Jacky, François et les exilés enregistrent une émission en direct de l'accueil de jour.  Crédit : Antoine Lalanne-Desmet
Jacky, François et les exilés enregistrent une émission en direct de l'accueil de jour. Crédit : Antoine Lalanne-Desmet

À Calais, le Secours catholique a créé un atelier radio dans les locaux où l’association offre un accueil de jour. L’idée : que les exilés enregistrent et diffusent eux-mêmes des émissions via Internet.

"Radio Secours catholique", annonce au micro un jeune homme. Lancée la semaine dernière, la radio de l'association veut relever un défi bien précis : donner la parole aux migrants de Calais. Attablés dans les locaux du Secours catholique à Calais, quelques migrants se relayent au micro pour évoquer tour à tour leur vie d’attente en France et leurs envies d'Angleterre, encouragés par les bénévoles.

Petites lunettes rondes sur le nez, Hisham Aly, animateur au Secours catholique de Calais et instigateur de cet atelier radio, prend en note les échanges. "Cet atelier de radio, c'est un endroit où les migrants sont acteurs de leur vie, grâce à la parole", souligne-t-il.

Un brouhaha convivial résonne dans la salle. Non loin de là, une soixantaine d'exilés charge leur téléphone ou se repose sur les tapis au sol. D'autres fument une cigarette dehors dans le patio, à dix minutes à pied du centre-ville de Calais.

Une radio pour libérer la parole des exilés

Mais autour de la table transformée en studio de radio, les migrants se sont emparés des micros et sont les journalistes d’un jour. Deux jeunes exilés Iraniens prennent place et échangent avec un animateur du centre en farsi. Jacky Verhagen, chargé de mission au Secours catholique, lui, est au micro avec Daniel, un jeune migrant qu'il connaît depuis trois semaines.

"L'atelier radio va permettre à nos amis exilés de s'exprimer librement sans forcément évoquer leurs conditions de vie à Calais", affirme Vincent de Coninck du Secours catholique, en observant l’émission. "Nous en apprenons plus sur leur vie, ce qui pourra également nous rapprocher."

En écoutant Daniel, deux garçons hochent la tête comme pour acquiescer. Et pour cause : ils le connaissent bien. Daniel est leur voisin de tente dans la forêt qui jouxte la rue des Verrotières, à Calais. David et Jacob sont frères et sont arrivés ensemble en France. D'origine afghane, ils ont grandi à Téhéran, en Iran. Cet après-midi, ils ont parcouru à pied, comme tous les autres, les quarante minutes qui les séparent de la zone industrielle où ils habitent, des locaux du Secours catholique. Jacky les appellent les "enfants", ils ont respectivement 22 et 21 ans.

"Comme la radio permet de rester anonyme, nous voulons bien raconter notre histoire. Notre objectif est d'aller en Angleterre", raconte David. Hier matin, David et Jacob ont été témoins du démantèlement du campement où ils s'étaient réfugiés. "J'aimerais en parler au micro car je suis en état de choc. Nous ne savons pas encore où dormir", confie Jacob.

Un prototype et une formation pour créer l'atelier radio

Les témoignages recueillis sont enregistrés sur un objet spécialement pensé pour l'atelier, qui permet de réaliser une émission radio, enregistrée ou en direct, après une seule journée de formation.

Le prototype a été créé spécialement pour l'atelier radio. Crédit : Constance Léon

Ce prototype a été créé entre mars et juillet 2017 par Alexandre Plank, réalisateur à France Culture, Mathieu Touren, opérateur du son à Radio France et une quinzaine d'étudiants de l'Ecole nationale supérieure de création industrielle (ENSCI-Les ateliers) avec leur enseignant Roland Cahen. Le prototype devrait rester à Calais pour quelques mois.

Près de la table, un jeune homme griffonne sur un calepin d'un air amusé. Il observe les attitudes des bénévoles qu'il vient de former. Antoine Lalanne-Demet, a fondé avec Cloé Chastel en novembre 2016 Radio Activité. Dans le cadre de son projet Microcamp, l'association propose des ateliers radio itinérants dans les camps de réfugiés en France, en Irak et en Géorgie. "Nous avions constaté que l'on entendait beaucoup parler des personnes migrantes, mais qu'eux-même ne s'exprimaient pas", se souvient le jeune journaliste.

La radio des exilés, un outil politique

Vincent De Coninck sourit. "Dans l'émission, les migrants parlent de leur expérience de la procédure Dublin. Je me dis que les députés qui vont travailler sur le projet de loi d'asile devraient écouter, peut être qu'ils en parleraient autrement", lance-t-il. "L'atelier peut devenir un plaidoyer politique à terme".

Autour du studio radio, c'est le moment de rendre l'antenne. Un exilé s'adresse à ses nouveaux auditeurs en ligne. "Je vous invite à venir voir ce qu'il se passe à Calais de vos propres yeux, un jour", conclut-il.

 

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