Markus Schreiber / POOL / AFP | Le ministre allemand de l'Intérieur a prôné mercredi des tests médicaux pour vérifier l'âge de jeunes demandeurs d'asile
Markus Schreiber / POOL / AFP | Le ministre allemand de l'Intérieur a prôné mercredi des tests médicaux pour vérifier l'âge de jeunes demandeurs d'asile

Faut-il systématiquement soumettre les plus jeunes réfugiés arrivés en Allemagne à des examens scientifiques et médicaux pour déterminer leur âge exact ? À quelques jours du début des rencontres exploratoires entre les sociaux-démocrates et les conservateurs, cette proposition des chrétiens-démocrates ne va pas contribuer à rendre les discussions plus faciles. Et au-delà, le sujet fait polémique. Pour en savoir plus, nous retrouvons notre correspondant en Allemagne Pascal Thibaut.

Cette proposition, qui n’est pas nouvelle, a été relancée par la mort la semaine dernière d’une jeune femme tuée dans un magasin par un jeune Afghan de 15 ans. Il s’agit d’après l’enquête d’un crime passionnel mais il a relancé les débats et les peurs sur la criminalité potentielle des nombreux migrants arrivés en Allemagne depuis 2015.

Si cette proposition est formulée, c’est qu’en matière pénale, en Allemagne comme ailleurs, les procédures et les peines encourues, ne sont pas les mêmes pour les plus jeunes que pour les adultes. Le père de la victime se dit persuadé que le meurtrier de sa fille était majeur. Les experts dans ce cas l’excluent.

D’autres cas ont suscité des polémiques et beaucoup d’émotions comme le viol et la mort d’une jeune fille il y a un an à Fribourg. Son auteur, lui aussi Afghan, s’était présenté comme mineur à son arrivée en Allemagne et l’était encore lors du meurtre commis. Des expertises ont montré qu’il avait entre 22 et 29 ans.

Que proposent exactement les conservateurs qui défendent cette proposition ?

Différents responsables politiques de droite proposent que l’âge des migrants mineurs donne systématiquement lieux à des examens scientifiques et médicaux pour déterminer si leurs affirmations sont exactes ou non. Ils estiment que les déclarations faites par les intéressés sont souvent fausses et que beaucoup se disent mineurs alors qu’ils ne le sont pas. Les exemples suédois et autrichien où de tels examens sont plus fréquents est mis en avant.

Une telle vérification a, pour ses défenseurs, des conséquences pratiques et financières. Non seulement devant les tribunaux avec une protection accrue des mineurs en droit pénal. Mais les réfugiés mineurs bénéficient d’une prise en charge plus lourde donc plus coûteuse. Ils sont aussi mieux protégés contre d’éventuelles expulsions.

Ces propositions vont être débattues et sans doute adoptées lors de la rencontre traditionnelle des chrétiens sociaux bavarois en début d’année qui débute le 4 janvier. Ces propositions ne devraient pas faciliter le début des rencontres exploratoires avec les sociaux démocrates dimanche en vue de la constitution d’un nouveau gouvernement.

Cette proposition suscite de nombreuses critiques

Dans les rangs du SPD notamment, on rejette des mesures exagérées créant un soupçon autour de l’ensemble des réfugiés mineurs. Les détracteurs de ces mesures estiment que les services compétents ont déjà la possibilité en cas de doute de recourir à des examens médicaux. Cela est de toute façon monnaie courante lors d’un procès pénal.

L’ordre des médecins a aussi critiqué ces propositions. Sa commission d’éthique avait il y a déjà un peu plus d’un an douté que de tels examens systématiques soient légaux et conformes à la Constitution protégeant la dignité humaine. Le président de l’ordre des médecins a réitéré cette position en début de semaine. Les experts ne sont pas d’accord par ailleurs sur la fiabilité de tels examens. Beaucoup de scientifiques soulignent la marge d’erreur existant selon que l’on recourt à des examens radiologiques, des organes génitaux ou des dents.

Texte initialement publié sur : RFI

 

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