Un réseau d'organisations d'aide aux réfugiés, migrants et demandeurs d'asile au Royaume-Uni affirme que le nombre de réfugiés sans abri dans le pays a fortement augmenté l'an dernier. Selon les associations, cette situation "d'urgence" est une conséquence des "politiques hostiles du (précédent) gouvernement en matière d'asile et d'immigration", qui "laissent des milliers de réfugiés et de migrants sans endroit sûr et stable où vivre".
Près de 2 000. Entre avril 2023 et mars 2024, 1 941 personnes ayant obtenu le statut de réfugié au Royaume-Uni ont été hébergées par des associations, contre 977 un an plus tôt, révèle jeudi 14 novembre dans son rapport annuel le réseau "No Accomodation" (pas de logement), qui regroupe plus d'une centaine d'organisations. Soit le "nombre le plus élevé jamais enregistré", insistent les humanitaires.
Cette hausse du nombre de personnes sans abri s'explique, selon le réseau d'ONG, par "une augmentation significative" du nombre de réfugiés contraints de quitter rapidement les centres d'hébergement pour demandeurs d'asile, en conséquence de "la volonté du précédent gouvernement conservateur de résorber l'arriéré" de dossiers en cours de traitement, dans un système débordé.
Selon les dernières statistiques de l'asile du Parlement britannique, 86 000 premières demandes d'asile étaient encore en attente au printemps 2024. C'est certes mieux qu'à la même période en 2023 (134 000 dossiers en attente), mais cela reste quatre fois plus élevé que le rythme d'avant-Covid en 2018 (23 000 dossiers en attente).
Par ailleurs, à l'été 2023, l'ancien gouvernement conservateur, farouchement anti-migrants, avait diminué le délai accordé aux demandeurs d'asile qui obtiennent leur statut de réfugié pour quitter leur hébergement (hôtel, centre...) et trouver un logement. De 27 jours, il est passé à seulement sept.
À l'époque, cette mesure avait déjà scandalisé les humanitaires, qui s'inquiétaient d'une hausse des personnes à la rue. Cette évolution plonge les exilés "dans la misère et l'errance, au lieu de recevoir le soutien et la protection auxquels ils ont droit", exposaient les associations dans un courrier adressé le 5 septembre 2023 à la ministre de l'Intérieur d'alors Suella Braverman et au secrétaire d'État au logement Michael Gove.
Conséquences des "politiques hostiles en matière d'immigration"
Un an plus tard, le constat est donc sans appel : la proportion de réfugiés parmi les personnes prises en charge par le réseau "No accomodation" est passée de 26% à 47% en un an.
Pour adapter leur aide, les organisations membres de "No Accomodation" expliquent avoir dû ouvrir de nouveaux refuges de nuit, et distribuer des sacs de couchage ou des tentes aux personnes qui ne pouvaient être hébergées faute de place, dans un pays qui connaît plus largement une crise du logement.
Plus de 4 150 personnes n'ont ainsi pas pu être accueillies, un chiffre en hausse de 83% sur un an, selon le réseau, qui précise qu'il s'agit sans doute d'une "sous-estimation importante" du réel niveau d'individus ayant besoin d'être hébergés.
"Notre rapport montre que des milliers de personnes sont poussées chaque année inutilement vers la misère et le sans-abrisme dans leur parcours à travers le système d'asile et d'immigration", a dénoncé Bridget Young, directrice de No Accomodation, citée dans un communiqué.
Les organisations estiment que cette situation "d'urgence" est une des conséquences des "politiques hostiles du (précédent) gouvernement en matière d'asile et d'immigration", qui "laissent des milliers de réfugiés et de migrants sans endroit sûr et stable où vivre".