La préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord a indiqué dimanche dans un communiqué que le centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage (CROSS) Gris-Nez était intervenu quatre fois durant le week-end pour porter secours à 24 personnes, sur des embarcations en difficulté. L’une d’elles se trouvait au large de la baie de Somme, d’où de plus en plus de bateaux prennent le départ.
C’était un week-end chargé pour les services de secours en mer français, sans doute en raison de la météo favorable de ces derniers jours. Dans un communiqué publié dimanche 2 mars, la préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord (Prémar) a indiqué que quatre opérations de sauvetage avaient été menées par les services de secours maritimes français pour porter secours à 24 personnes en mer.
"En milieu de nuit de samedi 1er au dimanche 2 mars, le centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage (CROSS) Gris-Nez est informé d'un départ d'embarcation de migrants proche de Wimereux, secteur de la Pointe aux Oies. Le CROSS engage alors le patrouilleur Géranium de la Gendarmerie maritime afin de relocaliser l'embarcation", écrit la Prémar dans son communiqué.
"Trois migrants qui demandent assistance sont récupérés à bord du Géranium tandis que le reste des personnes à bord de l'embarcation continue sa route […] Les personnes secourues sont ramenées à Boulogne-sur-Mer en tout début de matinée", précise-t-elle.
La seconde opération a lieu, elle aussi, en pleine nuit. "Le CROSS Gris-Nez engage également le patrouilleur de service public Pluvier pour assurer la surveillance d'une embarcation au large de Calais. Après plusieurs heures de navigation, sept migrants demandant assistance sont récupérés par le Pluvier tandis que le reste des migrants reprennent leur route. Le Pluvier débarque ensuite les sept personnes à quai à Boulogne-sur-Mer en milieu de journée", détaille encore la préfecture.
Appel à l’aide
Le Pluvier est ensuite réengagé pour "relocaliser une nouvelle embarcation de migrants au large de la Pointe de la Rochette, dans le secteur de Wimereux". Certains occupants du canot demandent de l’aide. "Le CROSS engage alors le remorqueur d'intervention, d'assistance et de sauvetage (RIAS) Abeille Normandie en appui […] Une partie des migrants restés sur l'embarcation reprennent leur route sous la surveillance du Géranium tandis que l’Abeille Normandie récupère à son bord 12 migrants. Ces derniers sont déposés en début d'après-midi au port de Boulogne-sur-Mer", indique la Premar.
La dernière intervention a eu lieu dimanche matin pour venir en aide à une embarcation partie de la baie de Somme et qui s'est échouée sur la plage d'Hardelot, avant de reprendre la mer et de s'échouer de nouveau avec 54 personnes à son bord. Deux personnes ont été secourues en mer par le navire de la Marine nationale la Garonne et par la SNSM (Société nationale de sauvetage en mer).
Les autres occupants du bateau ont été pris en charge par des services de secours à terre, et ne sont donc pas comptabilisés par la Prémar, précise à InfoMigrants son service de communication, confirmant le nombre de 24 personnes secourues en mer.
Parmi ces personnes sauvées à terre se trouvaient notamment trois blessées, "dont une en état critique prise en charge par les services de secours sur la plage d'Hardelot, après avoir été secourue à bord [du bâtiment de la Marine nationale] Garonne". "Deux autres victimes souffrant d'hypothermie ont également été secourues, par les équipes de secours à terre déployées sur le secteur", détaille la préfecture.
Des départs de plus en plus au sud
Malgré la hausse des contrôles policiers sur le littoral français, les tentatives de traversées de la Manche ne faiblissent pas. Mais, pour échapper aux interceptions policières, les départs ont tendance à se déplacer vers le sud de Calais pour se rapprocher de la baie de Somme et même de Dieppe.
Cette ville se trouve à près de 200 km de Calais, lieu historique des départs de migrants vers l'Angleterre. Depuis deux ans environ, on observe un changement de méthode des trafiquants. La militarisation de la frontière sur le littoral nord – déploiement policiers, drones, caméras thermiques, avions Frontex – a poussé les passeurs à envisager d’autres endroits pour mettre à l’eau les embarcations, à des dizaines de kilomètres plus au sud, en Normandie et dans la Somme.

Une stratégie qui n'est pas sans risques. "Si avant, les migrants mettaient six ou huit heures pour aller de Calais à Douvres [port de débarquement des migrants en Angleterre, ndlr], désormais, ils partent de Berck, du Touquet... Ils doivent donc doubler, voire tripler, ce temps de trajet en mer", assurait à InfoMigrants en juin Salomé Bahri de l'association Utopia 56. "Le problème, c’est qu’une durée de traversée plus longue, c’est plus de chances d’avoir une panne moteur, de se retrouver à la dérive ou d’avoir l’embarcation qui se crève", rappelait Célestin Pichaud, coordinateur d'Utopia 56 à Grande-Synthe, interrogé par RFI en juillet.
Des maires désemparés
Face à ces départs extrêmement risqués, certains maires des communes du littoral se disent désemparés. En novembre, plusieurs d'entre eux avaient publié un communiqué demandant à l'État un sursaut concernant la situation migratoire dans la Manche. "Quelles que soient les communes, ce sentiment d’abandon est réel. De jour comme de nuit, les maires sont en première ligne, contraints de faire face, sans détenir les moyens nécessaires, à une problématique dont la gestion incombe pourtant à l’État", pouvait-on lire dans le communiqué.
Plus récemment, le maire d'Ambleteuse Stéphane Pinto a invité le Premier ministre britannique Keir Starmer à "venir voir les plages" françaises pour se rendre compte de la situation.
Arrivé au pouvoir en juillet 2024, Keir Starmer a, comme son prédécesseur, fait de l'immigration irrégulière l'une de ses priorités. Mais, sept mois après sa prise de fonction, force est de constater que son bilan en matière de lutte contre les traversées de la Manche reste maigre.
Selon les données du ministère de l'Intérieur, 25 135 personnes ont traversé la Manche depuis la victoire du parti travailliste l'été dernier. Et le nombre d'arrivées depuis le début de l'année 2025 frôle déjà la barre des 2 000.
Et les naufrages se multiplient. Depuis le 1er janvier, on compte déjà cinq morts dans la Manche, et deux sur terre. L'année 2024 a été la plus meurtrière dans cette zone maritime depuis l'apparition en 2018 des "small boats", ces frêles embarcations pneumatiques utilisées pour atteindre les rives anglaises. Les autorités françaises ont ainsi dénombré 78 décès en mer l'an dernier.