Des dizaines de migrants attendent à Ouistreham de pouvoir se cacher dans un camion pour rejoindre l'Angleterre. Crédit :  Picture alliance
Des dizaines de migrants attendent à Ouistreham de pouvoir se cacher dans un camion pour rejoindre l'Angleterre. Crédit : Picture alliance

Un ressortissant soudanais a été hospitalisé en état d'hypothermie sévère mardi, après avoir tenté de rejoindre à la nage, dans une eau à 6 degrés, un ferry en partance vers l'Angleterre. Cet incident reflète le désespoir des migrants désargentés, qui cherchent à rejoindre illégalement le Royaume-Uni.

La scène aurait pu être dramatique. Mardi 25 février, vers 7h du matin, un Soudanais d'une trentaine d'années s'est jeté à l'eau à Ouistreham, dans le nord-ouest de la France, indique Ouest France.

Le jeune homme a tenté d'atteindre, à la nage, la passerelle d'accès aux ferries pour essayer de monter à bord d'un bateau en partance vers le Royaume-Uni. Mais ce Soudanais s'est effondré sur le quai d'embarquement dès son arrivée, après avoir passé plusieurs dizaines de minutes dans une eau à 6 degrés.

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Il a été retrouvé en état d'hypothermie sévère par le service de sécurité de la gare maritime, puis transporté à l'hôpital de Caen. Selon Ouest France, la température de son corps s'élevait à 34 degrés, au lieu de 37 habituellement.

Grimper dans un poids-lourd, "c’est la seule option que j’ai"

Ce nouvel incident reflète le désespoir des migrants qui cherchent à rejoindre le Royaume-Uni. Depuis des années, des dizaines d'exilés, majoritairement soudanais, ont établi un petit campement informel dans la ville de Ouistreham.

Pour atteindre l'Angleterre depuis cette ville du littoral normand, les migrants rêvent d'accrocher un des nombreux camions de marchandises qui transitent chaque jour par la ville. Ils espèrent s'y cacher en attendant que le véhicule rejoigne un ferry de Ouistreham et navigue ensuite jusqu'à Portsmouth, au sud du Royaume-Uni. Depuis 2017, de nombreux exilés ont tenté le passage par cette ville du Calvados, plutôt que par Calais et l'extrême nord de la France, des zones plus surveillées par les autorités.


Les camions de marchandises rejoignent Portsmouth, au Royaume-Uni, en prenant le ferry depuis Ouistreham. Crédit : InfoMigrants
Les camions de marchandises rejoignent Portsmouth, au Royaume-Uni, en prenant le ferry depuis Ouistreham. Crédit : InfoMigrants


Les passages par le port - en se cachant dans des camions -, bien plus rares que les traversées de la Manche, sont toujours la seule option pour des exilés sans argent incapables de s'offrir les services d'un passeur et obtenir une place sur une embarcation pneumatique.

Mais cette pratique reste très difficile, et beaucoup moins efficace que les traversées à bord de "small boats". Qu'importe, chaque semaine ou presque, des migrants tentent leur chance, depuis Ouistreham. Mais ils sont presque toujours repérés par les agents de la sécurité du port, qui les confient ensuite aux forces de l’ordre. "Certains arrivent quand même à passer de temps en temps, affirmait en 2022 à InfoMigrants un membre du collectif local Citoyen.nes en lutte. "Même si c’est rare, cela rend le rêve encore possible aux yeux de ceux qui restent."

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Du côté de Calais aussi, les tentatives de montées dans les camions perdurent. "Je n'ai rien, pas d’argent, personne à qui en demander, je ne vais pas essayer de monter dans un canot", expliquait en octobre à InfoMigrants Mohamed, un Soudanais, vivant à Calais. Grimper dans un poids-lourd, "c’est la seule option que j’ai". Ses tentatives se résument à une règle : "Je fais juste attention aux sigles ‘produits chimiques’ qui sont inscrits sur les portes arrières des véhicules, c’est tout. Sinon, j’essaie de monter dans un camion, de toutes les manières possibles, de jour comme de nuit".

Pour ceux qui arrivent à se hisser dans un poids lourd, les ennuis ne sont pas terminés. Les risques d'asphyxie sont importants si on se retrouve enfermé dans un camion hermétique. Les risques de chute aussi. Début février, un ressortissant érythréen est mort après avoir été percuté par un poids-lourd sur l'autoroute A16, près de Calais.

Au mois de janvier 2024, un corps avait été retrouvé à l’arrière d’un camion. La victime, qui s'était insérée dans le fond de la remorque, a été transpercée par des barres métalliques "qui se seraient décrochées lors d’un freinage".

Un agent de sécurité de l'un des parkings de Transmarck, à Calais, confirme l’inconscience de cette méthode : "Parfois, ils se cachent là, à côté des roues, sur les essieux. Ils ne tiennent pas plus de quelques minutes. C’est impossible de rester là, on finit par glisser et se faire écraser".