Seize corps ont été retrouvés après un naufrage au large de la ville libyenne de Zaouia. Tous sont originaires du Pakistan. Ces dernières années, de nombreux candidats à l'exil de ce pays se sont engagés sur les routes migratoires menant à l'Europe, au péril de leur vie.
Saqlain Haider. Siraj Uddin. Abid Hussain. La liste des victimes se précise dans la presse pakistanaise. Mardi 11 février, 16 corps de ressortissants pakistanais ont été retrouvés au large de Zaouia, à l'ouest de la Libye, après le naufrage de leur embarcation, a annoncé le ministère pakistanais des Affaires étrangères. Leur nationalité "a été établie sur la foi de leurs passeports", affirme un communiqué.
La plupart des personnes décédées sont originaires de la région de Kurram, située dans le nord-ouest du Pakistan. Depuis novembre, des tensions entre communautés agitent ce district. Une route principale a par ailleurs été fermée, générant de graves pénuries de nourriture et de médicaments, explique le site The Diplomat.
Soixante-trois personnes au total avaient pris place dans l'embarcation, et 37 ont survécu : une a été hospitalisée et 33 "sont désormais détenues par la police". Dix autres passagers sont toujours portés disparus.
Une équipe de l'ambassade pakistanaise à Tripoli s'est rendue dans la cité côtière de Zaouia afin d'y rencontrer des responsables locaux et ceux de l'hôpital de la ville, précise l’agence de presse belge Belga.
Le Premier ministre Muhammad Shehbaz Sharif a quant à lui exprimé sa "profonde tristesse" suite au naufrage. Il a présenté ses condoléances aux familles dans un communiqué, et assure "prier [...] pour ceux qui ont perdu la vie dans l'incident". Il a également demandé aux responsables du ministère des Affaires étrangères de "terminer l'identification des Pakistanais décédés dans les plus brefs délais".
Baisse des arrivées en 2024
Chaque année, des dizaines de milliers de candidats à l’exil empruntent la route de la Méditerranée centrale pour atteindre l’Europe. Partis de Libye ou de Tunisie, ces migrants embarquent sur de frêles embarcations en fibre de verre, en bois, ou pneumatiques, au péril de leur vie. L’année dernière, 1 692 personnes sont mortes sur cette voie, d’après l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).
Dans le même temps, 66 300 arrivées ont été enregistrées en 2024 en Italie, pays d'arrivée de cette route migratoire. Si le Bangladesh (21 %), la Syrie (19 %), et la Tunisie (12 %) représentent les trois principales nationalités des migrants débarqués, les Pakistanais se placent, eux, à la 6e place des nationalités enregistrées.
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Les citoyens de ce pays d'Asie du Sud sont également nombreux à ne jamais arriver à destination. Parmi les victimes du terrible naufrage de Pylos du 14 juin 2023 figurent ainsi de nombreux Pakistanais. Parti de Libye, cet ancien bateau de pêche a fait naufrage avec plus de 700 personnes à bord. Seuls 104 migrants ont survécu.
Aakash Gulzar, 21 ans, se trouvait à bord. Sans emploi et sans perspectives au Pakistan, il avait décidé de rejoindre l’Italie. Sa famille avait réussi à réunir 7 000 euros pour s’offrir les services d’un passeur. Il n’a, depuis, jamais été retrouvé.
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Les migrants pakistanais empruntent aussi, depuis peu, la route migratoire des Canaries. Le Pakistan a en effet identifié 21 de ses ressortissants parmi les rescapés d’un naufrage survenu en janvier au large des îles Canaries, ayant coûté la vie à au moins 50 personnes.
"Désillusion générale"
"Le manque de travail décent combiné à une désillusion générale quant à l'avenir du pays poussent les jeunes Pakistanais" à partir, avait expliqué en juin 2023 Imran Khan, spécialiste du Pakistan à l'Institut des États-Unis pour la paix, au média allemand Deutsche Welle. Pour le chercheur, l'absence d'opportunités professionnelles combinées à l’instabilité politique qui règnent dans le pays poussent chaque année des milliers de jeunes à partir.
En 2023, un responsable de l'Agence fédérale d'enquête, s'exprimant sous couvert d'anonymat auprès de l'AFP, comptabilisait 40 000 tentatives de départ sur les routes migratoires depuis le Pakistan chaque année.
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Pour lutter contre la fuite de ses citoyens, l’État a mis sur pied une agence fédérale d’investigation chargée de sévir contre les passeurs. Elle fait suite à l’adoption, en 2018, d’une loi sur la prévention de la traite des personnes. Mais les résultats se font toujours attendre. "Si la législation s'est améliorée au fil des ans, sa mise en œuvre est catastrophique et doit être améliorée", a fait savoir l’expert en migration Osama Malik à Deutsche Welle.
Selon lui, les quelques poursuites engagées n'ont permis de mettre la main que sur de petits intermédiaires, tandis que les têtes pensantes n'ont pas été inquiétées. La solution, pour l'expert ? "Le Pakistan doit améliorer sa gouvernance, son respect de l'État de droit et son économie afin que les jeunes ne ressentent pas le besoin de prendre de tels risques pour s'enfuir".