Dans le centre humanitaire de Bruxelles. Crédit : InfoMigrants
Dans le centre humanitaire de Bruxelles. Crédit : InfoMigrants

Fin octobre 2017, plusieurs associations ont ouvert à Bruxelles un centre humanitaire dans la gare du nord. Elles travaillent en étroite collaboration et offrent aux migrants des soins médicaux et psychologiques, une aide juridique et distribuent des vêtements. Un sas de décompression qui permet aux migrants de retrouver un peu de dignité.

"Arrêtez de pousser ! Si vous ne faites pas la queue calmement, je ne laisse entrer personne", lance un bénévole de Médecins sans frontières (MSF) à la vingtaine de migrants qui se bouscule devant le "hub humanitaire" de Bruxelles, situé à l’intérieur de la gare du nord. "C’est lui qui pousse, il essaye de passer devant tout le monde", s’emporte un migrant qui joue des coudes avec son voisin de droite. 

Il est 13h et comme chaque jour c’est l’heure de l’ouverture du centre, mais une telle situation est rare selon les travailleurs humanitaires."C’est la première fois que des gens se battent avant d’entrer mais il faut les comprendre, ils sont à bout en ce moment. Ils n’ont pas d’avenir, plus personne n’arrive à passer en Angleterre depuis le nord de la Belgique et le froid joue sur leurs nerfs", confesse la réceptionniste du jour, membre de Médecins du monde (MdM).

La salle dattente du centre humanitaire avant louverture Crdit  InfoMigrants  Leslie CarreteroQuelques minutes plus tard, les premières arrivées se font finalement dans le calme. À 13h30, la salle d’attente s’est remplie et ne se videra qu’au moment de la fermeture du hub, à 17h. Chacun attend patiemment d’être appelé par les bénévoles, les yeux rivés sur leur téléphone, bénéficiant du wifi mis à leur disposition et de prises électriques pour les recharger. Les visages sont fatigués, les regards laissent entrevoir des signes de souffrances, les corps portent les stigmates d’un quotidien fait de violences.  

Entre 150 et 200 personnes par jour

Dans le centre, ouvert du lundi au vendredi depuis octobre dernier, les migrants retrouvent un peu de dignité. Plusieurs associations (MSF, MdM, Oxfam, la plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés, la Croix-Rouge, le CIRÉ et Vluchtelingen Werken) se sont regroupées dans cet espace de 900 mètres carrés et offrent aux migrants permanence médicale, psychologique, juridique et distribuent des vêtements. Ils sont entre 150 et 200 à venir ici quotidiennement - selon les ONG, il y a en ce moment environ 600 migrants dans la capitale belge, la plupart venant d’Érythrée, de Somalie, du Soudan et d’Éthiopie.

Les migrants viennent principalement pour rcuprer des vtements chauds Crdit  InfoMigrants  Boualem RhoubachiEn cette journée d’hiver, la majorité d’entre eux vient récupérer des habits chauds : manteaux et chaussures font partie des biens les plus prisés. "C’est pour cela que certains se sont battus tout à l’heure, ils avaient peur de ne pas trouver de vêtements à leur taille", confie un Soudanais de 25 ans. Mohammed* est à Bruxelles depuis une dizaine de jours, après avoir passé quatre mois en France et tenté plusieurs fois d’atteindre l’Angleterre depuis Calais. "Je n’arrive pas à passer depuis les côtes belges, les contrôles ont été renforcés ces dernières semaines. Je vais retourner à Calais", souffle-t-il. Comme lui, ils sont nombreux en Belgique à être en transit, rêvant d’Angleterre.

Consultations médicales et psychologiques

Après les vêtements, les consultations médicales et psychologiques sont la deuxième priorité des migrants. Les cabinets de MdM et MSF ne désemplissent pas. Adam*, originaire d’Afrique de l’Est rentre timidement dans le bureau de Franck, médecin de MdM. "Dans nos consultations, on constate beaucoup de cas de varicelles et quelques-uns de gale. La promiscuité augmente les risques de contagion. Les maladies respiratoires sont aussi très importantes chez cette population vulnérable qui est constamment exposée au froid et au vent", précise Louisa, référente de MdM au centre humanitaire.

Les mdecins de MdM reoivent chaque jour des dizaines de personnes Crdit  InfoMigrants  Leslie CarreteroNon loin de là, dans un bureau, Xavier, le psychologue de MSF, reçoit chaque jour des migrants en grande détresse psychologique. La majorité de ses patients se confient plus sur leurs conditions de vie en Europe que sur celles dans leur pays d'origine ou sur la route de l’exil. De mi-septembre à fin décembre 2017, le psychologue a reçu 140 personnes en consultation, 99 pour le seul mois de janvier 2018. "La demande explose", constate Xavier.

"Ils imaginent l’Europe comme le continent des droits de l’Homme mais quand ils arrivent ici, c’est la désillusion. Ils ne s’imaginaient pas dormir dehors dans un État de droit", explique le psychologue. Une désillusion qui provoque des troubles dépressifs en plus d’éventuels syndromes post-traumatiques : tristesse, désespoir, absence d’avenir… "Certains ont fait des tentatives de suicide. D’autres se sont mis à pleurer dans mon bureau. S’ils étaient en sécurité, on aurait beaucoup moins de cas de ce genre", signale le médecin.

* Les prénoms ont été modifiés 

>> Le "hub humanitaire" se trouve dans l’enceinte de la gare du nord, à Bruxelles. Il est ouvert du lundi au vendredi de 13h à 17h.

Le plan du centre humanitaire Capture dcran
 

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