selon ses relevés téléphoniques, il était à la tête du réseau et continuait de le diriger depuis la prison de Tours, où il avait été placé en détention provisoire.

"Rentabilité hors normes"

L’enquête a démontré que le fonctionnement de cette organisation était bien rôdé : une branche basée en Allemagne était chargée de fournir les canots nécessaires à la traversée de la Manche – 80 bateaux et 80 moteurs au moins ont été commandés par les trafiquants – et une autre aux Pays-Bas s’occupait de l’approvisionnement en matériel nautique, comme des gilets de sauvetage. En France, d’autres personnes acheminaient les migrants vers les plages et organisaient leur montée dans les embarcations.


Des migrants dans la Manche, en direction des côtes britanniques, le 4 mai 2024. Crédit : Reuters
Des migrants dans la Manche, en direction des côtes britanniques, le 4 mai 2024. Crédit : Reuters


Les exilés prenaient la mer principalement depuis le littoral du Nord et du Pas-de-Calais, mais aussi, puis récemment, depuis la Somme et la Normandie.

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D’après les enquêteurs, le réseau avait une "rentabilité hors normes". Les passeurs engrangeaient 100 000 euros pour la traversée de 50 exilés, dans des canots d’une capacité d’une douzaine de places seulement.

Le procès doit durer jusqu’au 11 octobre. Les accusés risquent jusqu’à 10 années de prison.

Commandement d'élite

Ces dernières années, les autorités françaises et britanniques multiplient les mesures pour tenter d’enrayer les traversées de la Manche. Et la lutte contre les passeurs est devenue une priorité.

Le 15 septembre, le gouvernement travailliste anglais a annoncé la mise en place d’un commandement d’élite chargé de la sécurité des frontières. Cette structure "coordonnera le travail de tous nos services de police et de renseignement afin de mener des enquêtes conjointes avec leurs homologues européens pour lutter contre la criminalité organisée liée à l'immigration", avait déclaré Downing Street.

Quelques jours plus tard, Londres avait aussi affirmé que le gouvernement allait consacrer 75 millions de livres (près de 89 millions d’euros) à sa lutte contre les réseaux de passeurs. Ces fonds étaient initialement destinés au financement de l’accord migratoire conclu avec le Rwanda, finalement abandonné.