Cinq hommes, âgés de 18 à 35 ans, ont été transportés à l'hôpital de Boulogne-sur-Mer mercredi matin en état d'hypothermie. Ils venaient de prendre la mer pour tenter de rejoindre le Royaume-Uni quand ils ont été surpris par un phare situé près du rivage.
Vers 6h40, mercredi 12 février, les sapeurs-pompiers ont été appelés pour assister des migrants en difficulté sur la plage du Portel, près de Boulogne-sur-Mer. Un hélicoptère de la Marine nationale a aussi été engagé dans cette opération.
Les secours ont pris en charge une trentaine d'exilés qui remontaient vers la plage après une tentative de traversée de la Manche. L'un d'eux était "immergé jusqu'aux genoux", a indiqué à La Voix du Nord le chef de groupe des secours. Bloqué et tétanisé, il se trouvait à une quarantaine de mètres de la plage quand il a été hélitreuillé.
Cinq personnes, âgées de 18 à 35 ans, en état d'hypothermie ont par ailleurs été transportées à l'hôpital de Boulogne-sur-Mer.

"On est passé pas loin du drame", estime le maire du Portel, Olivier Barbarin, cité par le journal local. L'édile a ouvert un poste de secours estival pour les naufragés trempés. La protection civile et des associations ont distribué des vêtements, des boissons chaudes et des morceaux de pain aux exilés.
Au total 46 personnes, originaires de Syrie, d'Érythrée et du Yémen, se trouvaient dans l'embarcation, qui aurait heurté en pleine nuit le fort de l’Heurt à proximité du rivage. Le reste des passagers a continué sa route vers les côtes britanniques, sous la surveillance du navire français l'Abeille Normandie.
"On meurt plus au moment de l’embarcation qu'en pleine mer"
Après une courte pause, les traversées de la Manche ont repris ces derniers jours, à la faveur d'une météo plus clémente. Et avec elles, les drames se succèdent. Dimanche après-midi, deux corps ont été retrouvés sur une plage de Berck, dans le Pas-de-Calais. Selon les autorités, les exilés ont probablement tenté de monter dans un taxi-boat, un canot déjà mis à l'eau que les passagers doivent rejoindre à la nage, mais se sont retrouvés piégés dans l'eau glaciale.
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Quelques heures seulement après ces découvertes macabres, six personnes, originaires d'Afghanistan, du Soudan et d'Iran, ont été interpellées et placées en garde à vue.
Depuis le 1er janvier 2025, on compte déjà quatre morts dans la Manche. Et ce, alors que l'année 2024 a connu des records : au moins 77 migrants ont péri dans le détroit. Du jamais vu depuis le début en 2018 du phénomène des "small boats", ces frêles embarcations utilisées par les exilés pour rejoindre les côtes britanniques, au péril de leur vie.

Et ce nombre pourrait être sous-estimé, selon les témoignages de certains survivants qui cherchent toujours leurs proches. Les préfectures ne comptabilisent pas les disparus signalés par les familles, seulement les personnes dont les dépouilles sont repérées visuellement dans l’eau par les secours français avant de disparaître.
Pour les associations, cette hausse des décès s'explique par plusieurs facteurs : une pression policière renforcée, des départs de plus en plus au sud de Calais qui rallongent la distance à parcourir en mer, la surcharge à bord des canots, des bousculades au moment de monter dans les "small boats"...
"On a remarqué que les décès [de migrants] se produisent désormais près des côtes. On meurt plus au moment de l’embarcation, et moins en pleine mer", expliquait à InfoMigrants en mai dernier Salomé Bahri, coordinatrice de l’association Utopia 56 à Grande-Synthe, présente depuis des années sur le littoral français. "On peut aussi mourir avant même d’avoir atteint la Manche".