Image d'illustration du camp d'Austerlitz, en 2015. Crédit : Mehdi Chebil
Image d'illustration du camp d'Austerlitz, en 2015. Crédit : Mehdi Chebil

Dans la cité Kalliste, dans les quartiers nord de Marseille, une centaine de migrants vit dans un immeuble insalubre. La mairie suspecte l’existence d’un réseau mafieux.

"Le Parc Kalliste, si vous n’intervenez pas, sera le frère marseillais de Calais", s’emporte Samia Ghali, la sénatrice des Bouches-du-Rhône dans une lettre adressée le 12 janvier au secrétaire d'État auprès du ministre de la Cohésion des territoires.

Depuis l’été dernier, une centaine de migrants s’est installée dans un immeuble insalubre de la cité des Kalliste, dans le 15ème arrondissement de Marseille. "Ils étaient une dizaine au départ mais chaque semaine de nouvelles personnes arrivent", précise à InfoMigrants Samia Ghali.

Ce bâtiment décrépi est promis à la démolition depuis près de sept ans dans le cadre d’un programme de rénovation urbaine de la mairie. Le bailleur social, Marseille Habitat, a racheté la majorité des appartements de cette copropriété à des prix inférieurs à ceux du marché. Certains habitants refusent donc de vendre leur logement au tarif proposé. Treize familles cohabitent ainsi avec des migrants qui ont pris place dans les appartements vides, laissés à l’abandon.

Selon la mairie ils seraient 141 répartis dans 39 logements mais ils sont surement plus nombreux, tous les appartements n’ayant pas pu être visités. Ils seraient originaires pour la plupart du Nigéria, du Soudan et de Côte d’Ivoire. "On ne sait pas où aller, ici, on arrive au moins à se reposer un peu. C’est un ami qui a eu pitié de moi qui m’a indiqué l’endroit", raconte à l’AFP un jeune migrant ivoirien.

Ces migrants semblent échapper aux radars des différentes associations d’aide aux migrants actives dans la cité phocéenne. InfoMigrants a joint plusieurs d’entre elles mais aucune n’a été en mesure de nous donner plus de précisions.

"On n’arrive pas dans les quartiers nord par hasard"

Reste que leur présence dans ce quartier de Marseille interpelle. Comment ces personnes sont-elles arrivées dans la cité Kalliste ? "On n’arrive pas dans les quartiers nord par hasard", assure-t-on à la mairie du 15ème arrondissement de Marseille qui soupçonne un système organisé. "Ils m’ont dit qu’ils venaient d’Italie et que les passeurs les avaient orientés vers la gare Saint-Charles (gare principale de Marseille, NDLR). En échange d’argent, ils sont envoyés à Kalliste", raconte Samia Ghali.

Parmi eux, on compte également des femmes dont quelques-unes enceintes. Certaines se prostituent, attendant le client devant la cage d’escalier. Des informations rapportées par l’AFP et évoquées également par Sami Ghali. Autant d’éléments qui font amener la sénatrice et la Mairie d'arrondissement à suspecter la présence d’un réseau mafieux.

Il arrive en effet que des migrantes soient contraintes à la prostitution pour payer des passeurs, comme en Libye notamment. Une Nigériane arrivée en France en 2010 en témoignait il y a quelques jours pour InfoMigrants : "Une fois à Paris, j’ai découvert qu’il fallait que je me prostitue pour payer mes passeurs".

Cette situation semble exaspérer les habitants du quartier dont certains disent vivre dans la peur. "Dès que la nuit tombe, on ne sort plus et on fait en sorte qu’il y ait tout le temps quelqu’un dans l’appartement pour éviter qu’on le squatte", raconte à l’AFP Houda, une des habitantes de la cité.

Samia Ghali et d’autres habitants accusent également certains migrants d’avoir causé des dégradations, faute d’électricité et de chauffage dans les logements squattés. "La situation va exploser. Il faut mettre à l’abri les migrants dans des structures adaptées et reloger les habitants", conclut la sénatrice qui devait être reçue par la préfecture vendredi 26 janvier.

 

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