Mardi, plus de 500 personnes ont été secourues au large des Canaries. Un migrant a été retrouvé mort lors d'une opération de secours conduite dans la matinée, alors que sa pirogue s'était renversée. Deux personnes sont par ailleurs portées disparues.
Après plus d’une semaine sans intervention, les sauvetages se multiplient ces derniers jours aux Canaries. Mardi 11 février, plusieurs opérations menées par les services du Salvamento maritimo ont permis de secourir au total 504 personnes originaires du Maghreb et d'Afrique subsaharienne. Les sauvetages ont eu lieu au large d’El Hierro, Lanzarote et Grande Canarie, depuis le matin jusque tard dans la nuit.
Lors de l’une de ces interventions, un migrant a été retrouvé mort près d’une pirogue qui s’était renversée au sud d'El Hierro, avec à son bord 79 passagers. D’après une porte-parole du numéro d'urgence 112, au moins deux personnes sont également portées disparues.
Six autres, dont une se trouvant dans un état grave, ont nécessité une prise en charge médicale.
Tous les autres migrants secourus ce jour-là sont "en bonne santé", ont précisé les secours à l’agence de presse espagnole EFE. Parmi les naufragés figurent 12 femmes et 13 mineurs, dont deux bébés.
La veille, 380 migrants avaient déjà été récupérés en mer. Les centres d’accueil peinent donc à héberger tous les naufragés. Mardi soir soir, 94 personnes ont dormi sous une tente à même le quai d’Arrecife, la capitale de Lanzarote.
Fin janvier aussi, quelque 618 exilés avaient débarqué sur l'archipel en seulement deux jours.
Un vote pour la santé des naufragés
L’accueil des exilés est mis à mal ces derniers mois, alors que l’archipel a accueilli en 2024 près de 47 000 personnes, du jamais vu. Ce mercredi, le Congrès espagnol doit justement se prononcer sur le financement par le gouvernement central des soins de santé pour les migrants arrivant aux Canaries, estimé par les autorités de l'archipel à 26 millions d'euros.
La majorité des groupes politiques ont annoncé mardi qu’ils voteraient pour cette proposition issue du gouvernement des Canaries. Celui-ci exige que Madrid assume "ses compétences en matière d'immigration", que la communauté autonome dit "supporter seule", relate EFE. "Les Îles Canaries ne doivent pas assumer [...] un coût auquel l'État a l'obligation de répondre", a déclaré la députée de la Coalition canarienne, Cristina Valido.
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Durant cette séance, la répartition des migrants mineurs dans les régions d’Espagne a une fois de plus été débattue. Le député socialiste Luc André Diouf a accusé le Parti populaire (PP, conservateur) de freiner l'accord. De son côté, Jimena Delgado-Taramona, membre de ce parti de droite, a déploré que l'exécutif de Pedro Sánchez veuille "exclure la Catalogne et le Pays basque de la répartition des mineurs".
Depuis des mois, les représentants des diverses formations politiques s’écharpent sur le transfert des migrants entre les régions espagnoles. Le gouvernement socialiste souhaite réformer l’article 35 de la loi Immigration, qui acterait notamment l’accueil obligatoire des mineurs non accompagnés dans les différentes structures du pays (sur le continent), lorsqu'un territoire (comme les Canaries) dépasse 150 % de sa capacité d'accueil. Mais les discussions sont aujourd’hui dans l’impasse : le 5 octobre, le Parti populaire (PP, conservateur) a quitté la table des négociations, mettant un coup d’arrêt à la réforme.
Route meurtrière
En attendant un éventuel consensus autour du projet de loi, la route des Canaries continue de faire des victimes. Le 4 février dernier, les autorités mauritaniennes ont indiqué avoir retrouvé neuf corps sans vie au large de la ville de Nouadhibou, municipalité du nord du pays connue pour être un lieu de départ des embarcations de migrants en route vers les Canaries espagnoles.
En janvier, une cinquantaine de personnes sont mortes dans le naufrage de leur embarcation au large de la Mauritanie. Depuis le début de l'année 2025, plus de 80 personnes ont ainsi déjà perdu la vie sur cette route migratoire, parmi la plus meurtrière d'Europe.
Selon l'ONG Caminando Fronteras, près de 9 700 migrants sont morts dans l'Atlantique en 2024 alors qu'ils tentaient de rejoindre les Canaries. Un record.