Cédric Herrou chez lui à Breil-sur-Roya. Crédit : Mehdi Chebil
Cédric Herrou chez lui à Breil-sur-Roya. Crédit : Mehdi Chebil

Après une nouvelle interpellation la semaine dernière, Cédric Herrou, le célèbre agriculteur porte-drapeau des migrants dans la vallée franco-italienne de la Roya, dit vouloir continuer son combat en faveur des sans-papiers. Et ce, malgré le "harcèlement" des forces de l’ordre à son encontre.

On aurait pu penser qu’il jetterait l’éponge, exaspéré et fatigué par les nombreuses gardes à vue de ces deux dernières années. Mais non. Cédric Herrou, le célèbre agriculteur défenseur des migrants, ne compte pas abandonner la lutte. Interrogé par InfoMigrants, le militant affirme continuer à ouvrir sa porte aux sans-papiers qui traversent la frontière italienne, non loin de Vintimille, pour arriver dans la vallée de la Roya (dans le sud de la France).

"Je continue d’accueillir des migrants, oui", affirme-t-il. "En revanche, j’ai arrêté toutes les actions illégales, à savoir le transport de personnes en situation irrégulière". La loi rappelle en effet que toute "personne qui aura, par aide directe ou indirecte, facilité […] l’entrée, la circulation ou le séjour irréguliers d’un étranger en France sera punie […]". Transporter une personne sans-papiers dans son véhicule pour l’emmener à une gare, par exemple, reste passible d’une peine de prison. "Du coup, je ne fais plus monter de migrants, croisés sur le bord d’une route, dans ma voiture", précise-t-il.

En revanche, la législation en vigueur autorise aussi quelques écarts : l’aide dite "humanitaire", c’est-à-dire exercée dans le but de "préserver l’intégrité physique" d’une personne, est autorisée. Conscient de cet assouplissement, Cédric Herrou n’a pas mis un terme à l’hébergement solidaire au sein de sa propriété de Breil-sur-Roya. "Accueillir des personnes sous mon toit n’est pas illégal. Pendant l’été 2017, jusqu’à 350 migrants arrivaient par semaine dans la Roya. À certains moments entre le mois de mai à septembre, j’ai hébergé jusqu’à 250 personnes en même temps".

Dans sa propriété à Breil-Sur-Roya, Cédric Herrou héberge les migrants de passage dans des caravanes et tentes installées dans le jardin. Crédit : Mehdi Chebil"Ils empruntent la route de la Roya parce qu'ils se refilent les infos entre eux"

Malgré l'apparition d’une nouvelle route migratoire plus au nord des Alpes (entre la ville italienne de Bardonèche et la ville française de Briançon), le passage en France via l’arrière-pays niçois ne s’est donc pas tari. "La présence policière est toujours importante, ici", précise le Cédric Herrou. "Les migrants qui arrivent sont généralement Soudanais, Érythréens. Ils empruntent ce chemin parce qu’ils se le communiquent par téléphones portables. Ils se refilent les informations. Chaque communauté a une route privilégiée. [À Briançon], je crois que ce sont davantage des migrants francophones qui tentent de passer".

Comment alors escorter tous ces migrants depuis la vallée de la Roya jusqu’à Nice où se trouve la PADA (la plateforme pour déposer sa demande d’asile) ? Cédric Herrou explique que les militants et acteurs associatifs de la vallée ont passé une sorte d’"accord" avec les autorités. "Nous fournissons un document informatif aux migrants qui vont se rendre à Nice par le train avec leurs noms écrits dessus", explique-t-il. "La préfecture est au courant. Nous donnons ensuite les noms des migrants aux gendarmes. Ces derniers vérifient leur identité en gare avant de les laisser monter dans le train".

>> À relire : Roya l'insoumise : une vallée prend fait et cause pour les migrants

Pour autant, les rapports entre le militant et les forces de l’ordre restent tendus. La semaine dernière, Cédric Herrou a de nouveau été interpellé alors qu’il se rendait à Nice avec son véhicule personnel pour livrer ses produits agricoles. L’agriculteur a été accusé d’avoir contrevenu à une des obligations de son contrôle judiciaire en se rendant en Italie (l’autoroute française A8 passe par l’Italie avant de rejoindre Nice). Cédric Herrou reconnaît avoir pris l’autoroute, la départementale étant impraticable à cause de récentes intempéries. "Je crois qu’ils m’attendaient. Ils m’avaient déjà vu passer la semaine dernière. Ils savaient que j’allais reprendre le même chemin", explique-t-il.

Cédric Herrou a donné sa version des faits dans un communiqué publié sur sa page Facebook. "Je suis arrivé au fameux péage de la Turbie [entre l'Italie et la France] et là se présente à la barrière une dizaine de policiers. On me demande de sortir du véhicule et je me retrouve mains dans le dos, menotté, le front collé sur le fourgon de CRS".

Le militant a été condamné en appel pour aide aux migrants à quatre mois de prison avec sursis en août 2017. Il fait l'objet d'autres poursuites du parquet de Grasse, à la suite de son interpellation en juillet 2017 à Cannes avec 156 migrants qu'il conduisait en train à Marseille enregistrer une demande d'asile.

 

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