La crique de Rafal se trouve dans la région de Murcie, dans le sud de l'Espagne. Crédit : DR
La crique de Rafal se trouve dans la région de Murcie, dans le sud de l'Espagne. Crédit : DR

Un homme algérien est mort en mer près d'une plage de la région de Murcie, en Espagne, alors que son embarcation approchait de la côte. D'après la presse espagnole, il aurait été forcé, comme les autres passagers, à sauter dans l'eau par les capitaines du bateau. Les secours ont tenté de le réanimer, sans succès.

Un homme algérien est mort noyé au large de Murcie, alors que son embarcation s’apprêtait à rejoindre le sud de l'Espagne, lundi 17 février à l'aube. Il aurait été forcé par les capitaines du bateau à sauter à la mer à 15m de la rive, avec d’autres passagers, alors qu’il ne savait pas nager, rapporte La Opinión de Murcia.

Des effectifs du service maritime surveillaient alors le bateau, qui s’approchait de la plage de Rafal. Le passager retrouvé inconscient a été pris en charge par des agents de santé qui ont tenté de le réanimer, sans succès, a confirmé le gouvernement de Murcie à l’agence de presse EFE. Dix-neuf autres personnes, toutes de nationalité algérienne, sont, elles, arrivées sur la plage. Certaines étaient en état d’hypothermie et ont été prises en charge par les secours.

Cinq autres migrants ont ensuite été retrouvés à terre, à une dizaine de kilomètres de là, sur la plage de Cala Blanca, à Lorca. Deux d'entre eux, soupçonnés d’être les capitaines de l’embarcation, ont été arrêtés par la police, d’après El Pais.

Les rescapés ont été emmenés au centre d’hébergement d’urgence (CATE) de Murcie, indique encore La Opinión de Murcia.

La Garde civile a ouvert une enquête pour faire la lumière sur les circonstances de cet incident. Lundi 17 février, des recherches étaient toujours en cours pour retrouver d’autres disparus, à l’aide d’un hélicoptère. Selon des sources proches de l'enquête et consultées par la presse locale, deux ou trois personnes manquent à l’appel.

En 2022, un incident similaire avait eu lieu près de Carthagène. Les conducteurs d’une embarcation avaient menacé avec un couteau des passagers pour qu’ils sautent à l’eau avant leur arrivée à terre. De cette manière, les passeurs diminuent les risques de se faire arrêter par les autorités sur le rivage. Trois corps avaient été retrouvés quelques jours plus tard.

Plus de 500 morts en 2024

Cette route migratoire en Méditerranée est empruntée par les "harragas", littéralement ”brûleurs de frontières”. Des citoyens et citoyennes d’Algérie désespérés par le manque d’opportunités dans leur pays, et ce, malgré l’instauration d’une allocation chômage en 2022. Au péril de leur vie, des milliers d’entre eux, y compris des familles entières, traversent cette zone maritime où les courants sont forts.



Sur cette route migratoire qui relie l'Algérie à l'Espagne, les drames sont "de plus en plus fréquents", et "des cadavres apparaissent sur la côte [espagnole] plusieurs jours après [...] que les secours ont été alertés", affirme la Garde civile dans un document consulté par le média Levante. D’après le dernier rapport de l'ONG Caminando Fronteras publié le 26 décembre, au moins 517 personnes sont mortes sur cette voie en 2024. Elles étaient 464 en 2022, et 191 en 2021.

En 2024 aussi, 26 embarcations ont "totalement disparu" en mer, avec tous leurs passagers. Des chiffres qui font de ce passage en Méditerranée la deuxième route la plus meurtrière pour l’Espagne, derrière celle des Canaries.

"Tout le monde est tombé à l'eau"

Youssef* fait partie des victimes. Ce jeune Algérien de 26 ans, ancien pêcheur et bon nageur a embarqué une nuit de novembre 2024 avec 12 autres personnes dans un petit bateau à moteur sur une plage d’Alger. "Il avait conscience des risques qu’il prenait", avait assuré sa cousine à InfoMigrants. "Mais il avait tellement de copains qui étaient partis comme ça et qui avaient réussi …"

Mais Youssef n’arrivera jamais à Alicante, sa destination. Après cinq kilomètres seulement en mer, son embarcation prend l'eau. S’ensuit une altercation avec le conducteur du bateau, qui finit par se renverser. "Tout le monde est tombé à l’eau, y compris une famille avec une enfant de six ans et un bébé", avait raconté sa cousine. Les gardes-côtes algériens sont prévenus, mais la localisation du naufrage n’est pas la bonne. Les naufragés, qui n'ont pas de gilet de sauvetage, attendent près de six heures en pleine mer. Youssef fait grimper la petite fille sur un bidon d’essence.

Lorsqu'un groupe de jeunes, prévenus de leur départ, parvient finalement à les retrouver, il est trop tard. Le bébé et sa mère sont retrouvés morts. Youssef et deux autres passagers sont, depuis, portés disparus.

*Le prénom a été changé à la demande de la famille