Opération de sauvetage de l'Ocean Viking au large de la Libye, le 26 avril 2025. Crédit : SOS Méditerranée
Opération de sauvetage de l'Ocean Viking au large de la Libye, le 26 avril 2025. Crédit : SOS Méditerranée

Le navire humanitaire de SOS Méditerranée a porté assistance samedi à 126 exilés répartis dans deux embarcations. L'Ocean Viking se dirige maintenant vers le port de Marina di Carrera qui lui a été attribué par les autorités italiennes, "à 1 110 km et 3,5 jours de navigation".

Samedi 26 avril, l'Ocean Viking a secouru 126 migrants lors de deux opérations de sauvetage en Méditerranée centrale. La première opération s'est déroulée dans la matinée au large de la Libye : le navire humanitaire de SOS Méditerranée a porté assistance à 59 personnes entassées dans "un bateau en fibre de verre surchargé", a indiqué sur X l'ONG. Parmi les personnes secourues se trouvaient une femme et 10 mineurs.

Aucun des rescapés ne portait de gilet de sauvetage, précise SOS Méditerranée, en soulignant qu'à la fin de l'opération le pilote masqué de l'embarcation a quitté la zone "à grande vitesse". S'agissait-il d'un passeur ? Pourquoi était-il masqué ? L'ONG n'a pas plus d'indications mais s'inquiète de "la prolifération des acteurs non étatiques et des milices en Méditerranée centrale (...) [qui] met en danger la vie des personnes en détresse".

L'été dernier, l'équipe de l'Ocean Viking avait déjà été confrontée à ce genre de situation lors d'un sauvetage. Deux hommes armés et cagoulés, venus à bord de deux vedettes, étaient montés à bord du canot en bois au moment de l'évacuation, créant la panique chez la quinzaine d’exilés encore dessus. Les migrants avaient sauté à l'eau, de peur d'être renvoyés en Libye. Les hommes cagoulés avaient laissé le sauvetage se dérouler puis étaient repartis avec l’embarcation vide. Deux épisodes similaires avaient également eu lieu en Méditerranée centrale en 2024.

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Après le premier sauvetage effectué, les équipes de SOS Méditerranée ont repéré en fin de journée "un bateau surchargé qui risquait de chavirer" alors que le navire humanitaire faisait route vers le nord pour rejoindre les côtes italiennes. Soixante-sept exilés, sans gilet de sauvetage, ont alors été récupérés par l'Ocean Viking.

Le bateau se dirige maintenant vers le port désigné par les autorités, celui de Marina di Carrara, dans le nord de l'Italie, "à 1 110 km et 3,5 jours de navigation", déplore l'ONG.

Sept fois le tour du monde

Depuis son arrivée au pouvoir fin 2022, la Première ministre d'extrême droite, Giorgia Meloni, a multiplié les mesures afin d'entraver les activités de sauvetage des navires humanitaires. Le décret Piantedosi, du nom du ministre de l'Intérieur, en est le parfait exemple : avec ce texte, les ONG doivent désormais se rendre "sans délai" au port de débarquement assigné par les autorités italiennes juste après un premier sauvetage. Si les navires humanitaires effectuent un autre sauvetage, ils doivent le faire avec l’accord de Rome. Sinon, ils s’exposent à des sanctions financières et à l’immobilisation du bateau.

Une autre disposition prise par le gouvernement italien complique encore davantage les activités des ONG en mer : l’attribution de ports italiens de plus en plus éloignés des zones de recherche et de sauvetage. Depuis deux ans, Rome assigne des ports au centre, voire au nord, du pays, beaucoup plus lointains que les villes de Sicile ou Lampedusa, où étaient généralement débarqués les migrants secourus.

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Selon un rapport de SOS Méditerranée, publié en février dernier, les bateaux d'ONG ont perdu, depuis décembre 2022, 735 jours à rejoindre des ports éloignés des lieux de sauvetage et ont parcouru au total plus de 275 000 km à cause des restrictions imposées par les autorités italiennes en mer. Soit presque sept fois le tour du monde.

Cette politique menée depuis deux ans par le gouvernement italien, farouchement anti-migrants, a participé à "vider encore davantage la mer des navires de sauvetage", observe SOS Méditerranée dans son rapport.

En 2024, 2 360 personnes tentant de rejoindre l'Europe ont disparu ou sont décédées en mer Méditerranée, dont l'immense majorité en Méditerranée centrale, l'une des routes migratoires les plus mortelles au monde, selon les chiffres de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). Elles sont déjà près de 300 depuis le début de 2025.